Un régulateur lyonnais par Dourdouillon

Le 01 juillet 2020, par Claire Papon

Direction la capitale des Gaules pour cet instrument de mesure du temps exécuté par Dourdoullion dans les années 1800.

Dourdoullion, Lyon, époque Empire, vers 1805. Régulateur à cadran en verre églomisé, balancier à compensation en acier damasquiné ou bronze argenté, caisse en gaine en cerisier à baguettes et rosaces en bronze doré, frise de perles, losanges ou cubes en laiton sur fond d’ébène attribuée à Gamichon fils, 230 49 26 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €

Boîte et mouvement lyonnais sont le premier atout de ce régulateur, auquel s'ajoutent l’originalité du modèle et la qualité de la fabrication. Le cadran en verre églomisé remplace l'habituelle plaque émaillée, le balancier en lyre est en acier damasquiné ou en bronze argenté, et rythmé d’un serpent aux écailles finement traitées, la caisse ornée de motifs géométriques en laiton se détachant sur un fond d’ébène ou inversement. Côté affichage, on lit les heures en chiffres romains, les minutes en chiffres arabes, les secondes, les phases de la lune et l’équation du temps, marquant la différence entre le temps vrai et le temps moyen. Et surtout les calendriers grégorien et républicain. Une curiosité en ce milieu des années 1800, qui illustre le délai – plus ou moins long – des répercussions des nouveaux schémas techniques et esthétiques de la capitale sur les arts décoratifs provinciaux. Dans l’élan de la Révolution française, des données nouvelles sont instaurées pour le décompte et la mesure du temps : le calendrier républicain et le temps décimal – appelé d’ailleurs «révolutionnaire» – font leur apparition. Le premier dure jusqu’en 1805, le second aura une vie plus brève, du 24 novembre 1793 au 7 avril 1795. Cela n’empêchera pas toutefois certains horlogers de se lancer dans la conception d’ingénieux systèmes de conversion, afin d’aider les amateurs à s’habituer au nouveau décompte. Notre régulateur témoigne de ces hésitations, Dourdoullion faisant apparaître les deux indications calendaires alors que la grande majorité de ses confrères parisiens les abandonnèrent vers 1795, quand l’heure décimale fut reléguée aux oubliettes. Face aux serpents, un thermomètre rappelle l’une des spécialités de notre horloger de la place du Petit-Change. Dans le Bulletin de Lyon du 18 novembre 1807, une publicité indique qu’ «il est parvenu à donner toute la régularité et toute l’exactitude qu’on peut attendre de cet instrument fait d’après les anciens procédés» et qu’il «peut adapter ses nouveaux thermomètres à une pendule, ou à tout autre meuble, à des boîtes de montres, etc. et qui sont susceptibles de recevoir une forme élégante». Un «vrai petit chef-d’œuvre» – selon Stéphane Molinier, l’expert de la vente –, qui pourrait bien revenir dans sa ville d’origine…

jeudi 09 juillet 2020 - 14:00 - Live
Salle 10 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Thierry de Maigret
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