Paris mendie pour ses églises

Le 11 mai 2018, par Vincent Noce
 

Les beaux jours incitent à se promener dans Paris. Comme le font les touristes, qui ont dépassé la saleté du RER et la «zone» fixée autour de la gare du Nord, les grèves dans les transports, les enfants forcés à mendier, les embouteillages et les crottes de chien, qui demeurent une fierté nationale. En Extrême-Orient, des psychologues travaillent sur le «syndrome de Paris», de familles parties pour une destination rêvée qui reviennent traumatisés par la saleté des rues et l’humeur des indigènes. Espérons qu’ils n’avaient pas, comme nous, un rendez-vous place Vauban. Depuis la mi-avril, il est impossible de traverser celle-ci, occupée par le circuit de la F-E, «la F1 des voitures électriques». Une dame âgée, avec sa canne, a marché une demi-heure pour essayer de passer de l’autre côté, avant de comprendre que le seul moyen était probablement de prendre le métro, et changer de ligne, pour sortir à l’École militaire. Aucun panneau n’était prévu : pour la mairie, le piéton, le Parisien en fait, n’existe pas. Demeure ce spectacle grotesque, réservé à quelques milliers de privilégiés. Une ville n’est pas faite pour un circuit de course automobile. Les travaux bloquent la voie depuis le 18 avril et jusqu’au 9 juin, pour recouvrir les pavés du tracé de bitume  opération «propre» et écologique s’il en est  et ensuite réhabiliter la chaussée, sans compter les embouteillages dans les axes avoisinants, où la pollution de l’air atteint le niveau d’alerte. Dix millions d’euros ont été ainsi engloutis pour promouvoir la vitesse au volant auprès des jeunes.

Pour la mairie, église du XVIIIe sonne moins bien qu’avatar de Formule 1 et Émile Hirsch que Prost.

Au même moment, ayant collecté 10 000 € pour sauver deux statues de Rude et de Pradier à la Madeleine, la municipalité tend sa sébile pour en trouver 75 000 de plus, afin de réparer «en urgence» les verrières de Saint-Philippe-du-Roule, dont la rosace de plus de sept mètres et demi, d’Émile Hirsch, aux verres cassés et aux plombs corrodés. En 2001, on estimait à 4,5 M€ les travaux nécessaires pour sauver ce monument classé, qui n’ont jamais été dégagés. Il est vrai qu’«église du XVIIIe » sonne moins bien qu’«avatar de Formule 1» et «Hirsch» que «Prost». Auteur également des vitraux de Saint-Séverin, dont les peintures sont complètement noircies, cet artiste était élève de Flandrin, d’Ingres et de Delacroix.... Nos pas nous ont menés à Saint-Sulpice, pour voir La Lutte de Jacob avec l’ange, qui se retrouve sur les affiches des expositions Delacroix. L’œuvre a été restaurée. Les autres chapelles sont en ruine. Les peintures plafonnantes ont pratiquement disparu et les murs sont rongés par l’humidité. Les vitres sont cassées. Si la tour nord a été réhabilitée le dernier des chantiers dont l’État ait consenti à partager la charge à moitié , sa jumelle reste en déshérence. On promet des travaux à la Trinité, dont «la façade pourrit sur pied depuis vingt ans», selon l’historien Alexandre Gady. À Saint-Germain, le curé n’a pas attendu pour se lancer dans la restauration des peintures Notre-Dame lui emboîte le pas . Voici le spectacle qui attend les visiteurs des JO. Rappelons que sur les vingt monuments les plus visités de Paris figurent quatre églises, le Sacré-Cœur en recevant autant que le Louvre. Le montant consacré par la Ville à l’entretien de ses quatre-vingt-seize sanctuaires, qui abritent 40 000 œuvres et 130 orgues en péril, a dégringolé de 27 % au cours des années 2000, alors que son budget augmentait de 60 %. Le niveau a été remonté à 80 M€ pour 2015-2020, mais reste inférieur aux années 1990. Les associations estiment au double les besoins impératifs. Et chaque année, les dégradations alourdissent cette facture, et font disparaître de nouvelles œuvres.

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