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Rétrospective Boldini au Petit Palais

Publié le , par Sylvie Blin

Au Petit Palais, la rétrospective consacrée au célèbre portraitiste mondain dévoile certains aspects moins connus de son œuvre, au tournant du XXe siècle.

Giovanni Boldini, Portrait de Lady Colin Campbell, née Gertrude Elizabeth Blood,... Rétrospective Boldini au Petit Palais
Giovanni Boldini, Portrait de Lady Colin Campbell, née Gertrude Elizabeth Blood, 1894, huile sur toile, Londres, National Portrait Gallery.
© National Portrait Gallery, London

Parisien jusqu’au bout du pinceau, Giovanni Boldini (1842-1931) a logiquement les honneurs d’une rétrospective – la première en France depuis plus de soixante ans – au Petit Palais, fleuron architectural de la Belle Époque que le peintre italien a brillamment incarné sur la toile. Avec un sous-titre emprunté à Marcel Proust, l’exposition renvoie implicitement à celle que consacre le musée Carnavalet à l’écrivain (voir Gazette n° 6) : même société parisienne, aristocratique et bourgeoise, que l’un et l’autre observèrent à peu près à la même période. Les commissaires ne se privent d’ailleurs pas d’établir de nombreux parallèles –soulignés par la présence du portrait de Montesquiou – entre Boldini et l’auteur de La Recherche. Cent cinquante peintures, dessins et gravures, mais aussi costumes et accessoires, composent un parcours thématique autant que chronologique. Depuis les débuts du peintre – natif de Ferrare – à Florence en 1864, jusqu’aux grands portraits des années 1910, neuf sections rythment ainsi l’exposition. Un découpage qui permet de suivre pas à pas la longue carrière de l’artiste, d’abord proche des Macchiaioli avant de s’en éloigner et de gagner Paris – qu’il ne quittera plus que brièvement – en 1871. Et qui propose habilement de mettre en évidence une relative diversité dans une production somme toute assez répétitive, voire parfois commerciale : « le rythme de la ville », « le laboratoire de l’artiste », « une cour artistique et littéraire », tentent de distinguer différents aspects de son œuvre. Une salle est même assez curieusement réservée au caricaturiste Sem, prétexte à évoquer leur amitié commune avec Paul-César Helleu, comme pour rompre la monotonie de l’enfilade de portraits. Aux côtés de petites scènes de genres un peu convenues aux tonalités sucrées, détonnent quelques grandes toiles inattendues, dont les Deux chevaux blancs, fragment d’une vaste composition inachevée, qui laisse libre cours à la fougue et l’énergie de son pinceau. À l’opposé, Le Pont-Royal de nuit, sombre pastel aux tons fondus, évoque un Whistler ténébreux, comme figé dans une insondable et inquiétante mélancolie. Dans les galeries de grands portraits mondains, se glissent également des tableaux plus personnels : une jeune fille à la chevelure dénouée saisie dans une attitude naturelle (La Robe écossaise), ou un sobre et riant portrait de famille dans un cadrage digne de Degas, qu’il admire (Le Peintre John Lewis Brown avec sa femme et sa fille). Intitulée « J’ai peint tous les genres », une section est même consacrée à ce que le peintre gardait caché dans le secret de son atelier : natures mortes décentrées, études de fleurs échevelées, marines à la limite de l’abstraction. Comme le soulignent les commissaires, son obsession du mouvement, cette frénésie à tenter de le restituer, font indéniablement penser à ceux qui en feront leur manifeste en 1909 : les futuristes. Mais l’essentiel de l’exposition fait sans surprise la part belle à ce qui a fait sa célébrité : ses talents de portraitiste mondain. Par intérêt autant que par vocation – les scènes de genre au goût de mignardise ont vite lassé sa clientèle –, aidé aussi par sa protectrice, muse et amante Gabrielle de Rasty, Boldini immortalise la haute société parisienne, soucieuse de se montrer sous son jour le plus flatteur. Sa formule éprouvée – un visage net et comme sans défauts, mis en valeur par un feu d’artifice (titre de l’un desdits portraits) de brillants coups de pinceaux comme fouettés sur la toile – se répète alors inlassablement. Comme si Boldini s’était perdu, étourdi par sa propre virtuosité.

« Boldini. Les plaisirs et les jours »,
Petit Palais, avenue Winston-Churchill, Paris 
VIIIe, tél. : 01 53 43 40 00,
Jusqu’au 24 juillet 2022.
www.petitpalais.paris.fr
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