Rencontre avec Olivier Dassault, collectionneur

Le 03 avril 2015, par La Gazette Drouot

Drouot vu par Olivier Dassault. Une exposition de photographies rend hommage à la célèbre institution dédiée à l’art et aux collectionneurs.
Portrait d’un homme aux multiples facettes.

Olivier Dassault
© Photo Marie-Pierre Moinet

Né en 1951, petit-fils de Marcel, fils aîné de Serge, ingénieur de l’École de l’air en 1974, titulaire d’un DEA de mathématiques de la décision en 1976 et d’un doctorat d’informatique de gestion en 1980, pilote émérite – détenteur de plusieurs records du monde –, député de l’Oise depuis 1988, entrepreneur à succès, artiste depuis la fin des années 1960 – compositeur de musique et photographe –, Olivier Dassault a plus d’une corde à son arc. Pour l’heure, il présente une série inédite de clichés réalisés il y a tout juste un an à partir de l’architecture de l’Hôtel Drouot. Cette mise en lumière de la façade déclinée en demi-teinte témoigne de l’âme du lieu à travers la vision de l’artiste. Une vingtaine de photographies originales seront exposées à l’espace Drouot.

Vous êtes visiteur régulier de l’Hôtel Drouot. Qu’est-ce qui vous a interpellé voire séduit, puis finalement conduit à réaliser cette série de photographies de l’institution ?
Dans le marché de l’art, Drouot est une signature, un nom souvent plus qu’un lieu. Avec cette série de photographies, j’ai voulu redonner à voir le lieu. Le bâtiment des architectes Biro & Fernier (réalisé en 1980, ndlr) se voulait une «réinterprétation surréaliste de l’architecture haussmannienne». Je me suis plu à mon tour à cette réinterprétation en recherchant la lumière que le bâtiment exprime. Les façades d’immeubles ont chacune leur personnalité, chacune leur luminosité ; je tente de les révéler.

L’Hôtel Drouot vous a-t-il inspiré sur un plan purement géométrique ?
En tant que photographe diplômé de mathématiques j’essaie, comme le préconisait Fénelon (Correspondance, tome V, 4 février 1695-3 août 1697, éditions Klincksieck, 1976, p. 514, ndlr), de me «défier des ensorcellements et des attraits diaboliques de la géométrie». Or, tout en angles et en lignes droites, l’Hôtel Drouot est une inépuisable source d’inspiration et de tentation. Mes photographies sont elles-mêmes des compositions géométriques avec des lignes et des courbes que je réinvente grâce à la surimpression.

 

Olivier Dassault, Composition 7, avril 2014, immeuble Drouot, tirage argentique sur papier baryté, édition 1/10 (détail). DR
Olivier Dassault, Composition 7, avril 2014, immeuble Drouot, tirage argentique sur papier baryté, édition 1/10 (détail). DR


Étiez-vous davantage animé par le désir de restituer l’âme de ce lieu à la fois magique pour les uns et intimidant pour les autres ?
Drouot est un lieu où certains rêves deviennent réalité et où d’autres ne se réaliseront jamais. C’est cette dualité que j’ai tenté de saisir sur le film de mon vieux Minolta. En même temps, Drouot peut apparaître comme totalement incompréhensible pour le non-initié… peu de gens pensent à venir visiter les salles de ventes et assister à une enchère alors que c’est un spectacle en soi ! La curiosité est souvent un excellent défaut et j’espère que mes photographies contribueront à l’aiguiser.

Votre goût pour les sciences, et en particulier pour les mathématiques, oriente-t-il votre façon de photographier ?
Les mathématiques sont un langage universel que malheureusement trop peu de personnes comprennent. Pourtant, elles vous aident à dévoiler un monde dissimulé à l’œil nu. C’est le sens de la photographie : révéler ce monde invisible fait de lumière et de beautés parfois cachées. Je déstructure et je recrée pour mettre en vue, faire découvrir au monde ce que je vois.

Cette nouvelle production pourrait-elle entrer dans l’une de vos autres séries comme «Abstraction», «Pictorialisme», «Créations» ou «Collections» ?
Oui, pourquoi pas ; elle pourrait s’appeler «Ré-interprétation».

Chacune de vos œuvres obéit-elle à une déconstruction de votre vision première ?
Au contraire, c’est en déconstruisant que j’essaie de reconstruire ma vision première. Devant un sujet, j’ai souvent le pressentiment de ce que sa déconstruction pourra révéler. À l’instar d’une fission nucléaire, j’essaie de séparer les atomes de lumière pour les rendre visibles et intelligibles à tous.

 

Olivier Dassault, Armatures 2, mars 2014, chantier parisien, tirage argentique sur papier baryté, édition 1/10.
Olivier Dassault, Armatures 2, mars 2014, chantier parisien, tirage argentique sur papier baryté, édition 1/10.


Quelle pourrait être votre définition de la photographie parfaite : celle empreinte de poésie, celle techniquement irréprochable ou celle mêlant un savant dosage des deux ?
Plutôt un peu des deux, car le «techniquement irréprochable» n’existe que dans le subconscient de celui qui regarde. Quant à la poésie, elle émane de celui qui donne à voir…

Ne craignez-vous pas la critique en vous exposant ainsi par le biais de vos clichés ?
La critique n’est pas à craindre. Il est vrai qu’exposer, c’est s’exposer, mais c’est ainsi que l’on progresse. La critique est à écouter, à traiter selon ses humeurs puis à oublier car, pour paraphraser William Faulkner, «ceux qui veulent être photographes lisent les critiques, ceux qui photographient n’ont pas le temps de lire les critiques». («Ceux qui peuvent agissent et ceux qui ne peuvent pas, et souffrent assez de ne pas pouvoir, écrivent», extrait de L’Invaincu, ndlr).

Que ne trouvez-vous pas dans la composition musicale que vous trouvez dans la photographie et vice-versa ?
On compose de la musique comme on compose un tableau, par petites touches. Le rapport au temps est différent. Une pièce musicale est une course de lenteur, même si l’inspiration peut frapper à tout moment et tout emporter sur son passage. En photographie, quand l’inspiration vous envahit, il faut y céder et espérer que votre doigt et que votre œil ne vous ont pas trompé. L’instantanéité de mes tableaux photographiques correspond à ce moment de plaisir soudain alors que mes morceaux musicaux sont plus lents à se révéler et nécessitent davantage de temps pour mûrir.

Si vous étiez contraint de tout abandonner au profit d’une seule de vos activités – qu’elle soit politique ou artistique –, laquelle choisiriez-vous de conserver ?
Le vol car je suis né pilote, voler dans les cieux avec les oiseaux, là est ma vie quand elle n’est pas avec ma famille ici-bas.

À SAVOIR
«Drouot vu par Olivier Dassault», Espace 12Drouot,
12, rue Drouot, Paris IXe, tél. : 01 48 00 20 00.
Du 10 au 24 avril.
Catalogue relié, 32 pp. Prix : 19 €.
www.drouot.fr


Jusqu’au 30 avril, «Courants d’air et courants d’art à 1850», galerie W - Courchevel.
Du 15 au 21 juin, «Bourget 2015», Le Bourget.
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