Paris Gallery weekend 2021, édition spécial déconfinement !

Le 25 mai 2021, par Annick Colonna-Césari

Cent vingt-huit galeries participent durant quatre jours à la 8 édition de Paris Gallery Weekend. Une mobilisation inédite qui plus que jamais, prouve la vitalité de la scène parisienne et affiche la volonté des marchands de sortir de la crise.

Sophie Kuijken (née en 1965), D.Z., 2021, huile et acrylique sur toile, galerie Nathalie Obadia.
COURTESY Sophie Kuijken ET GALERIE NATHALIE OBADIA PARIS BRUXELLES

Cette édition ne ressemblera à aucune autre. Mais le moins que l’on puisse dire est qu’elle aura suscité l’enthousiasme : 128 galeries d’art contemporain et moderne se sont mobilisées, pour une manifestation qui, d’habitude, en réunit une cinquantaine. Revers de la médaille : «Nous avons dû revoir ce Paris Gallery Weekend dans la sobriété, pour nous adapter au contexte», explique Géraldine de Spéville, sa déléguée générale. Comment ? En oubliant temporairement l’aspect festif et international qui le caractérisait. Les rencontres avec les artistes, les performances, les conférences, les parcours VIP pour collectionneurs triés sur le volet et a fortiori le dîner de gala… aucun de ces événements ne pourra se dérouler, même si certains marchands organiseront néanmoins quelques vernissages, signatures ou lectures, dans le respect de la jauge des 8 mètres carrés par personne, flacon de gel hydroalcoolique à portée de main. Pour compenser l’absence de visites guidées, les organisateurs ont eu la bonne idée d’inviter des personnalités du milieu artistique (dont Fabrice Hergott, directeur du musée d’Art moderne de la Ville de Paris ou encore la designeuse matali crasset) à concocter leur propre parcours, correspondant à l’un des sept quartiers couverts par la manifestation, et qui, sous forme d’un texte, accessible sur son site internet et par newsletters, incitera amateurs et collectionneurs à aller découvrir les galeries et les œuvres, du Marais à Matignon et à Saint-Germain-Prés, jusque dans l’est de Paris, à Belleville et au-delà, à Romainville, où depuis quelques mois s’est installé un nouveau «hub» culturel appelé Komunuma. Autre nouveauté : Paris Gallery Weekend, initié en 2014 par la galeriste Marion Papillon via l’association Choices, est passé cette année sous l’égide du Comité professionnel des galeries d’art (CPGA), dont elle est devenue présidente, «afin éviter tout conflit d’intérêt et de mieux servir l’intérêt général des galeries», explique-t-elle. Les règles du jeu ont du coup été modifiées. Jusqu’alors, les participants faisaient l’objet d’une sélection, fondée sur la pertinence de leur programmation. Ce qui n’a pas été le cas de cette 8e édition, à laquelle chaque adhérent du CPGA pouvait se joindre. Simultanément, les frais de participation, d’un montant initial de 3 000 ou 4 000 €, ont diminué. En 2020, ils avaient déjà baissé, parce que, Covid oblige, le rendez-vous printanier avait été annulé, avant d’être reprogrammé in extremis début juillet. Pour l’édition 2021, les marchands n’ont déboursé que 800 €. «Il est normal que les frais correspondent au format de la manifestation, qui s’est retrouvé considérablement allégé en raison du contexte», commente Marion Papillon. «Afin de permettre à ceux qui le souhaitent de participer sans trop grever les budgets, surtout dans des circonstances économiques aussi difficiles», ajoute Florence Bonnefous, directrice de la galerie Air de Paris et membre du comité de direction de la manifestation.
Montrer le dynamisme des galeries
