Paris Gallery Weekend : tisser du lien

Le 18 mai 2018, par Céline Piettre

À l’aube de sa 5e édition, la jeune manifestation initiée par Marion Papillon semble plus que jamais prête à se concentrer sur l’essentiel : restaurer l’attractivité des galeries parisiennes, en s’appuyant sur une communauté solidaire.

Stéphane Calais (né en 1967), Sans titre, 2017, encre, acrylique et glycérophtalique sur papier Fabriano teint dans la masse (détail). Galerie Papillon.
Photo Marc Domage


Depuis son lancement en 2014, le Paris Gallery Weekend (PGW) a testé plusieurs formules  avec l’abandon notamment de son exposition collective, et le choix d’un nom plus évocateur , mais n’a jamais changé de cap. Ramener les collectionneurs et le public dans le giron des galeries désertées au profit des foires, en proposant un rendez-vous à la fois exclusif  un dîner inaugural dans les salons de l’Hôtel de Ville  et convivial, où l’on peut rencontrer les artistes et, depuis 2017, écouter le programme des «talks» au Centre Pompidou : tel est  et demeure  son objectif principal. Un dessein qu’il partage d’ailleurs avec tous ses petits camarades de par le monde, de Bruxelles à Pékin. À l’heure où le dernier rapport UBS-Art Basel note une baisse de fréquentation des expositions en galeries, ces «week-ends» replacent la programmation au cœur des enjeux. À Paris, d’aucuns, et ils sont assez nombreux cette année, en profitent pour dévoiler leurs pièces historiques les «Open Series» de l’expressionniste américain Robert Motherwell chez Templon, une installation de William Anastasi, inédite en France, chez Jocelyn Wolff ou pour lancer leurs dernières recrues le Londonien Oli Epp, né en 1994, chez Semiose.
Des participants satisfaits
Le format, lui aussi, est resté peu ou prou le même avec une quarantaine de participants en moyenne  quarante-quatre pour cette édition, avec un taux de renouvellement important. Une jauge suffisante, selon la galeriste Marion Papillon, à qui l’on doit l’initiative de l’événement, «juste assez pour ne pas disperser les énergies». Et si en termes de notoriété, on est encore loin du Berlin Gallery Weekend  le premier du genre, lancé en 2005 , la sauce prend doucement. Cinq mille visiteurs ont été comptabilisés l’année dernière, soit l’équivalent de la fréquentation d’une petite foire off. La galerie Applicat Prazan, qui présente une sélection de «grands peintres européens de l’après-guerre», n’oublie pas que «de nouveaux collectionneurs ont poussé la porte des deux espaces» lors de la précédente édition. Constat identique pour la jeune galerie Anne-Sarah Bénichou, qui a décidé de s’investir davantage en intégrant le «board» : moins coûteux qu’une foire, précise-t-elle (environ 3 000 € de participation contre 10 000 au minimum), et idéal pour faire des rencontres ; en ce qui la concerne, des « journalistes et collectionneurs étrangers », présents à hauteur de 35 %. Selon une enquête établie par l’équipe organisatrice, 60 % des exposants auraient réalisé des ventes en 2017. «Mais l’important, insiste Anne-Sarah Bénichou, reste l’émulation que cela déclenche. Les retombées peuvent se faire plus tard dans l’année. Et nous avons aussi un rôle d’éducation à jouer auprès du public.»
Faire front commun
À côté de la benjamine, qui a ouvert ses portes en 2016, on trouve des galeries très bien implantées dans la capitale à l’image de Georges-Philippe et Nathalie Vallois, dont l’exposition collective désamorcera la notion de genre sur fond de nouvelle vague et d’envergure internationale. Si certaines relevant de cette dernière catégorie ne sont pas de la fête  Perrotin demeure aux abonnés absents et Kamel Mennour ne reviendra pas cette année , Thaddaeus Ropac, dont on connaît l’engagement pour le marché européen, s’affirme aujourd’hui comme un membre très actif. «Participer au PGW représente pour nous une opportunité de s’ancrer davantage dans le Marais, où nous avons emménagé depuis un peu plus d’un an», commente quant à elle Francesca Piccolboni, directrice de la galerie Tornuabuoni, laquelle expose régulièrement à Art Basel, Tefaf ou Frieze. «Il s’agit ici, avant tout, d’une action parisienne», ajoute-t-elle. Dynamiser l’attractivité d’un territoire en mutualisant les réseaux, par une communication coordonnée et le support de partenaires institutionnels (la fondation Ricard ou la Monnaie de Paris), serait ainsi l’un des moyens de lutter contre la crise que connaît aujourd’hui le métier (voir l'article Galeries à Paris, état des lieux de la Gazette n° 19, page 24). En d’autres termes : concentrer les regards sur de l’existant, dans une logique durable. Marion Papillon, que ses pairs louent pour sa détermination et «une organisation irréprochable», semble être en tout cas parvenue en quelques années à créer de la cohésion au sein d’un milieu pourtant très concurrentiel  et c’est peut-être là sa vraie réussite. Cette année, le Gallery Weekend s’ouvre dans un contexte endeuillé par la fermeture de deux enseignes de Belleville, Bugada et Cargnel (ex-Cosmic Galerie) et Samy Abraham. Raison de plus pour se serrer les coudes autour d’un état d’esprit commun, et surfer sur le retour en grâce de Paris, qui attirerait de nouveau les artistes, comme nous le confiait (Gazette n° 16, page 12) le jeune galeriste de Los Angeles Robbie Fitzpatrick, tout juste installé dans le Marais. Templon et Lelong profiteront d’ailleurs de l’occasion pour inaugurer leurs seconds espaces dans la capitale.

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