Fernand Legros, profession : marchand de faux

Le 10 novembre 2017, par Camille Larbey

France 5 diffuse cette semaine un documentaire retraçant les incroyables aventures du célèbre faussaire Fernand Legros. Un vrai feuilleton.

 

Voir des «maîtres-copistes» faire naître sous l’œil de la caméra un Van Gogh ou un Chagall plus vrais que nature demeure un spectacle étonnant. Guy Ribes, Elmyr de Hory, Alin Marthouret se sont tous laissé filmer dans divers documentaires. Chacun de ces artistes  personne, en effet, ne peut contester leur talent  a sa propre personnalité et son propre parcours improbable. Mais tous ont un point commun : ils rejettent généralement la faute sur l’autre. Cet autre, c’est celui qui a passé la commande. Le marionnettiste maléfique. Le marchand. Fernand Legros (1931-1983) était cet escroc qui aimait l’art, certes, mais surtout l’argent. Hâbleur, truculent, hédoniste, audacieux, mythomane : l’homme épuise les adjectifs de la gruge. Durant les années 1960 et 1970, il a vendu des dizaines de faux tableaux postimpressionnistes et mené la vie de château.
Faux-(res)semblant
En 1967, le milieu de l’art est en émoi. Algur Meadows, millionnaire texan piqué d’art, découvre que quarante-quatre des cinquante-huit tableaux achetés à Fernand Legros sont des faux. Pourtant, ses Matisse, Derain, Dufy, Picasso et Modigliani étaient accompagnés de certificats en bonne et due forme. «Je ne vends pas de faux tableaux, je vends de vrais certificats», se défendait inlassablement le marchand devant les juges, au cours des nombreux procès auxquels il dut faire face. Voici la clef de voûte de son entourloupe : obtenir par la ruse la certification des experts, qui lui permettra de transformer une habile copie en une œuvre authentique. Pour cela, Legros leur présentait d’abord de véritables tableaux, afin d’endormir leur méfiance et ensuite faire passer plus facilement les faux. L’arnaqueur aurait même réussi à convaincre Kees van Dongen  à l’époque fortement diminué  de reconnaître une toile peinte en réalité par Réal Lessard, son amant et artiste.
Look de méchant
Le documentaire La Vie extraordinaire de Fernand Legros décortique minutieusement l’existence de celui qui se disait marchand d’art, espion pour la CIA, danseur, agent immobilier, banquier, producteur de films, marchand d’armes et, naturellement, collectionneur… Quand on s’intéresse à la vie d’un faussaire de renom, ce n’est pas une loupe qu’il faut prendre, mais des pincettes. Leur inclination à tout falsifier, à commencer par leur vie, nécessite la plus grande prudence. Avec sa tignasse, sa barbe broussailleuse, ses grands chapeaux, ses colifichets et ses grosses lunettes de soleil, Fernand Legros ressemblait plus à un mac de Harlem qu’à un respectueux marchand d’art. Hergé s’est d’ailleurs inspiré de son look pour dessiner le méchant de son album inachevé, Tintin et l’Alph-Art. De l’ascension à la chute, le documentaire revient sur l’incroyable destin de Fernand Legros, l’homme qui insuffla à l’art un parfum de scandale. Le roi des faussaires valait bien une expertise.

À SAVOIR
La Vie extraordinaire de Fernand Legros,
le roi des faussaires dimanche 12 novembre, à 9 h 25, sur France 5. 52 minutes.
Réalisé par Laurent Bergers, écrit par Harry Bellet.
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