Pour la beauté du trait

Le 21 février 2019, par Marie-Laure Castelnau

«Léonard de Vinci et la Renaissance italienne», Beaux-Arts de Paris, 14, rue Bonaparte, tél. : 01 47 03 50 00, www.beauxartsparis.fr Jusqu’au 19 avril.

Filippino Lippi (1457-1504), Deux figures d’hommes drapés (verso), pointe d’argent et gouache sur papier vergé blanc préparé gris, 25,7 21 cm.
Beaux-Arts de Paris

L’événement attira tous les Parisiens. Lorsque la Joconde arrive gare de Lyon, le 31 décembre 1913, deux ans après avoir été volée au musée du Louvre, elle fut immédiatement transférée à l’École des beaux-arts, où elle fut exposée pendant deux jours, avant de regagner le musée du Louvre. Plus d’un siècle plus tard, Léonard de Vinci revient sur les cimaises de l’École. Grâce à de généreux donateurs, les Beaux-Arts possèdent en effet une collection de près de 25 000 œuvres de maîtres, dont ces quatre dessins de l’artiste. L’occasion d’ouvrir le bal des célébrations de l’année du 500e anniversaire de sa mort et d’organiser une exposition avec une trentaine d’autres dessins de ses contemporains. «Notre but est de montrer comment fonctionnent les ateliers d’artistes italiens à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle», précise Emmanuelle Brugerolles, commissaire de l’exposition. Fière de sa collection, l’École des beaux-arts affirme ainsi sa vocation pédagogique et montre comment les artistes créaient leurs œuvres d’art et quelle place occupait le dessin dans le processus de création. Copies d’après les maîtres ou d’après le modèle vivant, répertoires de modèles dessinés ou études préparatoires, qu’importe l’exercice, pourvu qu’il permette de progresser. Le but est de s’entraîner encore et encore, pour in fine s’approprier le motif et en traduire toutes les subtilités. Parmi tous ces feuillets, la figure humaine, étudiée sous tous ses aspects, est prédominante. Les quatre feuilles de Vinci, véritables merveilles, avaient été exposées au Louvre en 2003, dans l’exposition «Léonard de Vinci. Dessins et manuscrits». L’Étude de balistique, croquis dynamique avec une explosion d’obus tonitruante, illustre le talent de l’artiste mais aussi les recherches de l’ingénieur militaire. Autour de lui, plusieurs chefs-d’œuvre : Raphaël et son émouvante Vierge vue en buste ; Filippino Lippi et ses admirables figures d’hommes aux lourds drapés ; ou encore Benozzo Gozzoli et sa sublime technique de pointe d’argent sur papier coloré. Leurs dessins traduisent la même frénésie à vouloir capturer les mouvements du corps et de l’âme. Avec toujours, cette application à restituer, trait pour trait, les subtilités d’un visage marqué par le temps, la tendresse d’une mère ou les courbes d’un modèle dans la force de l’âge. Ce travail en atelier leur offrait l’occasion d’expérimenter de nouvelles techniques. La plus séduisante à cette époque est particulièrement bien représentée ici : elle consiste à tracer son dessin à la pointe de métal sur des papiers préparés de différentes couleurs. «Proche de l’enluminure pour ses effets colorés multiples, cette technique est utilisée à partir de 1480 et disparaît après 1520 au profit de la sanguine», commente la commissaire. Raphaël sera l’un des derniers à y recourir. Dans ce répertoire graphique, ces artistes puisèrent l’inspiration pour de plus grandes compositions : Léonard de Vinci et ses figures réparties en six groupes, pour L’Adoration des mages de la Galerie des Offices ; Raphaël et ses études pour La Madone au baldaquin du Palazzo Pitti. L’ambiance intimiste et raffinée de l’exposition  gratuite  permet de prendre le temps d’admirer ces trésors : ces formes et ces lignes, fines comme des cheveux d’ange, valent de l’or. 

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne