Gazette Drouot logo print

Répine, le Tolstoï de la peinture

Publié le , par Marie-Laure Castelnau

Le Petit Palais organise pour la première fois à Paris une rétrospective de l’œuvre du grand peintre russe Ilya Répine. L’occasion de replonger dans l’histoire tumultueuse de son pays.

Répine, le Tolstoï de la peinture
Ilya Répine, Quelle liberté !, 1903, huile sur toile (détail), Moscou, galerie nationale Trétiakov
© Galerie nationale Tretiakov

Trois ans auront été nécessaires pour préparer cette exposition, prévue pour 2020 et reportée en raison de la crise sanitaire. Fidèle à son engagement de faire découvrir au public des artistes étrangers méconnus, le musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris propose cette fois de ressusciter le peintre Ilya Répine (1844-1930), «l’une des plus grandes gloires de l’art de Russie, dont l’œuvre est considérée comme un jalon essentiel de l’histoire de la peinture russe des XIXe et XXe siècles», soulignait d’emblée Christophe Leribault, directeur du Petit Palais et depuis peu à la tête du musée d’Orsay. Plus de cent tableaux – dont certains de très grand format –, prêtés notamment par la galerie Trétiakov de Moscou, le musée d’État russe de Saint-Pétersbourg et le musée d’art Ateneum d’Helsinki, retracent «le meilleur» de Répine. «La carrière d’un grand peintre d’histoire au XIXe est émaillée en effet de toiles fortes, coups d’éclat longuement préparés, qui font date dans les salons et expositions et établissent une réputation ou consolident l’influence d’un maître», écrit le directeur dans l’introduction du catalogue. Peintre dissident, Répine est associé au courant réaliste et s’est frotté au mouvement dit des «Ambulants». Il conquiert vite une place notable qui le protégera, malgré ses audaces stylistiques répétées, et lui vaudra des commandes prestigieuses des tsars successifs, à l’instar de la scène monumentale d’Alexandre III recevant les doyens des cantons (1886) ou de l’impressionnant Portrait de Nicolas II (1896). Le parcours chronologique atteste de la diversité et de l’intensité de son art. Témoin des grands bouleversements historiques et sociaux de son pays au tournant des XIXe et XXe siècles, l’artiste s’en fait l’écho dans ses œuvres. Avec Les Haleurs de la Volga (1870-1873), sa première toile majeure, dans laquelle le peuple russe est mis en valeur, il assoit d’emblée sa réputation. Portraitiste fécond, Répine prend pour modèles sa famille, ses amis, mais aussi la plupart des grandes figures artistiques de son époque. Grand voyageur, il découvre l’art français à Paris dans les années 1870, la vie des cafés, et participe avec succès aux expositions universelles parisiennes. L’ancienne Russie, à l’histoire passionnante et passionnelle, lui inspire plusieurs tableaux spectaculaires comme les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan de Turquie (1880-1891). La scénographie très colorée, du turquoise au rouge brique, propose à chaque section une nouvelle ambiance et tente de plonger le visiteur dans l’évocation d’une atmosphère propre au pays. En témoigne la salle consacrée à la vie en Russie, clin d’œil à la galerie Trétiakov, autour d’un thème cher à Répine : les pèlerinages. Cette présentation est enrichie d’extraits littéraires tout au long du parcours. Ilya Répine fut en effet intimement lié au monde des écrivains et des musiciens de son temps. Il admire Gogol, rencontre Tourgueniev, écoute Moussorgski, fréquente le collectionneur Trétiakov ou devient l’ami de Tolstoï. Une salle entière est d’ailleurs consacrée à ce dernier, avec lequel il échange pendant des heures sur le sens de l’art. «J’étais attiré par Tolstoï, par la loi de la gravité, comme un petit objet attiré par un grand», écrivait-il dans sa correspondance. N’a-t-on pas dit de Répine qu’il était le Tolstoï de la peinture ?

«Ilya Répine, peindre l’âme russe»,
Petit Palais - Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris,
avenue 
Winston-Churchill, Paris VIIIe, tél. : 01 53 43 40 00.
Jusqu’au 23 janvier 2022.
www.petitpalais.paris.fr
Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne