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Pétain, l’histoire et le ministre

Le 15 novembre 2018, par Vincent Noce

Éclosant des flots, assisterait-on à la naissance d’un ministre ? Franck Riester dispose de quelques atouts. Cela fait un moment que le monde de la culture, lassé d’une incroyable lignée de ministres vains et fantasques, attend un «politique» de quelque poids. L’homme a pour lui son caractère entreprenant et avenant. Un…

Pétain, l’histoire et le ministre
 

Éclosant des flots, assisterait-on à la naissance d’un ministre ? Franck Riester dispose de quelques atouts. Cela fait un moment que le monde de la culture, lassé d’une incroyable lignée de ministres vains et fantasques, attend un «politique» de quelque poids. L’homme a pour lui son caractère entreprenant et avenant. Un peu poussé dans ses retranchements par les députés, il a reconnu que la vingtaine de millions d’euros «supplémentaire», annoncée par son collègue du budget en faveur du patrimoine pour faire suite au coup de colère de Stéphane Bern, correspondait en fait à un dégel de crédits pris ça et là dans le budget. Il est resté prudent lorsqu’il a été interrogé sur le coût pantagruélique des travaux du Grand Palais (465 M€ quand même, madame la marquise !) ou de Villers-Cotterêts, cher à Emmanuel Macron. Par ailleurs, dans un secteur qui lui est plus familier, il est parvenu à régler le blocage sur le financement du cinéma par Canal. Néanmoins, après tant d’hésitations, la nomination d’une directrice de cabinet aussi sympathique mais dépourvue d’expérience et versée dans le même domaine que lui n’est pas un bon signe pour la culture. Que le président ait besoin de renfort de ce côté-là est une évidence, quand on l’entend qualifier Pétain de «grand soldat». Si Pétain avait été un vrai chef de guerre, capable d’autre chose que de «faire payer un peu cher les régiments d’élite», selon le mot sardonique de Genevoix, cela se saurait… À Verdun, il était de ceux pour lesquels «chaque mètre a sa valeur». Dans son Apologie pour l’histoire, Marc Bloch relevait : «L’ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent : elle compromet, dans le présent, l’action même.» À ce point, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi la France s’est montrée incapable de commémorer le souvenir glaçant de la Grande Guerre dans une exposition nationale majeure au Grand Palais.

Pourquoi la France s’est-elle montrée incapable de commémorer le souvenir de la Grande Guerre dans une exposition nationale majeure au Grand Palais?

Néanmoins, le nouveau ministre de la Culture s’est peut-être révélé par une menue incidente. Des députés l’auront constatée en formulant leurs critiques à l’égard du «pass culturel jeunes», faribole dont un Emmanuel Macron fort mal conseillé avait fait sa proposition culturelle de campagne, reprise comme une antienne par Françoise Nyssen. Comme l’a rapporté le Journal des arts, Brigitte Kuster a fait observer que l’an prochain, 34 M€ seront alloués à une expérimentation conduite auprès de dix mille jeunes. «Soit un coût de revient de 3 400 € par personne [pour 500 € distribués, l’État nous étonnera toujours]. Combien coûtera donc le dispositif final, une fois déployé auprès de huit cent mille jeunes ?» Eh oui, à ce train, le calcul aboutirait à près de deux milliards et demi annuels. Ce n’est pas une plaisanterie ; ou plutôt, c’en est une mauvaise. Dès l’élection présidentielle, nous avions attiré l’attention sur le caractère à la fois méprisant et ubuesque de cette distribution d’enveloppes aux jeunes. À la commission, Sylvie Tolmont n’a pas manqué de rappeler, entre autres vices, «l’expérience ratée du Bonus Cultura en Italie». Surprise ! le gouvernement leur a répondu : «L’expérimentation sera utile, et, au moment de la généralisation, si généralisation il y a, nous devrons aussi réaliser une évaluation.» «Si généralisation il y a»… Franck Riester a donc fait son travail de ministre, qui consiste à préparer la mise à l’écart d’une promesse inconsidérée. Il y a de l’espoir. En attendant, on aura dépensé une quarantaine de millions en deux ans, qui auraient été plus utiles dans l’enseignement artistique, s’il était question d’amener nos enfants à la culture. Ainsi va le ministère.

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