Piété médiévale et paysage portuaire à Honfleur

Le 11 janvier 2018, par Philippe Dufour
Eugène Boudin (1824-1898), Jetée de Trouville, huile sur panneau, 1894, 35 x 26,5 cm.
Adjugé : 80 210 €

Avec la mode naissante des bains de mer dans les années 1860, Eugène Boudin se fait remarquer par ses vues de plages normandes de Deauville et Trouville. Dans un premier temps, il s’enthousiasme pour ce travail : «On aime beaucoup mes petites dames sur la plage, d’aucuns prétendent qu’il y a là un filon d’or à exploiter», écrit-il en 1863. Au final, ces peintures saisies sur le vif, pleines de vie et d’embruns, ne plaisent que peu au public, car sans doute trop modernes pour lui. Malgré tout, Boudin restera fidèle à Trouville, où l’autre thème qui le fascine demeure celui des quartiers laborieux et en particulier son port de pêche ; on le retrouve ici, grâce à une toile des dernières années, la Jetée de Trouville. Datée du 25 août 1894, elle présente un chenal à marée basse, avec ses gréements échoués, tandis que des pêcheurs taquinent le poisson. Le tableau n’était pas un inconnu puisque portant le numéro 3834 dans le Catalogue raisonné de l’œuvre peint, de Robert Schmit («premier supplément» édité en 1984). À Honfleur, ce lundi 1er janvier, il ne manquait pas d’admirateurs, qui se le disputaient jusqu’à 80 210 €. Ce paysage impressionniste s’accompagnait d’un artefact bien plus ancien : un Livre d’heures à l’usage de Bayeux (voir Gazette n° 44, page 125). Réalisé autour de 1470, l’ouvrage témoigne de l’excellence des ateliers d’enluminures de la cité de Rouen, à cette période. Les textes à l’encre noire et rouge sont illustrés de quatorze grandes miniatures et d’une autre petite ; les thèmes choisis sont habituels à ce type de recueil de prières à l’usage des laïcs : l’Annonciation, la Nativité, l’Adoration des Mages, ou la Pietà, entre autres. Dans cette seconde moitié du XVe siècle, Rouen, enfin libéré des Anglais, abrite de nombreux et brillants enlumineurs, tel celui du célèbre «Maître de l’échevinage de Rouen». Notre Livre d’heures, demeuré quant à lui anonyme, n’en valait pas moins 32 084 €. 

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