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Pierre Gole, orfèvre en marqueterie

Le 28 février 2019, par Anne Foster

Ce «maître menuisier en ébène ordinaire du Roi» a lancé l’excellence française en mobilier marqueté. Ouvert à toutes les nouveautés, il s’intéressa également aux « vernis façon de la Chine », aux décors d’étain et de laiton.

Pierre Gole, orfèvre en marqueterie
Attribué à Pierre Gole (vers 1620-1685), vers 1680, cabinet en marqueterie d’écaille, de laiton gravé et d’étain gravé reposant sur un piétement à termes masculins et féminins de bois peint et doré, sur une plateforme monogrammée à plaquettes d’ivoire peint et pieds griffes, 183 106,5 41 cm.
Estimation : 100 000/150 000 

Nicher un piccolo palazzo dans son intérieur semble une idée incongrue. Cette architecture miniature révèle, ouverte, sa «perspective» ou «théâtre» au décor raffiné fait de bois, d’écaille, de pierres dures, alliant leurs textures et leurs couleurs. Le cabinet trouve son origine en Italie, tirant son nom d’une pièce destinée à abriter peintures, objets précieux et curiosités : le studiolo, appelé sous des latitudes plus nordiques «cabinet de curiosités». Par extension, le meuble a pour objet de conserver des bijoux, des valeurs personnelles et, pourquoi pas, sentimentales… Les Italiens proposent dès le XVIe siècle de magnifiques modèles agrémentés de pierres dures et les artisans des Provinces-Unies (actuels Pays-Bas) se spécialiseront dans les marqueteries de bois précieux et indigènes. Cependant, à Paris, existent des ateliers qui forcent l’admiration de leurs concurrents et dont le succès ne se démentira pas durant quelques décennies. C’est ce que révèlent deux lettres rédigées autour de 1655, et citées en 1984 par T. H. Lunsingh Scheurleer dans le Burlington Magazine, du peintre et marchand Jean-Michel Picart à un ébéniste d’Anvers. Dans cet article, l’auteur attribue à Pierre Gole un cabinet acquis par le Victoria & Albert Museum, décrit alors comme travail anversois. Lunsingh Scheurleer signera le seul ouvrage consacré à cet «ébéniste de Louis XIV» (éditions Faton, 2005). Originaire de Bergen, celui-ci se trouvait déjà à Paris, la première commande connue étant passée en 1646 par Macé II Bertrand de La Bazinière, trésorier à l’Épargne, pour un cabinet identique à celui fourni à « sieur Rossignol ». Remarqué par Mazarin, il lui livre plusieurs pièces de mobilier ainsi que deux cabinets que le cardinal destinait à Louis XIV. Sa carrière était lancée, Gole travaillant à l’ameublement de Versailles, pour le roi et le Grand Dauphin dont un parquet marqueté qui fit l’admiration des contemporains, hélas disparu. À une époque où il s’intéresse à un nouveau meuble, le bureau plat à caissons, il livre à la fin des années 1670, à la demande du souverain, «un cabinet, un bureau et une cassette de toilette» à sa nouvelle favorite, Marie-Angélique, duchesse de Fontanges. Connus par son inventaire après décès en 1681, le cabinet se trouve aujourd’hui au musée Jacquemart-André. Celui vendu prochainement à Drouot présente des caractéristiques très similaires, notamment dans sa structure et son décor floral marqueté. Autre point qui permet une attribution à Gole : les motifs floraux en bois teinté sur ivoire de l’avant-scène de ce cabinet, presque identiques dans celui conservé par le V&A. Le meuble avait suscité les recherches de Lunsingh Scheurleer et son attribution à l’ébéniste.

tableaux et dessins anciens, orfèvrerie, art d'Asie, sculptures, verreries 1900, armes anciennes, objets d'art et d'ameublement
mercredi 27 mars 2019 - 14:00 (CET) - Live
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