Prodigieux Ponti

Le 20 juillet 2021, par Andrew Ayers
Sous la direction de Karl Kolbitz, Gio Ponti, Taschen, 572 pages, 200 €

Que dire du phénomène Gio Ponti ? Le premier mot qui vient à l’esprit est sans doute «prodigieux». Prodigieuse, la longévité de celui qui sut s’imposer sur la scène italienne pendant toute l’époque «moderne», des années 1920 aux années 1970 ; prodigieuse, la facilité de ce touche-à-tout qui excella autant dans les arts dits décoratifs que dans l’architecture, l’architecture d’intérieur et le design industriel ; prodigieuse, enfin, la production de celui qui signa des centaines de projets dans une quinzaine de pays, près de 50 000 lettres illustrées pendant ses 87 années sur terre, sans parler de ses activités de promotion de la création italienne à travers la presse – notamment en tant que fondateur et rédacteur en chef de la revue Domus – et d’innombrables expositions de design. Face à cette abondance, la maison d’édition Taschen a emboîté le pas en consacrant au maître italien un ouvrage à sa mesure : 572 pages, 5,67 kg, 136 projets et réalisations répertoriés. Le caractère paradoxal de ce pavé pour honorer celui qui ne chercha que légèreté – la chaise Superleggera de 1957 (1,7 kg) demeure une référence en la matière – n’a pas échappé à ceux qui l’ont réalisé, dont l’ancien mannequin et modèle de Wolfgang Tillmans, Karl Kolbitz, directeur de l’ouvrage, et Salvatore Licitra, petit-fils de Ponti, qui a largement ouvert les archives de famille. Tout le spectre d’activité du maître s’y retrouve, de ses objets et lampes pour Fontana Arte (1930-1967) au siège de Montecatini à Milan (1938), en passant par ses couverts pour Krupp (1936) et la cathédrale de Taranto (1970). Même si l’ouvrage penche inévitablement du côté hagiographique, Stefano Casciani, dans son long essai biographique, n’hésite pas à pointer l’esprit de compromis – parfois génial, parfois troublant – de celui qui réussit à ménager le régime fasciste sans jamais y adhérer pleinement. C’est ce trait de caractère qui explique, sans doute, que Ponti ait peu fait l’objet d’études sérieuses : trop apolitique pour les engagés, trop «impur», dans son mélange des genres, pour les dogmatiques, il ne fonda ni n’inspira aucune école. Son génie, bien illustré dans cet ouvrage, fut de convaincre par le charme pour apporter de l’enchantement.
 

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60 ans de carrière, il fallait bien une exposition pour fêter cela. C’est chose faite avec celle qui se tient au musée Maillol (jusqu’au 30 septembre 2021) et le catalogue qui l’accompagne. Tout le parcours d’Albert Uderzo (1927-2020) y est retracé avec plus de 250 planches reproduites, dont certaines inédites. Avec son ami René Goscinny, ce travailleur infatigable aura connu tous les succès et la BD trouvé en lui l’un de ses maîtres, tombé dans le 9
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Édité sous la direction de Gérard Sousi –président de l’Institut Art & Droit –, ce Liber amicorum rend hommage à François Duret-Robert, auteur émérite du Traité du droit du marché de l’art publié chez Dalloz et quotidiennement usité par les professionnels. Ceux-ci, avocats, universitaires, commissaires-priseurs, journalistes ou directeurs d’institutions spécialisées ont largement participé à l’ouvrage : on y découvre son parcours, ses publications, et autres témoignages. Collectif, Marché de l’art et droit. Originalité et diversité, Éditions du Cosmogone, 397 pages, 69 €.
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Splendeurs et misères des héritiers : qu’ils soient restés dans l’ombre ou apparus sous les feux de l’actualité, modestes ou millionnaires, mesquins ou idolâtres, les héritiers d’artistes ont aussi une histoire. Celle-ci est brillamment racontée par Henri Gourdin – biographe de Delacroix, Pouchkine, ou Pablo Casals – qui s’est penché sur les cas de 22 écrivains, peintres et compositeurs, parmi lesquels figurent notamment Cézanne, Monet, Matisse et Modigliani. Henri Gourdin, Les Héritiers, Grasset, 384 p., 24 €.
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