Peintres femmes dans le sillage de la Révolution

Le 25 mai 2021, par Carole Blumenfeld

L’exposition du musée du Luxembourg veut rendre justice aux peintres femmes des années 1780-1830. Avec des réussites, et quelques maladresses.

Constance Mayer  (1774-1821), Autoportrait, vers 1801, huile sur toile, 116 89 cm (détail), Boulogne-Billancourt, bibliothèque Paul-Marmottan – Académie des beaux-arts, Institut de France.
© Fine Art Images/Bridgeman Images

 

Dès l’entrée, le ton général est donné : «On croit volontiers qu’après la gloire d’Élisabeth Vigée Le Brun liée à l’Ancien Régime, il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour trouver des peintres femmes aussi remarquables.» Quelque quatre-vingts tableaux réalisés par des «peintres femmes» ont donc été réunis pour prouver le contraire, à travers quatre sections thématiques. Le public découvrira une kyrielle d’artistes, où se trouvent en bonne place Marguerite Gérard, les sœurs Lemoine, Adèle Romany, Rosalie Filleul, Rose-Adélaïde Ducreux, Eulalie Morin ou Rosalie Caron. L’Autoportrait en Aspasie de Marie-Geneviève Bouliard du musée d’Arras, la Jeune femme et Éros de Marie-Victoire Lemoine prêté par le musée de l’Ermitage, le Portrait présumé de madame Soustras laçant son chausson par Marie-Denise Villers, conservé au musée international de la Chaussure à Romans-sur-Isère, l’exceptionnel Flambeau de Vénus de Constance Mayer du château d’Arenenberg, et même son Autoportrait prêté par la bibliothèque Paul-Marmottan, méritent à eux seuls le déplacement. On retiendra tout au moins que les femmes artistes étaient nombreuses et douées, mais on se demande pour quelle raison la très respectée Anne Vallayer-Coster n’a pas été jugée digne de figurer dans cette sélection de peintres «remarquables». Certaines d’entre elles tirent leur épingle du jeu mieux que d’autres. La moins bien servie est Élisabeth Vigée Le Brun : la confrontation avec Adélaïde Labille-Guiard, présentant côte à côte leurs portraits respectifs de Madame Élisabeth conservés à Versailles, était une intention louable mais ne rendant justice ni à l’une ni à l’autre, celui donné à Vigée Le Brun étant au mieux une copie d’atelier et celui de Labille-Guiard une réplique autographe du fabuleux tableau du Salon de 1787, conservé en mains privées en Amérique du Sud. Certes, l’Autoportrait de l’Accademia di San Luca est un chef-d’œuvre, mais quelle idée le public pourra-t-il se faire de la peintre de la reine s’il prend pour argent comptant le cartel de la peu flatteuse copie de Marie-Antoinette en robe de mousseline du musée de Kronberg, la présentant comme un original ? Cette vaste galerie est conçue sans grand souci de la chronologie des œuvres et du contexte politique, pourtant si important lorsque l’on veut embrasser une période historique si riche et complexe, en présentant des artistes de formations et horizons sociaux si divers. Si certaines sections semblent plus cohérentes que d’autres, l’appareil critique de la grande salle du musée du Luxembourg – consacrée au Salon – ne permet guère d’en comprendre les enjeux et les défis. On sera aussi déçu de lire sur les panneaux de salle des propos aussi éloquents que «pour un jour ne plus avoir à préciser “peintres femmes”». Le sous-titre de l’exposition, «naissance d’un combat», laisse d’ailleurs pantois. Depuis trois décennies, les recherches ont montré que le postulat selon lequel les femmes artistes auraient été engagées collectivement pour mener une bataille politique et sociale était aussi fantaisiste que celui présenté en conclusion : «La société d’après 1789, en ses principes, peut-être sans l’avoir voulu, a ouvert un espace où il est légalement possible pour une femme de dire “Moi. Peintre”». Montrer des peintres femmes de 1780 à 1830, était un exercice périlleux à plus d’un titre, et le musée du Luxembourg donne l’impression que le chemin parcouru depuis la dernière exposition parisienne sur le sujet, en 1926, est bien court. 

«Peintres femmes, 1780-1830. Naissance d’un combat»,
musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, Paris 
VIe, tél. : 01 40 13 62 00
Jusqu’au 25 juillet 2021.
www.museeduluxembourg.fr
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