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Picabia s’invite chez Ingres à Montauban

Publié le , par Philippe Dufour

Francis Picabia, prédateur sublime ? L’exposition crée la surprise en montrant combien l’art du dadaïste doit à l’œuvre du grand peintre néoclassique Jean Auguste Dominique Ingres. On s’en doutait déjà, mais les recherches récentes menées par les deux commissaires, Jean-Hubert Martin et Florence Viguier-Dutheil, ainsi que...

Francis Picabia (1879-1953), Optophone II, 1921-1922, huile et Ripolin sur toile,... Picabia s’invite chez Ingres à Montauban
Francis Picabia (1879-1953), Optophone II, 1921-1922, huile et Ripolin sur toile, 116 88 cm. © Paris Musées, musée d’Art moderne, Dist. RMN-Grand Palais / Image Ville de Paris

Francis Picabia, prédateur sublime ? L’exposition crée la surprise en montrant combien l’art du dadaïste doit à l’œuvre du grand peintre néoclassique Jean Auguste Dominique Ingres. On s’en doutait déjà, mais les recherches récentes menées par les deux commissaires, Jean-Hubert Martin et Florence Viguier-Dutheil, ainsi que par l’historien Arnauld Pierre, confirment définitivement ces emprunts formels. Ces spécialistes ont retrouvé l’origine de nombre d’attitudes et de poses, essentiellement «piquées» dans l’album édité en 1873 par le collectionneur Jacques-Édouard Gatteaux, et réimprimé en 1921. La ligne ingresque y était célébrée à travers les photographies de cent vingt dessins du Montalbanais, réalisées par Charles Marville. Au fil des salles, l’accrochage – d’une rigueur scientifique devenue rare – éclaire cette filiation en mettant en regard, et de manière systématique, une pièce de Picabia et sa source originale. Sans vergogne, l’artiste a «découpé» dans les tableaux et surtout les dessins du maître des motifs, avant de les réemployer, les juxtaposer et les décliner dans ses propres œuvres. L’un des exemples les plus frappants de cette récupération demeure La Feuille de vigne, peinture de 1922 où la figure centrale reprend à l’identique l’attitude d’Œdipe dans la fameuse composition au sphinx d’Ingres. Quant à l’Optophone II, de 1921-1922, il s’anime d’une spirale hypnotique où tournoient des nus féminins, debout ou allongés. Le premier est issu d’esquisses préparatoires à l’œuvre murale l’Âge d’or, le second d’études de modèles, façon odalisques. Même La Belle Zélie, icône Empire célèbre pour ses trois accroche-cœurs noirs et ses joues roses, n’a pas échappé à cette razzia sacrilège : sous les pinceaux de Picabia, elle se métamorphosera en Espagnole, coiffée du grand peigne ibérique…

Musée Ingres Bourdelle,
19, rue de l’Hôtel-de-Ville, Montauban (82), tél. : 05 
63 22 12 91.
Jusqu’au 30 octobre 2022.
https://museeingresbourdelle.com
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