facebook
Gazette Drouot logo print

Philip-Lorca diCorcia à la galerie David Zwirner

Le 09 juin 2020, par Virginie Huet

Philip-Lorca diCorcia à la galerie David Zwirner
Philip-Lorca diCorcia (né en 1951), W, September 2000, #6.
© Philip-Lorca diCorcia, Courtesy the artist and David Zwirner

L’idée ne date pas d’hier. Man Ray et Paul Outerbridge, avant même Penn ou Avedon, allaient et venaient déjà entre art et mode, de sorte qu’en matière photographique rue et studio semblent avoir toujours filé un amour, sinon parfait, du moins constant. Chez Philip-Lorca diCorcia aussi, il y a confusion des genres. En témoignent ses onze séries signées entre 1997 et 2008 pour la revue chic W. Dans ces images-tableaux, qu’il rapporte de Bangkok, du Caire ou de São Paulo, défile une foule de beautiful people : famille privilégiée attablée au sommet du World Trade Center un an avant sa destruction, Isabelle Huppert, dont le pâleur cernée de mèches rousses surgit sur le trottoir comme un spectre parmi les ombres anonymes, mannequins tirés à quatre épingles, en arrêt à la station-service, dans la cabine vide d’un avion ou le hall végétalisé d’un immeuble grand luxe… Sauf que les apparences sont, ici comme ailleurs, trompeuses et qu’il ne faut pas gratter bien longtemps le vernis des faux-semblants pour comprendre que ces modèles sont aussi pathétiques que désirables : isolés du monde derrière un rideau de verre qui les tient à distance et pourtant les expose, ils ont l’air prisonniers d’effets miroir, condamnés à plaire, comme des énigmes à jamais irrésolues. Eux aussi sous verre, quinze grands formats encadrés d’une marie-louise et de bois blanc présentent cette ambivalence : «Comment définir mon attitude vis-à-vis de la photographie de mode ? J’essaie de critiquer la bête avec qui je travaille. Ce monstre avec qui je partage mon lit est aussi mon sujet», analyse diCorcia, qui applique à ses œuvres de commande le même système sophistiqué qu’à ses travaux personnels, de Streetwork (1993-1997) à Heads (2000-2001) : décors ultra-léchés, lumières artificielles, cadrages de cinéma… Son appareil posé relativement bas, parallèle à la scène qui se joue sous ses yeux, capte des tranches de vie comme le papier, glacées.

Galerie David Zwirner,
108, rue Vieille-duTemple, Paris 
IIIe, tél. : 01 85 09 43 21.
Jusqu’au 5 juillet 2020.
www.davidzwirner.com

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne