Pendant la crise sanitaire, les mini foires à la fête

Le 10 décembre 2020, par Alexandre Crochet

La paralysie des gros événements incite certains galeristes à lancer leurs propres projets, une formule idoine privilégiant un retour au local.

La Warehouse fair se tiendra dans une ancienne tannerie proche de Bruxelles.
DR

Small is beautiful. Face à la pandémie et aux mesures sanitaires gouvernementales qui obligent, les unes après les autres, les grandes manifestations à jeter l’éponge ou à se replier en ligne, de la Tefaf à la Fiac en passant par Paris Photo, marchands et galeristes changent à la hâte leur fusil d’épaule. Loin des grosses machines, ils lancent des mini-foires organisées par leurs soins. À quelques encablures de Bruxelles, la galerie Maruani Mercier accueille du 21 au 24 janvier la Warehouse fair, du nom de l’ancienne tannerie qu’elle possède à Zaventem, non loin de l’aéroport de la capitale belge. «Conçu un peu dans l’esprit de la fondation Prada à Milan, pour y montrer des expositions», selon Laurent Mercier, le lieu réunira, outre la sienne, dix galeries belges ou disposant d’une succursale à Bruxelles — Baronian Xippas, Clearing, Gladstone, Mendes Wood, Patrick De Brock, Sofie Van de Velde et Sorry We’re Closed–, et trois françaises, Almine Rech, Nathalie Obadia et Templon. «Il faut faire des choses en cette période difficile, être présents pour nos collectionneurs belges, faire vivre la galerie là-bas. Si à Paris, après le confinement, les collectionneurs ont repris le chemin des galeries, ce n’est pas toujours le cas en Belgique, où ils se montrent encore frileux. D’où l’intérêt de ce type d’événement», explique Mathieu Templon, qui montrera entre autres des œuvres d’Oda Jaune et de Philippe Cognée. «Nous avons dit oui tout de suite, pour revoir nos collectionneurs en Belgique», renchérit Nathalie Obadia. «L’idée a germé quand la foire Artbrussels a annulé son édition au printemps 2020. J’ai tout de suite compris qu’il fallait poursuivre autrement les contacts avec les amateurs belges, cette fois autour d’une foire locale, et que, en 2020, c’était ce genre de projet qui restait le plus réalisable. Puis tout s’est mis en place très rapidement», précise Laurent Mercier. Chaque exposant dispose d’environ 50 mètres carrés pour présenter un à trois artistes en privilégiant les solo shows. Chez Maruani Mercier, ce sont Kwesi Botchway, Ferrari Sheppard et Hermann Nitsch qui seront à l’honneur, les prix allant de 10 000 € jusqu’à près de 120 000 € pour Nitsch. Pour limiter l’affluence et rester dans le cadre légal des jauges autorisées par l’État, il faudra s’inscrire au préalable sur le site Ticketmaster. Laurent Mercier espère accueillir dans quatre salles totalisant 1500 mètres carrés un maximum de 2 000 personnes par jour, soit 8 000 en quatre jours. Pour l’agrément de ses hôtes, il imagine un bar à huîtres dans la cour et, non sans esprit ludique, l’installation d’une cloche ou d’une sonnette qui retentirait dans toute la foire quand une transaction aurait lieu ! «Ce sera très privatif, assure Laurent Mercier. C’est un événement important pour nous tous. En l’absence de grandes foires, tout le monde a besoin de montrer des œuvres… et de vendre.» La scénographie globale a été confiée à Stabilo, agence néerlandaise d’aménagement des stands qui s’est occupée entre autres de la Biennale Paris. De ce fait, les participants déboursent chacun moins de 10 000 €, Maruani Mercier ne facturant pas l’occupation des lieux.
Oublier la pandémie
Plus souple, organisée dans des lieux privés et non des grands halls d’expositions, avec une affluence délibérément limitée, et des enjeux logistiques et financiers moindres, la formule de la mini-foire fait son chemin. Face à des grands groupes comme Reed ou MCH, empêtrés dans des considérations budgétaires et réglementaires, les galeristes reprennent leur destin en main. À Amsterdam, en septembre, six marchands néerlandais de tableaux anciens ont organisé à l’hôtel Hilton leur propre événement en recréant une scénographie dans la lignée de celle de la Tefaf de Maastricht, à laquelle ils devaient participer. L’aréopage récidive du 17 au 20 décembre avec une deuxième édition, maintenue en fonction des conditions sanitaires à ce moment-là. «Notre première édition de septembre a été un succès, confie l’antiquaire Boris Aronson, au point que nous doublons en décembre le nombre de participants, qui passe de six à douze.» Tous, de premier plan, ils viennent des Pays-Bas, sauf Koetser Gallery, de Zurich. «Les marchands et nos invités, nous étions heureux de nous retrouver quelque part et de laisser de côté la pandémie, au moins pour un instant, poursuit Boris Aronson. Le principal but était de nous reconnecter avec notre clientèle, pouvoir discuter un peu autour d’un verre. Nos visiteurs sont venus des environs, disons à deux heures et demie de voiture au maximum, sachant que les frontières avec la France, la Belgique et l’Allemagne étaient alors ouvertes.» Et d’ajouter : «Le coût pour participer à Art Affair représente seulement 10 % des dépenses nécessaires pour exposer dans une grande foire internationale. Ce qui veut dire qu’il est possible de prévoir facilement plusieurs événements de cette sorte par an, d’autant que c’est nous, les marchands, qui les organisons directement.» Cet été, après l’annulation physique d’Art Basel, Johan König a lancé sa propre Messe («foire» en allemand) dans sa galerie berlinoise, l’ancienne église de Sainte-Agnès, à l‘architecture brutaliste. Toutefois, le projet diffère de celui de Maruani Mercier : les galeristes n’étaient pas présents et s’étaient contentés d’envoyer des œuvres, surtout de second marché, leur nom n’étant même pas mentionné… À Paris, Perrotin a invité, au printemps et à l’été derniers, 26 galeries de petite taille à exposer dans ses murs prestigieux. Plus récemment, onze exposants de Paris Photo ont décidé de tenir leur propre foire du 6 au 9 novembre, hébergée par Christie’s, un rapprochement dicté par la situation (l'événement a hélas été annulé pour cause de deuxième confinement). Autant de réponses locales, en attendant le retour du global.

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