Printz et Dunand sur la même ligne art déco

Le 10 septembre 2020, par Agathe Albi-Gervy

Ce bureau en bois laqué, signé Eugène Printz et Jean Dunand, constitue l’une des pièces d’exception issues d’un même intérieur bientôt dispersé à Arles.

Eugène Printz (1879-1948) et Jean Dunand (1877-1942), bureau plat en bois laqué rouge chamois, vers 1931, 73,5 196 67,5 cm.
Estimation : 200 000/300 000 €

Avec ses trois tiroirs en façade et les courbes dessinées sur ses contours et son piétement, ce bureau a comme un air de mobilier XVIIIe. Un classicisme structurel réveillé par l’inventivité des formes des bronzes et le rouge profond de la laque travaillée par Jean Dunand. La parfaite connaissance qu’avait Eugène Printz du mobilier des siècles passés est née de sa formation dans l’atelier d’ébénisterie de luxe que son père possédait rue du Faubourg-Saint-Antoine à Paris, où il copiait les meubles anciens, en particulier ceux d’époque Louis XV et Louis XVI. « Et cela, non pas pour en vulgariser les procédés, pour en démarquer l’accent », justifie Ernest Tisserand dans la revue mensuelle L’Art et les artistes d’octobre 1928, « mais pour les recomposer fidèlement, intégralement. Aujourd’hui encore, il conserve la même admiration, le même enthousiasme pour nos ébénistes des grands siècles. Mais il est sorti du terrain de l’Antiquité pure, il a observé conjointement la vie et les beaux meubles qu’il refaisait à la perfection, et il a compris que sa mission, pour mieux suivre la tradition des maîtres, était de ne leur faire aucune concession incompatible avec les nécessités de la vie moderne ». Dans les meubles modernes qu’il crée au cours de sa carrière, Printz garde certaines qualités, apprises dans l’atelier de son père, à savoir une maîtrise des techniques, la finesse de l’exécution et le goût pour les courbes élégantes. De surcroît, il continue d'employer le fer, un matériau robuste qui devient l’un des fondements de ses créations et l’une des signatures de meubles édités en pièces uniques pour des clients aisés. Comme il l’a fait ici avec Madame V. et Monsieur G., Printz travaille pour des personnes déterminées dont il étudie le goût, le caractère et la manière de vivre. Formes et couleurs dépendent de ce diagnostic. Dans le bureau de Monsieur G., grâce à son beau rouge cardinal, ce meuble-ci se mariait parfaitement avec le sol et les deux vitrines basses qui encadraient la cheminée de marbre. C’est à Jean Dunand que l’on doit cette harmonie chromatique. Si l’art déco a fait naître la vogue des petits meubles à l’imitation du XVIIIe siècle, pour lesquels sont conçus des décors inspirés des laques de Chine ou de Coromandel, Dunand surpasse tous ses confrères du faubourg Saint-Antoine, en employant des procédés relevant directement de ceux employés en Extrême-Orient et non de l’industrie contemporaine. Formé auprès d’un très grand laqueur, Seizo Sugawara, – comme Eileen Gray avant lui –, il fait venir terres et résines du Japon et emploie de la main-d’œuvre asiatique. Quant à son dessin, il vibrait sur la même longueur d’onde que celui d’Eugène Printz : « Il a toujours donné des productions bien construites, bien équilibrées, et évitant les exagérations […]. La recherche de la forme, sa pureté, sa beauté nue, voilà des préoccupations qui se font sentir chez Jean Dunand », témoigne Gabriel Henriot, conservateur de la bibliothèque Forney, dans la revue Mobilier et décoration de décembre 1925.

samedi 03 octobre 2020 - 15:00 - Live
Arles - 26, rue Jean-Lebas - 13200
Arles Enchères
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