facebook
Gazette Drouot logo print

Paris Photo : objectif New York, la mariée s’est fait belle

Le 18 novembre 2019, par Pierre Naquin et Hugues Cayrade

Avec plus de 70 000 visiteurs accueillis au Grand Palais du au 10 novembre, la 23e édition de Paris Photo établit un nouveau record de fréquentation. De nombreuses galeries devraient suivre la marque dans son aventure new-yorkaise en avril.

Paris Photo : objectif New York,  la mariée s’est fait belle
Vue de Paris photo 2019.
Photo : Florent Drillon. Courtesy Paris Photo

Alors que Paris Photo s’apprête à exporter son concept à New York, du 2 au 5 avril 2020, et à renouer avec l’Amérique après une expérience peu concluante à Los Angeles au début de la décennie, la 23e édition parisienne de la foire a tenu ses promesses. D’abord en termes de fréquentation, puisque ce ne sont pas moins de 70 600 personnes qui ont poussé les portes du Grand Palais, soit une hausse de 2,5 % par rapport à 2018. En termes de vente, ensuite, et de satisfaction des participants, les organisateurs parlant du millésime 2019 comme d’une année exceptionnelle, évoquant pêle-mêle un grand format de Sigmar Polke vendu 385 000 € chez Kicken, une série historique de Renger-Patzsch cédée 160 000 € par la galerie Thomas Zander à un musée américain, laquelle voyait également partir un tirage de Robert Frank pour 125 000 €, ou encore trois vintages d’Helen Levitt pour 100 000 €… chacun. «Cette année plus que jamais, Paris Photo était le rendez-vous international de la photographie. Près de la moitié des visiteurs venaient de l’étranger, collectionneurs publics et privés du monde entier ayant fait le déplacement», se félicite la directrice de la foire, Florence Bourgeois. L’énergie découle de ce foisonnement de rencontres et de discussions entre galeries, artistes, éditeurs, commissaires et passionnés de la photographie.» Ce succès est d’autant plus appréciable que la conjoncture du marché photographique n’est pas des plus favorables. «J’étais plutôt prudent au regard des perturbations imminentes du Brexit et des nouvelles économiques plutôt mauvaises en provenance d’Allemagne, mais je dois reconnaître que la qualité et le niveau de fréquentation ont contribué à faire de Paris Photo 2019 une édition remarquable», explique le galeriste new-yorkais Yancey Richardson. «En matière de vente, ce fut notre meilleure édition, en particulier lors de la journée VIP, au cours de laquelle nous avons rencontré de nombreux conservateurs de musée, qui ont réalisé des achats significatifs.» «L’année a été difficile pour le marché de la photo en général, suscitant un certain attentisme. Mais nous avons réalisé un volume de vente plutôt conséquent avec entre vingt-cinq à trente impressions, dont la plus chère était affichée à plus de 100 000 €», indique Howard Greenberg, patron de la galerie du même nom, basée à New York et plutôt versée dans le vintage. «Nous avons réalisé plus du quart de notre chiffre d’affaires annuel sur Paris Photo, précise pour sa part Roy Kahmann, établi à Amsterdam ; dès l’annonce de notre participation avec quatre photographes hollandais, nous avons reçu des demandes du monde entier, et cet intérêt s’est confirmé pendant le salon.» L’avis du Romain Giampaolo Paci ? «Nous avons vendu des pièces au Museum of Modern Art de Houston, à l’Université de Providence, ainsi qu’à d’importants collectionneurs privés français et britanniques. Paris Photo reste la meilleure foire du monde dédiée à ce médium.» Même sentiment à la galerie berlinoise Springer, qui présentait sur son stand les œuvres oniriques et monumentales du photographe espagnol Aitor Ortiz : «Nous sommes très satisfaits et il y a encore beaucoup d’opportunités dans les tuyaux. Tant que la qualité restera le souci majeur des organisateurs, les collectionneurs viendront et achèteront. Même si, bien sûr, il faudra voir comment cela se passera pendant la fermeture du Grand Palais.» «Ce fut une édition particulièrement réussie, et les œuvres vendues sur notre stand l’étaient de 9 500 à 250 000 $» note de son côté Frish Brandt, de la galerie Fraenkel à San Francisco, qui se dit très excité à l’idée de voir la foire évoluer dans cet emplacement temporaire. «J’ai vendu quelques Ansel Adams à 10 000 ou 20 000 $ chacun et certains Brett Weston entre 7 000 et 15 000 $», se réjouit aussi le marchand californien Peter Fetterman.

