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Quand le patrimoine fait recette

Publié le , par Sophie Reyssat

En ces Journées européennes du patrimoine, le public se pressait dans les salons de l’hôtel Arturo Lopez, devenu pour l’occasion l’écrin raffiné d’un florilège d’œuvres anciennes, dispersées sous le marteau ce dimanche. Devant le succès de cette vente «Passion patrimoine»  au résultat en progression de 29 % par rapport...

Jean-Baptiste-Marie Pierre (1714-1789), Projet de plafond avec le char d’Apollon,... Quand le patrimoine  fait recette
Jean-Baptiste-Marie Pierre (1714-1789), Projet de plafond avec le char d’Apollon, l’Aurore et les allégories des saisons, toile, 126 x 237 cm.
Adjugé : 220 520 €

En ces Journées européennes du patrimoine, le public se pressait dans les salons de l’hôtel Arturo Lopez, devenu pour l’occasion l’écrin raffiné d’un florilège d’œuvres anciennes, dispersées sous le marteau ce dimanche. Devant le succès de cette vente «Passion patrimoine»  au résultat en progression de 29 % par rapport à sa première édition, l’an dernier  un troisième rendez-vous est d’ores et déjà envisagé. Le clou de l’après-midi était cette toile de Jean-Baptiste-Marie Pierre, qui dépassait allègrement son estimation haute de 80 000 € (voir Gazette n° 31, page 84). Outre le prestige de sa signature, elle était également distinguée pour sa taille exceptionnelle et sa rareté, très peu d’esquisses de plafonds étant conservées. Avec Samson et Dalila  celle-ci tenant encore dans sa main les ciseaux ayant tranché la puissante chevelure de son amant immédiatement arrêté , Carle Van Loo obtenait 94 900 €. Variant les styles, le mobilier traditionnel était également au rendez-vous. Séduit par le décor à la Berain d’une commode mazarine du début du XVIIIe siècle, dont les ornements de laiton et d’étain contrastaient avec un fond de bois noirci et d’ébène, un amateur déboursait 49 400 €. La sobriété était elle aussi récompensée, à hauteur de 31 200 €, grâce à une paire de tables rafraîchissoirs d’époque Transition, l’une estampillée Canabas. Les veines de l’acajou, alors très en vogue, sont les seuls agréments de ces meubles volants. Aussi fonctionnels qu’élégants, ils permettaient aux convives de garder les boissons à portée de main, conservées dans des vases remplis de glace. Un confort nouveau, allant de pair avec l’allègement du décorum aristocratique sous le règne de Louis XV. Son successeur, féru d’horlogerie, n’a pas manqué de se réjouir devant les mécanismes apparents des pendules squelettes. Pour un luxueux modèle orné d’émaux attribués à Joseph Cotteau, et signé Ridel, 37 700 € étaient prononcés. 

 

Attendu au plus haut à 15 000 €, ce cabinet indo-portugais du XVIIe siècle (44 x 88 x 42 cm), ouvrant par un abattant dévoilant douze tiroirs à décor
Attendu au plus haut à 15 000 €, ce cabinet indo-portugais du XVIIe siècle (44 x 88 x 42 cm), ouvrant par un abattant dévoilant douze tiroirs à décor de cercles, de rinceaux et de rosaces, était propulsé à 36 400 € malgré de nombreux accidents et manques. Marqueté de bois exotique et d’ébène, incrusté d’ivoire dans des réserves, et garni de prises de tiroirs en laiton ornées de masques, il témoigne en effet des commandes que les marchands lusitaniens passaient alors aux artisans de la région du Gujarat, en Inde. Les œuvres, transitant par Goa, véritable colonie portugaise depuis la fin du XVIe siècle, gagnaient une Europe avide d’exotisme.

Plusieurs musées européens étaient en lice pour ce Portrait d’une femme des îles Saint-Eustache, finalement préempté pour le compte du musée du quai B
Plusieurs musées européens étaient en lice pour ce Portrait d’une femme des îles Saint-Eustache, finalement préempté pour le compte du musée du quai Branly - Jacques Chirac à hauteur de 15 600 €. Ce pastel (39 x 31 cm) est de la main de Deschamps de Talaire (actif dans la seconde moitié du XVIIIe siècle). Si l’artiste n’a laissé que peu de traces, une ancienne inscription indique qu’il a peint la Caribéenne d’après nature, en 1767. On sait par ailleurs que le peintre recrutait ses modèles d’une manière inusitée : il annonçait son arrivée par voie d’affiche, vantant ses talents «tant pour le coloris que pour la ressemblance», s’appuyant sur ses tableaux déjà réalisés au Cap pour le prouver…

Mythologie encore avec ce torse de Minerve, victorieuse à hauteur de 39 000 €. Cette sculpture en terre cuite (h. 90 cm), façonnée dans l’Italie de la
Mythologie encore avec ce torse de Minerve, victorieuse à hauteur de 39 000 €. Cette sculpture en terre cuite (h. 90 cm), façonnée dans l’Italie de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la représente avec le casque qu’elle portait déjà à sa naissance, lorsqu’elle sortit de la tête de Jupiter. Le dieu de l’Olympe avait en effet avalé sa mère alors qu’elle était enceinte… La guerrière, qui participa au combat des divinités contre les Géants, revêt également en guise de tunique l’égide, peau couverte d’écailles de dragon. La déesse incarne cependant aussi des valeurs plus pacifiques. Image de la prudence et de la sagesse, elle est également la protectrice des artisans.
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