En tout cas, avant de se lancer dans l’aventure, sur laquelle s’est greffée Sylvia Ammon, codirectrice de la foire Paris Internationale, le CPGA a d’abord tâté le terrain. Dès le 20 avril, un mail a été envoyé à chacun de ses 300 adhérents, les informant de sa volonté d’organiser l’événement, sous réserve, évidemment, que les conditions sanitaires permettent d’accueillir le public. Et cela avant même que les mesures de déconfinement ne soient annoncées et que la date du 19 mai ne soit décidée. «Nous avons pris cette initiative parce que le gouvernement semblait plutôt favorable à une réouverture à court terme», explique Sylvia Ammon. Et «en tant que syndicat, ajoute Géraldine de Spéville, il était essentiel de montrer que nous proposions des solutions de relance de l’activité, sous une forme inclusive. Parallèlement, nous avions besoin de savoir si les galeries nous suivraient, avant de mettre en place une équipe. D’après nos calculs, la manifestation pouvait s’autofinancer grâce à la participation d’une cinquantaine d’entre elles. Nous ne nous attendions pas cependant à un tel succès». «En trois jours, nous avons eu une centaine de retours», s’étonne encore Florence Bonnefous. «Dès que j’ai reçu ce mail, je n’ai pas hésité. J’ai immédiatement répondu, se souvient Martine Aboucaya, compagne de route d’Yvon Lambert pendant quatorze ans. Je n’avais pourtant jamais participé alors que cette fois, ça m’est apparu primordial parce que nous avons tous besoin de nous retrouver après ces mois de confinement, de partager des émotions.» «L’essentiel, poursuit Nathalie Berghège, de la galerie Lelong, est de reprendre la programmation, non seulement pour les galeries mais aussi pour les artistes. Pour notre part, nous présentons notamment une exposition que le plasticien afro-américain Leoanardo Drew avait imaginée l’année dernière mais que nous n’avions pas pu monter, en raison de la crise sanitaire.»
Prouver que Paris reste une grande capitale des arts
Évidemment, compte tenu de la diversité des profils des marchands participant à ce 8e Paris Gallery Weekend, qui accueillera 138 expositions dont 95 solo shows, il est impossible de donner une tendance. «Peu importe, estime Nathalie Obadia. Chacun fait son travail à sa façon, de la galerie la plus expérimentale à la plus puissante. Le plus important est de montrer que notre profession, à l’image si disparate, est capable de se fédérer et que Paris reste la grande capitale des arts en Europe. Mais je suis sûre que nous aurons beaucoup de visiteurs, étant donné que les foires ne peuvent toujours pas se tenir, et même si, à cause des restrictions de voyage, les étrangers ne seront pas présents, excepté éventuellement quelques Belges ou Suisses.» Une chose est sûre, alors que les portes des musées étaient fermées, les galeries qui, elles, avaient pu, durant un certain temps, rester ouvertes, ont vu leur fréquentation s’accroître. «Nous avons eu un public qui n’avait pas l’habitude de venir, témoigne Marion Papillon. J’espère que nous aurons réussi à faire comprendre à ces visiteurs ce qu’est notre métier, à propos duquel règne une grande ignorance, et que nous aurons su les inciter à suivre régulièrement notre actualité.» «Ce sera l’enjeu de ce Paris Gallery Weekend : contribuer à la visibilité de la profession», poursuit Nathalie Berghège. «Ce sera également une édition de transition, affirme Géraldine de Spéville. Nous allons en effet devoir réfléchir aux évolutions pour les années futures. La crise a rebattu les cartes. Ces derniers temps, les initiatives intergaleries se sont multipliées, reposant sur des parcours thématiques ou par quartier. Bien sûr, Paris Gallery Week-end devra d’abord retrouver son ADN initial et nous espérons que l’année prochaine, le contexte sera favorable. Nous devrons devrons aussi nous poser des questions et suggérer sans doute de nouvelles initiatives pour continuer à nous distinguer.»

à savoir
Paris Gallery Weekend,
du 3 au 6 juin 2021.
www.parisgalleryweekend.com
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