Restitutions : le fiasco français

Le 01 octobre 2020, par Vincent Noce

www.mwazuludiyabanza-official.com

Le procès d’Emery Mwazulu Diyabanza, le 30 septembre prochain, s’annonce comme le dernier retournement de l’espérance suscitée par Emmanuel Macron en Afrique. Cet activiste congolais comparaît pour avoir, avec ses compagnons, emporté et endommagé un poteau funéraire du peuple bari au quai Branly, en signe de protestation contre le refus de rapatrier le patrimoine de son continent. Il a récidivé depuis à Marseille et aux Pays-Bas. Nul doute que cette audience tourne à la performance. Celui que Le Monde appelle un « apôtre de la restitution directe » détient son quart d’heure de célébrité, qui lui vaut aussi l’indulgence du New York Times. Il compte faire reconnaître le caractère politique de son action, pensant s’ouvrir la protection de la Convention européenne des droits de l’homme. Ce quadragénaire, qui assure être pourchassé à travers l’Afrique, construit son personnage sur une lignée royale dont il se dit le descendant (Le Monde évoque une « biographie invérifiable »). Sa mégalomanie pourrait être prise pour un folklore dadaïste faisant écho à la frustration des jeunes générations africaines. Quand il s’estime en droit « de récupérer une propriété volée », il faut hélas le prendre au sens littéral. Comme il est le seul à détenir « la force morale » nécessaire, l’œuvre lui appartient. Il peut en disposer à sa guise, quitte à la faire disparaître ou à l’abîmer. Un document de 2018 éclaire une autre facette de l’intéressé : une diatribe de quarante minutes prenant pour cible le travail du centre de l’ethnopsychiatre Tobie Nathan auprès des enfants et mères vulnérables de banlieue. Dans cette vidéo, qu’on s’étonne de voir tolérée par Facebook, il appelle systématiquement la clinique « le centre juif ».

 Le procès sera également celui du « regard de la France sur son passé colonial » (The New York Times)

Se comparant au « coq du village », il se pose en défenseur de « la race noire » contre « les prédateurs », « les réseaux mafieux » et ceux suivant « la voie de l’avidité et la cupidité », considérant au passage que la plus grande erreur de l’humanité est d’avoir accepté la création de l’État d’Israël. « La communauté juive de France est la seule au-dessus de la loi commune », prétend-il, en proclamant : « J’ai décidé que la communauté juive doit comprendre que c’est fini, la victimisation ». Voici où nous en sommes rendus : le patrimoine pris en otage par un nativisme raciste, dans les parages nauséabonds d’un Dieudonné. Après tout, depuis le discours de révolte d’Emmanuel Macron à Ouagadougou (« Je ne peux pas accepter qu’une large part du patrimoine culturel de plusieurs pays africains soit en France »), qu’a-t-il accompli en trois ans ? Il a rendu un objet, persifle le New York Times, convaincu que ce procès sera également celui du « regard de la France sur son passé colonial ». Cet épisode lamentable est le symptôme d’une gestion catastrophique du dossier. La cellule diplomatique de l’Élysée a applaudi des deux mains à la promesse du rapport Savoy-Sarr d’un retour massif, rapide et automatique du patrimoine africain, sûre du regain de popularité qu’allait en tirer la France à travers le continent. Le patrimoine est décidément chose trop sérieuse pour être confié aux énarques. En fait, le gouvernement devrait se féliciter de n’avoir pas connu d’incident diplomatique majeur avec des dirigeants africains peu désireux de s’engager sur ce terrain. La raison revenue, le musée du quai Branly n’est pas resté inactif. Il a lancé des recherches de provenance sur ses collections et d’identification de ses donateurs. Son nouveau président se rend bientôt à Yaoundé pour préparer une exposition en 2022 sur les chefferies bamilékés. Il a repris le dialogue avec le Tchad et le Sénégal, en attendant des nouvelles du Bénin. Reste à espérer que ce mouvement prendra une ampleur pratique et symbolique propre à déjouer ces mauvais augures.

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