Redécouverte d’un tableau de Charles Meynier

Le 22 mars 2018, par Anne Foster

Exposé au Salon de 1800 et à l’exposition des prix décennaux en 1810, Le Départ de Télémaque fut acheté par Joseph Fulchiron ; jusqu’à sa réapparition dans la région de Nantes, acquis vers 1930 par la famille de l’actuel propriétaire.

Charles Meynier (1768-1832), Télémaque, pressé par Mentor, quitte l’île de Calypso, an VIII (1800), huile sur toile, 154 x 203 cm.
Estimation : 150 000/250 000 €

L’orage gronde au loin, écho du drame qui se déroule au premier plan. La structure d’un navire se dresse derrière un homme âgé, tenant fermement par la main un jeune homme tourné vers une adolescente éplorée. Certaines jeunes filles les observent, d’autres fixent une femme vêtue d’une tunique gris anthracite. Celle-ci, les bras croisés sur la poitrine, semble vouloir contenir sa fureur, son désespoir étant juste indiqué par la fixité de ses pupilles et son visage fermé. La scène représente les adieux de Télémaque à Eucharis, suivante de la nymphe Calypso, délaissée par le fils d’Ulysse après une brève passion. Athéna, sous les traits du vieux devin Mentor, presse le jeune homme à reprendre la route vers Ithaque. Cet épisode ne figure pas dans l’Odyssée d’Homère ; il a été inventé par Fénelon pour illustrer Les Aventures de Télémaque, à la fois épopée et traité de morale à l’usage du duc de Bourgogne, dont il était le précepteur. Fénelon brosse les désastres que provoquent des sentiments amoureux fluctuants : «Toutes ces pensées contraires agitaient tour à tour son cœur, et aucune n’y était constante : son cœur était comme la mer, qui est le jouet de tous les vents contraires.» Charles Meynier accorde sa palette à ce moment tragique  Télémaque était tellement incertain que Mentor dut le précipiter dans les flots… Même les blancs, jaunes et rouges sont assourdis pour se mettre au diapason. Il choisit de composer son œuvre comme une fresque ; de la figure de Calypso, le regard est amené au couple et à Mentor, le bras tendu indiquant la reprise prochaine des aventures de Télémaque. Au Salon de 1800, le tableau est encensé par les critiques de l’époque ; Lebrun, dans le Moniteur universel, le qualifie de «tableau charmant qui attire et flatte les yeux par un pinceau aimable, une couleur séduisante, des effets suaves et qui intéresse encore par des airs de tête gracieux, une expression vraie et variée». Et Demoncy, dans le Journal d’indications, d’ajouter : «On y admire encore une parfaite intelligence du coloris, une fermeté rare dans l’exécution et la plus grande correction dans le dessin.» Meynier, en 1789, remporte le second premier grand prix de Rome en peinture, ce qui lui valut de partir pour l’Italie en qualité de «pensionnaire du Roi». Son retour en France coïncide avec la Terreur, bien peu propice au développement d’une carrière. Participant aux concours du Directoire, il commence à avoir une certaine notoriété et devient un des peintres officiels de l’Empire. Le Départ de Télémaque fut acquis à ce Salon par le banquier d’origine lyonnaise Joseph Fulchiron (1744-1831).

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