Une grande part des enseignes se sont déclarées intéressées par l’édition new-yorkaise

Solos et duos gagnants
Cette année, sur Paris Photo, la tendance est à l’association de galeries autour de solo ou duo shows spécifiques et, là encore, les résultats sont au rendez-vous. «Ça s’est très bien passé pour moi. J’ai vendu sept photos, dont trois très chères, et je suis reparti de la foire avec deux projets d’exposition pour Witkin dans des musées», explique Baudoin Lebon ; le Parisien s’était associé à l’enseigne Etherton, de Tucson (Arizona), pour célébrer le 80e anniversaire du plasticien new-yorkais Joel-Peter Witkin. Terry Etherton semble y avoir lui aussi trouvé son compte, puisqu’il indique établir un nouveau record pour l’artiste de Brooklyn, avec Le Baiser (1983) à plus de 100 000 $.  Mais tout bilan élogieux s’accompagnant de bémols, plusieurs galeristes d’obédience contemporaine ont pu regretter un manque de prise de risque, et sans doute une sous-valorisation des projets d’avant-garde par rapport aux vintages et autres œuvres de maîtres. «La section Curiosa était cachée derrière les étalages et je suis persuadée que la grande majorité des visiteurs ne l’ont pas remarquée», estime la galeriste new-yorkaise Iliya Fridman, bien qu’elle ait vendu les six œuvres de Nate Lewis apportées à Paris. «Un meilleur placement et une meilleure signalisation des sections Curiosa et Prismes seraient grandement appréciés.» Un autre renchérit : «Nous ne nous attendions pas à un taux de passage aussi bas dans le secteur Curiosa. Je pense que seulement 10 % des visiteurs sont passés par là.» Même constat ou presque pour Ágnes Tallér, de la galerie INDA à Budapest : «La visibilité du secteur Prismes pourrait être améliorée. Il y avait clairement cette année une abondance de millésimes, celle-ci probablement motivée par la demande. Le vintage est financièrement plus sûr que les nouvelles expériences.» «La qualité de la section contemporaine doit encore s’améliorer. J’ai trouvé, mais aussi entendu dire, que l’ambiance générale était un peu trop conservatrice, qu’il n’y avait pas assez de surprises, de positions nouvelles ou de prises de risque», commente aussi Marie-Blanche Carlier, de l’enseigne berlinoise Carlier-Gebauer, déçue par ses ventes, notamment des œuvres récentes de Richard Mosse. «Le vintage est la tradition à Paris Photo, mais c’est aux galeries qu’il revient de présenter de nouveaux projets, différents des propositions commerciales que nous connaissons déjà», relève, pragmatique, Florencia Giordana Braun, responsable de la galerie argentine Art Rolf, venue au Grand Palais avec une œuvre monumentale (une bobine de papier photosensible de trente mètres) de l’artiste péruvien Roberto Huarcaya. «Il ne faut pas oublier qu’apporter des créations contemporaines signifie des œuvres plus grandes, des stands plus grands, des coûts de transport plus élevés, plus de main-d’œuvre pour emballer, décharger, installer, remballer, etc., explique Laurence Miller, galeriste à New York. C’est pourquoi nous n’avons apporté cette année que des œuvres de taille moyenne ou petite, avec, en bonus, la satisfaction de rentrer chez soi sans mal de dos»… En tout état de cause, une grande part des enseignes présentes à Paris se sont déclarées intéressées par l’édition new-yorkaise à venir, organisée au printemps prochain en collaboration avec l’Aipad (Association of International Photography Art Dealers). Et si le succès est au rendez-vous de l’édition inaugurale, leur participation aux suivantes sonne comme une évidence. Braverman Gallery, à Tel-Aviv, les berlinoises Camera Work et Kornfeld, la slovène Photon Galerija, la roumaine Anca Potenasu, ou encore la canadienne Stephen Bulger sont sur les rangs… parmi bien d’autres.

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne