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Petits cadeaux entre amis

Le 18 octobre 2018, par Caroline Legrand

Provenant de l’ancienne collection Simone Gravel, amie du galeriste Christian Zervos et de son frère Stamos, cette toile de Luis Fernández marque l’influence de son compatriote Pablo Picasso. Amitiés croisées.

Petits cadeaux entre amis
Luis Fernández (1900-1973), Couple enlacé ou l’Étreinte, huile sur toile, datée au crayon «19 août 1939», 81 x 65 cm.
Estimation : 15 000/20 000 €


Un couple s’enlace. L’étreinte est tellement fusionnelle qu’on jurerait voir l’un dévorer l’autre. Les formes géométriques ont conservé une heureuse rondeur, qui s’associe à merveille avec la couleur bleu azur illuminant la composition… Bref, il y a là comme un air de Pablo Picasso. Il faut dire que le maître espagnol était un ami de son auteur, Luis Fernández, et qu’à l’époque de cette œuvre ils collaboraient à certains projets, comme le célèbre rideau de scène La Dépouille de Minotaure en costume d’Arlequin réalisé pour Le 14 Juillet, pièce de Romain Rolland jouée en 1936 pour la première fête nationale célébrée par le Front populaire. Picasso en a exécuté la gouache préparatrice, aujourd’hui conservée dans son musée de l’hôtel Salé à Paris, et Fernández, après une mise au carreau, a peint le rideau, désormais exposé aux Abattoirs de Toulouse. Privilège suprême : selon l’historienne de l’art Dora Vallier, Fernández serait aussi le seul peintre à avoir travaillé de concert avec Picasso sur une toile. Comme nombre d’artistes espagnols débarquant à Paris dans les années 1920, Fernández avait pour modèle le Malaguène et une seule envie : le rencontrer. Ce fut chose faite en 1934.

Zervos admirateur
Fils d’un universitaire d’Oviedo, orphelin très jeune, Luis Fernández a partagé son enfance entre Madrid et Barcelone. S’il est orienté très jeune par son oncle maternel vers une carrière de bijoutier, il décide toutefois de s’inscrire aux cours du soir de l’école des beaux-arts. Ses études terminées, il «monte» à Paris, en 1924. Travaillant dans une imprimerie pour gagner sa vie, il fréquente par ailleurs les milieux artistiques de la capitale, notamment les membres du groupe Abstraction-Création. À partir de 1933, il se consacre entièrement à la peinture. En 1937, c’est le choc de Guernica. Cette fresque monumentale  devenue mythique , aux lignes anguleuses et puissantes, obsède Fernández, qui se tourne vers une peinture aux formes cubisantes et à l’esprit souvent teinté de surréalisme. Christian Zervos nommait ce style «post-cubiste». Le critique était un fervent admirateur de l’artiste et l’exposait régulièrement dans sa galerie aux côtés de… Picasso. Cette toile serait d’ailleurs passée entre ses mains, ou du moins entre celles de son frère Stamos. En effet, l’ancienne propriétaire de cette œuvre, Simone Gravel, l’aurait reçue en présent de leur part, avant qu’elle ne passe par descendance à sa petite-fille. Un beau cadeau pour une grande amie ! Simone Gravel était en effet l’épouse d’Emmanuel Drapanaski, un émigré grec arrivé dans les années 1920-1930 en France. Le couple côtoyait toute la diaspora hellénique à Paris, mais aussi des personnes de haute influence, Drapanaski étant également grand maître provincial honoraire des francs-maçons. Simone et Stamos sont ainsi devenus très proches ; ils se rendaient ensemble dans les galeries, fréquentaient des artistes. Zervos fut également présent au mariage de la fille de son amie. Un tableau qui cache décidément de belles histoires !

tableaux anciens et modernes, régionalisme
samedi 27 octobre 2018 - 14:00 (CEST) - Live
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