Pierre Bonnard paysagiste

Le 22 juillet 2016, par Caroline Legrand

Un superbe panorama fera son assomption à Deauville, nous rappelant le grand talent de paysagiste du maître de la couleur et où l’on retrouve les caractéristiques qui font son succès.

Pierre Bonnard (1867-1947), La Lande, 1920, huile sur toile signée. 52 x 95 cm (détail).
Estimation : 600 000/700 000 €

Ses louanges ne sont plus à faire. Mais si l’on vante bien souvent le «peintre de l’intime», on oublie que Pierre Bonnard était également un paysagiste hors pair. Ce thème fut pourtant au cœur de sa vie de peintre et d’homme, puisqu’il voyagea régulièrement en quête de nouveaux paysages à saisir. Après avoir peint Paris durant ses études, à l’académie Julian et à l’École des beaux-arts, sujet qu’il poursuit au début de sa carrière, lancée en 1891 aux côtés des nabis au Salon des indépendants, il partira faire un tour d’Europe, visitant aussi le nord de l’Afrique. On le sait, le Midi, en particulier Saint-Tropez, aux côtés de Vuillard, Roussel, Manguin ou Pankiewicz, aura particulièrement retenu son attention pour ses couleurs et sa lumière si particulières. Mais c’est bien en Normandie, à Vernonnet, qu’il achète sa villa La Roulotte en août 1912, non loin de Giverny et d’un autre maître en matière de paysages, Claude Monet. S’il peint son jardin et la campagne normande, Bonnard continue de voyager et séjourne régulièrement dans le Sud, aux environs de Cannes et au Cannet, mais aussi quelques mois à Arcachon en 1920. Avec cette Lande vallonnée, garnie de petits arbustes, buis et ajoncs au premier plan, nous voici plus sûrement dans le massif armoricain, l’ajonc jaune étant la plante emblème de la Bretagne. Quels que soient les thèmes de ses compositions, Pierre Bonnard applique la même technique, un style personnel mis au point au début des années 1900, s’écartant de l’impressionnisme pour tendre vers des mises en page audacieuses et des compositions par masses, d’où émergent les détails grâce à de subtiles variations chromatiques. Un véritable parti pris coloriste, résumé dans une phrase bien connue de l’artiste : «Le tableau est une suite de taches qui se lient entre elles et finissent par former un objet, le morceau sur lequel l’œil se promène sans accroc»… Ainsi, à l’instar d’ailleurs d’un Monet retravaillant dans son atelier ses Nymphéas, Bonnard ne peint pas uniquement «sur le motif». Après avoir repéré un point de vue, un paysage d’exception, il travaille de mémoire dans son atelier. Cette gymnastique de l’esprit lui permet de donner vie à des compositions parfaitement agencées et à une incomparable atmosphère de rêverie. Dans cette toile au format panoramique, l’artiste retrouve également un cadrage qu’il affectionne tout particulièrement, notamment dans ses scènes intimistes : la vue plongeante. Placé en hauteur, comme il aimait le faire de sa terrasse de Vernonnet, il nous offre une vision à la fois lointaine et synthétique, invitant à se promener dans cette nature sans fin, d’un premier plan inondé de lumière jusqu’à un horizon bleuté se fondant dans le ciel. Référencé au catalogue raisonné de l’œuvre peint de Bonnard par Jean & Henry Dauberville, ce paysage est traité dans une touche très libre, les plages de couleur  restreintes au bleu et au jaune essentiellement, accompagnés de leur couleur secondaire qu’est le vert  découpant l’espace. Par ce jeu de tons, Pierre Bonnard réussit à créer une belle profondeur et une rare intensité… qui donnent tout leur charme à ses œuvres.

lundi 15 août 2016 - 19:00 - Live
Deauville - Centre International de Deauville, 1, avenue Lucien-Barrière - 14800
Massol
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