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Quand Ingres peint un condottiere du côté de Florence…

Publié le , par Anne Doridou-Heim
Vente le 21 mars 2023 - 14:00 (CET) - Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009

Avec ce condottiere, le maître français du néoclassique brosse un visage bien éloigné des canons de beauté lisses qui trop souvent le définissent. Il est l’une des pépites de la vente du fonds de la galerie Talabardon & Gautier.

Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), Le Condottiere, 1821, huile sur toile... Quand Ingres peint un condottiere du côté de Florence…
Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867), Le Condottiere, 1821, huile sur toile agrandie par trois tasseaux de bois, 53,5 43 cm.
Estimation : 120 000/150 000 

Le regard en impose, la barbe est fournie comme il sied à un homme de guerre, la cuirasse rutile, alors qu’aucun rayon de soleil ne l’atteint, et l’allure en buste de trois quarts est altière, affirmant elle aussi sa fonction militaire. C’est une virilité brute qui se dégage de ce Condottiere. Il s’agit presque d’une tête d’expression. On est là bien loin d’un autre visage plus connu, celui d’Antonello de Messine (musée du Louvre), qui joue quant à lui la carte de la séduction. Cela peut surprendre, mais c’est Jean Auguste Dominique Ingres, le peintre du Bain turc et de Madame Moitessier assise, qui l’a réalisé. Il évoque avec éclat une autre facette de son art, moins explorée et pourtant tout aussi intéressante : son détour par la peinture d’histoire. Après un long temps de travail et d’étude à Rome, Ingres s’installe à Florence le jour de Noël 1820 très précisément. La chute de l’Empire l’ayant privé de sa riche clientèle, il lui faut se réinventer et peindre des portraits pour subsister, ce qui ne lui plaît guère. Il se tourne alors vers les sujets du passé, exécutant une trentaine d’œuvres relevant de cette peinture de genre qui sera nommée «troubadour», et dont il est vu comme un chef de file. Il la traite en conciliant l’inspiration anecdotique et le grand style de la scène historique. Par sa date, 1821, cette toile fixant un aventurier de la Renaissance, chef de soldats mercenaires, est l’une des premières réalisées lors de son séjour sur les rives de l’Arno. Sans moyens pour recourir à un modèle professionnel, l’artiste est allé, comme son illustre prédécesseur Caravage, chercher un homme dans la rue. L’œuvre, qui a fait partie des collections Monbrison, Lecomte et Wildenstein, a été exposée dans une institution publique pour la dernière fois en 1867, à l’École impériale des beaux-arts. Il y était précisé que «la cuirasse a[vait] été peinte par le maître vers 1855», soit trente-quatre ans plus tard. Il est intéressant de noter que l’ajout est contemporain de Jeanne d’Arc au sacre du roi Charles VII (Louvre), dont le bras levé préfigurait celui du Condottiere. C’est donc une œuvre importante, parfait écho de ce que la galerie Talabardon & Gautier promeut depuis plus de trente ans, avec une détermination sans faille et une audace faisant l’admiration de la profession, qui passe aux enchères. Elle sera un fer de lance de son fonds prochainement dispersé aux côtés de dessins, sculptures et tableaux anciens, qui tous témoignent d’un “œil”.
 

tableaux anciens et du XIXe, sculptures - L'oeil Talabardon & Gautier
mardi 21 mars 2023 - 14:00 (CET)
Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009
Ader
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