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Portrait d’un cheval de trait

Publié le , par Anne Foster

Géricault aimait les chevaux, tous les chevaux… Sa vie d’artiste a été menée à bride abattue. À peine douze ans séparent les portraits équestres des héros de l’empire de ses dernières œuvres.

Portrait d’un cheval de trait
Théodore Géricault (1791-1824), Garçon donnant l’avoine à un cheval dételé, huile sur toile, 45,2 x 36,1 cm.
Estimation : 120 000/150 000 €.

Les chevaux sont les acteurs les plus intelligents et les plus merveilleux», disait Théodore Géricault (1791-1824). «Acteurs» aurait pu être remplacé par «modèles». L’artiste en herbe pouvait les admirer dans les propriétés familiales en Normandie et, élève de Guérin aux Beaux-Arts, se rendait souvent aux écuries impériales à Versailles. Au Salon de 1812, il envoie l’Officier de chasseurs à cheval de la garde impériale chargeant. L’heure étant aux évocations de la gloire de l’Empire, il s’y prête, désirant obtenir, à défaut d’un achat, une reconnaissance des autorités. Son tableau, remarqué par le grand David lui-même, supporte tout à fait le voisinage de celui du Portrait équestre de Joachim Murat, peint par le baron Gros. Dans son Journal, Delacroix note que «Géricault aussi avait l’admiration de Gros. Il n’en parlait qu’avec enthousiasme et respect (…) C’est surtout dans les représentations des chevaux que Gros a été son maître. Géricault a mieux rendu la force dans les chevaux, mais il n’a jamais su faire un cheval arabe comme Gros. Le mouvement, l’âme, l’œil du cheval, sa robe, le brillant de ses reflets, voilà ce qu’il a rendu comme personne.» Sa passion pour la plus noble conquête de l’homme le pousse à le connaître parfaitement, de son anatomie aux jeux de lumière sur sa robe, à observer tous les détails dénotant la race. En une dizaine d’années, il a brossé les nobles étalons, les rosses exténuées, les compagnons des travaux et des jours, les destriers lancés dans les batailles. La dernière année, il les dépeint davantage dans leurs occupations agricoles. Ce sont des animaux solides, charpentés, dont on prend grand soin dans les campagnes. C’est le cas de celui exposé au Salon de 1824, sous le titre Un enfant donnant à manger, que Charles Clément, dans sa monographie sur l’artiste publiée en 1877, décrit sous le no 144 : «Jeune garçon donnant à manger à un cheval dans une musette». Le geste du garçonnet est plein de compassion envers son compagnon de labeur, fourbu, qui vient d’être dételé. L’auteur indique qu’il appartient à M. Schickler, noté comme possesseur d’autres œuvres. Celui-ci l’aurait acquis en 1823 auprès du colonel Bro, agissant pour le compte du peintre. Louis Bro habite au 23, rue des Martyrs, grand rendez-vous des bonapartistes, où se trouve l’atelier du plutôt monarchiste Géricault, qui a réalisé également des portraits de la famille. Fernand de Schickler (1835-1909) en hérite et l’offre probablement à sa sœur, épouse de Louis Napoléon Suchet, 2e duc d’Albufera. Leur fils, Raoul Napoléon, 3e duc, aurait pu le recevoir en héritage.

vendredi 15 juin 2018 - 14:00 (CEST) - Live
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Beaussant Lefèvre & Associés
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