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Poker au Grand Palais 

Publié le , par Vincent Noce

Le coup d’éclat de Chris Dercon, patron de la Réunion des musées nationaux et du Grand Palais, vis-à-vis de la FIAC et de Paris Photo, en a surpris plus d’un. Le 8 décembre dernier, il a lancé un appel à concurrence pour occuper les créneaux exploités par les deux foires, «une manifestation internationale d’art contemporain...

Poker au Grand Palais 
 

Le coup d’éclat de Chris Dercon, patron de la Réunion des musées nationaux et du Grand Palais, vis-à-vis de la FIAC et de Paris Photo, en a surpris plus d’un. Le 8 décembre dernier, il a lancé un appel à concurrence pour occuper les créneaux exploités par les deux foires, «une manifestation internationale d’art contemporain en octobre» et une autre «de photographie en novembre». Portant sur une vingtaine de millions d’euros en tout, les contrats seront établis pour la période allant de 2022 à 2028, du «Grand Palais provisoire» au retour dans le bâtiment historique. L’émotion est grande car, dans la multiplication des foires à travers le monde, la FIAC et Paris Photo ont émergé comme des piliers du marché de l’art français. Le paradoxe veut que ces marques appartiennent à une société britannique, RX, mieux connue dans le milieu sous son ancien nom de Reed, qui a immédiatement dénoncé cette mauvaise manière. Elle a eu trois semaines pour boucler un dossier de candidature relativement complexe. Elle se retrouve opposée au concurrent qui, même si l’information n’est pas encore publique, s’est manifesté auprès du Grand Palais : Art Basel (pratiquement aucune autre structure ne peut prétendre à cette ambition). RX n’a pas manqué d’user de l’argument de l’antériorité dont elle bénéficie. La FIAC a été créée à la gare de la Bastille en 1974, avant d’attacher son nom au Grand Palais, en écho justement au succès naissant de la foire de Bâle, créée par des galeristes de cette ville. Paris Photo se tient sous la nef depuis onze ans. Les négociations entre RX et le Grand Palais étaient cependant de plus en plus ardues, la société ayant la réputation de marchander en permanence avantages et contributions tout en payant ses factures à la dernière minute.

 La FIAC et Paris Photo se retrouvent opposées au concurrent qui, même si l’information n’est pas encore publique, s’est manifesté auprès du Grand Palais : Art Basel

Les relations de l’entreprise avec la directrice de la FIAC, Jennifer Flay, en place depuis près de vingt ans, sont de longue date en dents de scie. Elle n’a pas le brio d’un Martin Bethenod, qui s’est retiré en 2010. Le manque de dynamisme a été manifeste quand la foire a dû annuler son édition durant la crise du Covid mais n’a proposé aucune alternative, avant de fusionner sa structure avec celle de Paris Photo, afin de supprimer 235 postes, soit plus du tiers du personnel. La FIAC se sentait installée, sans concurrence. Mais sa faiblesse était la nature annuelle des contrats, source de friction permanente avec son hôte, si bien que Chris Dercon s’est senti autorisé à explorer une formule de partenariat de longue durée. Ceux qui connaissent le personnage n’en sont pas étonnés. Le ministère de la Culture (qui n’a pas levé un sourcil, contrairement à certaines spéculations dans la presse) devait savoir à quoi s’attendre en allant chercher ce manager qui a notamment fait ses armes à la Tate Modern, où la quête des financements est la priorité absolue. Il est de plus arrivé à la tête d’une institution malmenée par le chantier mouvementé du Grand Palais et mise en sommeil depuis le départ de Jean-Paul Cluzel, avant d’être frappée par la crise sanitaire. Il n’est pas exclu du reste que son geste soit un coup de bluff, obligeant la FIAC et Paris Photo à s’engager sur le long terme dans une option plus favorable au Grand Palais. Les enjeux sont quand même lourds et le dossier complexe. L’attribution du contrat a été reportée à la dernière semaine de janvier. Un point nodal demeure le prestige de ces deux marques attachées à l’histoire récente de la ville de Paris. Le précédent de la Biennale des antiquaires a déjà prouvé qu’une marque, aussi forte soit-elle, n’a rien d’éternel. Les Français ont quand même un certain talent à construire un succès, avant de se reposer sur leurs lauriers, puis de se mettre à ruiner consciencieusement leur position à force de bisbilles et de divisions.

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