Rien à voir. Quand la création échappe au symptôme au musée d'art et d'histoire de l'hôpital Sainte-Anne

On 15 October 2019, by Stéphanie Pioda
Georges Theocharous, Sans titre, 23 janvier 1959, gouache sur papier, 67 49,5 cm, Centre d’Étude de l’Expression-MAHHSA, musée d’art et d’histoire de l’hôpital Sainte-Anne.
© Dominique Baliko

Lorsque se tient le premier congrès international de psychiatrie à Paris en 1950, Jean Dubuffet vient tout juste de définir la notion d’art brut. Si l’artiste, avec une touche de provocation, cherche à valoriser une création dénuée de toutes références culturelles, les psychiatres s’emparent des œuvres des patients comme autant de pièces à conviction venant alimenter un nouveau dossier à peine ouvert, celui de l’art psychopathologique. « Dans les années 1950, il y a eu une vulgarisation des concepts psychanalytiques qui envahissaient le discours psychiatrique avec une habitude, à ce moment-là, de tout interpréter : ce qui pouvait être une répétition pour un amateur d’art devient une stéréotypie, ce qui était un tableau rempli avec un certain nombre d’aplats devenait une notion de vide avec un certain nombre de remplissages », nous explique Anne-Marie Dubois, responsable scientifique du MAHHSA et commissaire de l’exposition dont le titre revendique une rupture avec cette lecture : « Rien à voir. » À partir des œuvres réalisées par treize artistes entre 1960 et 1970  dont il n’existe pour certains, comme Grammatico, aucune information biographique et donc aucun lien direct avec une pathologie , elle démontre combien cette notion d’art psychopathologique est définitivement caduque, et déconstruit le regard des psychiatres du mitant du XXe siècle. L’internement ponctuel de certaines personnes à Sainte-Anne, tels Georges Theocharous entre 1958 et 1959 ou Danielle Rouchès entre 1964 et 1965, n’entachent pas l’émotion que l’on peut ressentir face à leurs toiles. D’ailleurs, certaines des œuvres exposées ont été transférées depuis le fonds scientifique vers le fonds muséal, un changement de statut supprimant des œuvres les scories psychiatriques et reconnaissant la démarche de création avant tout.

Toubal, Sans titre, 27 octobre 1967, gouache sur papier, 66,3 x 49,5 cm, Centre d’Étude de l’Expression-MAHHSA, Musée d’Art et d’Histoire
Toubal, Sans titre, 27 octobre 1967, gouache sur papier, 66,3 49,5 cm, Centre d’Étude de l’Expression-MAHHSA, Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne.© Dominique Baliko


Centre d’Étude de l’Expression,
1, rue Cabanis , Paris XIV
e, tél. : 01 45 65 85 41.
Jusqu’au 22 décembre 2019.
www.musee-mahhsa.com
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