Photofairs Shanghai : la conquête laborieuse du marché asiatique

Le 03 octobre 2019, par Caroline Boudehen

La 6e édition de la foire dédiée à la photographie à Shanghai recentre sa proposition, mais peine encore à rencontrer son public.

Vue de l’installation de Xyza Cruz Bacani (née en 1987) sur le stand de Christine Park Gallery.
Courtesy of Christine Park Gallery and the Artist

Du 20 au 22 septembre, Photofairs Shanghai s’est déroulée dans une aile de l’emblématique centre d’exposition de la mégalopole. Un espace dédié volontairement limité, la foire ayant affiné sa sélection de participants, la limitant à cinquante galeries. Cette 6e édition s’est focalisée sur la scène contemporaine et l’exploration de la photographie dans son rapport à diverses pratiques artistiques, telles que l’installation, la vidéo, l’art numérique, la sculpture, la performance… «La foire était à l’origine extrêmement classique, nous essayons aujourd’hui de l’ancrer dans l’époque», explique Georgia Griffiths, directrice de Photofairs depuis 2016. «Les artistes sont aujourd’hui connectés à plusieurs médias, et c’est ce que nous voulons montrer ici, avec également des programmes spéciaux, des rencontres. Nous voulons faire comprendre les enjeux actuels de la photographie au public.»
La photographie revisitée
Dotée d’une meilleure organisation et d’une ligne directrice plus claire que les années précédentes, l’édition 2019 de la foire aura ainsi permis de mettre en avant certains artistes contemporains, comme Hu Weiyi et ses Window Blind (17 000 €)  des installations capturant l’étrangeté des paysages urbains chez HdM (Pékin, Londres)  ou les Cosmorama (cyanotypes, 8 ex) de Hugo Deverchère qui explorent le spectre lumineux chez Dumonteil (deux vendues 4 000 €). À travers ses impressions de pigments sur Masterpix (un verre fin), le Coréen Youngkil Kang revisite les frontières entre photographie et peinture (ArtCN, Shanghai), quand la Japonaise Asami Kiyokawa vient intégrer la broderie traditionnelle à sa vision moderne de la photographie (47 000 € - Arario Gallery, Cheonan, Seoul, Shanghai). Était remarquée également la jeune galerie Gaotai, de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, qui soutient les artistes locaux, comme le photographe Tian Lin.
Un marché fragile et complexe
L’événement a, comme chaque année, drainé nombre de visiteurs… mais peu d’acheteurs, malgré une large fourchette de prix. La raison réside dans la fragilité et la complexité du marché de la photographie, dans une région où il commence seulement à se développer. Ainsi, les actes d’achat se sont principalement concentrés sur des œuvres classiques  pièces indispensables pour «relier la photo à ses fondations», selon l’expression de la directrice. Ce sont les petits formats en noir et blanc de figures connues, aux prix très raisonnables, qui ont suscité le plus d’engouement, entre autres à la galerie photo 12 (Paris), où de nombreux clichés de Luc Fournol ont été vendus (960 € pour un format 30 40 cm d’Alain Delon, Yves Saint Laurent, Édith Piaf ou Grace Kelly). En cause également, le rayonnement trop strictement local de la foire. Avec 70 % d’exposants basés en Asie-Pacifique, dont la grande majorité en Chine, l’événement a naturellement attiré des collectionneurs régionaux. «Ce sont nos clients habituels, explique You Yang, directrice artistique de la galerie Matthew Liu (Shanghai), ils préfèrent venir acheter une œuvre à la galerie plutôt que sur la foire.» Un propos qui trouvait écho chez la plupart des galeristes, qui ne désespèrent cependant pas de voir leur persévérance récompensée. «Lorsque nous avons lancé Photofairs à Shanghai, en 2014, aucun musée de la photographie n’existait… contre cinq à l’heure actuelle. Il y a un fort potentiel, c’est indéniable, mais il faut du temps pour le développer», conclut Georgia Griffiths.

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