Paris Déco Off, rendez-vous incontournable de la décoration

Le 13 janvier 2017, par Stéphanie Pioda

Chic ! La huitième édition du parcours parisien des éditeurs et créateurs de la décoration internationale passera aussi cette année par Drouot. À vos marques…

Collection 2017 Osborne & Little.
Photo DR

Il est bien loin le temps où il fallait se perdre dans les halls sans fin de Maison & Objet, à Villepinte, pour dénicher les éditeurs de tissus ! Voilà huit ans que Paris Déco Off a créé un événement spécialisé, chaleureux et à taille humaine, réunissant cette année cent onze maisons. À noter, parmi les nouvelles venues : Thevenon, Evitavonni ou Toulemonde Bochart. Paris Déco Off est devenu une sorte de label dans la profession. La recette ? Un positionnement très clair : le luxe et le haut de gamme, avec une sélection exigeante. Trente-deux maisons ont ainsi été refusées pour cette édition. Offrant un véritable circuit au cœur de Paris autour de deux centres névralgiques  la rue du Mail, dans le IIe arrondissement, et la place de Furstenberg dans le VIe , l’événement marque le coup d’envoi de la présentation des premières collections de l’année, d’où son caractère incontournable pour de nombreux participants. Cette année, quelques tendances s’y affirment : le retour de la nature (exotique chez Casamance, côté jardin chez Edmond Petit et forêt chez Arte...), la multiplication des tissus métalliques (Kriskadecor, Codimat...), la place grandissante du papier peint et du revêtement mural (avec des effets 3D chez Elitis) et les textiles intelligents (contrôlant l’intensité lumineuse ou l’absorption acoustique chez Création Bauman). Entre la rive droite et la rive gauche, il suffira de se laisser guider par les lanternes en lin de Masters of Linen et des lampes en tissu Trevira CS qui baliseront le parcours, qui vous mènera aussi à l’Hôtel Drouot.
 

Camille Pernon (1753-1808). Tenture du meuble d’été de la chambre de Louis XVI à Versailles, lampas fond gros de Tours blanc, broché de fleurs en soie
Camille Pernon (1753-1808). Tenture du meuble d’été de la chambre de Louis XVI à Versailles, lampas fond gros de Tours blanc, broché de fleurs en soie de couleur et feuillage or, deux lés 280 et 360, en 60 cm de large (détail).
Paris, Drouot-Richelieu, 9 décembre 2009. Mme Experton-Dard. Thierry de Maigret OVV.

Adjugé : 43 750 €

Un ancrage parisien pour une clientèle internationale
Depuis 2010, le succès est au rendez-vous, comme l’atteste la fréquentation de 2016, comptabilisant 27 000 visiteurs en cinq jours. Malgré un contexte géopolitique assez tendu, on en attend 30 000 cette fois-ci. Certes, ce marché souffre des difficultés que connaît le monde de l’hôtellerie depuis les attentats de 2015  une clientèle importante pour certains éditeurs , mais cela n’a cependant pas empêché certains de voir augmenter leur chiffre d’affaires en 2016, grâce à une ouverture à l’international. Des performances enviables, se montant à + 25 % pour Missoni et 40 % pour Lucas Pinton… Les raisons de la réussite de Paris Déco Off ? L’ancrage dans la capitale même, un argument de taille pour une clientèle internationale composée essentiellement de professionnels prescripteurs, architectes, designers, décorateurs, distributeurs..., mais aussi le format. Les éditeurs reçoivent dans leurs showrooms de façon privilégiée ou dans des galeries d’art autour de la rue de Seine, louées pour l’occasion pour les étrangers, un peu «comme à la maison» où l’on prend le temps. Missoni n’hésite d’ailleurs pas à créer l’ambiance d’un véritable appartement, avec salon, chambre, salle de bains... Pour les participants, l’aspect économique n’est pas négligeable non plus, puisque le coût oscille entre 4 000 et 6 500 € selon le poids financier de l’éditeur, contre plusieurs centaines de milliers d’euros pour un grand stand, équipement compris, à Maison & Objet. De plus, certains éditeurs ont la possibilité de présenter leurs archives stockées sur place, une véritable richesse patrimoniale associée à la préservation d’un savoir-faire unique, justifiant l’attribution du label EPV (Entreprises du Patrimoine Vivant) à Hermès, Tassinari & Chatel ou Pierre Frey… «Codimat dispose également d’une bibliothèque importante, avec plus de 16 000 références que viennent consulter les jeunes décorateurs pour s’éduquer et nourrir leur imaginaire», précise Pascal Pouliquen, le directeur général.

 

Collection Phaedra de Zoffany.Photo DR 
Collection Phaedra de Zoffany.
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Des liens naturels
L’aspect culturel est une préoccupation partagée par les organisateurs, Carole Locatelli et Hughes Charuit. En effet, après un partenariat avec le musée des Arts décoratifs de Paris en 2016, ils se sont associés avec le musée de la Toile de Jouy et le musée Eugène-Delacroix, pour présenter l’exposition «Toile de Jouy intemporelle». Une première pour cette édition, l’événement passe par Drouot, l’hôtel des ventes incarnant parfaitement cette identité parisienne si chère à Paris Déco Off. Le lien entre les deux univers est évident pour Pascal Pouliquen : «Je passe ma vie à Drouot pour comprendre, interpréter et transformer les motifs.» Comme une mise en abyme de ce processus d’inspiration, ce sont quinze projets d’étudiants d’écoles d’art qui y seront exposés. Tous les «workers in progress» ont planché sur le même thème : «L’objet, du plan à la 3D  ou comment transformer le plat en volume». Après avoir débattu au restaurant L’Adjugé, le jury remettra les prix aux trois lauréats le samedi 21. Vous avez dit «émulation» ?

 

Collection 2017 de Missoni Home. Photo DR
Collection 2017 de Missoni Home.
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L’étoffe d’un marché
Rencontre avec Séverine Experton-Dard, expert en textiles et costumes anciens.

Le cas du musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon, dont l’avenir ne tient qu’à un fil, résume à lui seul la situation : il réunit une collection exceptionnelle, mais personne ne mesure l’importance d’un tel lieu et des trésors qui y sont conservés. «Le marché a connu de belles heures, mais essuie un effondrement de 30 % en valeur sur les dix dernières années, analyse Séverine Experton-Dard. La réplique d’un grand métrage de la chambre de Marie-Antoinette était adjugée à 100 000 € il y a dix ans, lorsque vous trouvez aujourd’hui dix à quinze mètres de soieries du XVIIIe siècle entre 3 000 et 5 000 € ou un rouleau de quarante-cinq mètres de chez Tassinari & Chatel à 2 000 € !» Des pépites circulent dans les salles de ventes, mais les amateurs sont moins nombreux. Les institutions françaises sont assez peu actives, il faut pour cela aller voir du côté de l’Abegg Stiftung en Suisse ou du Victoria & Albert Museum de Londres, tandis que «les collectionneurs de tissus n’ont pas été renouvelés. Comprendre l’intérêt d’un beau tissu est une démarche ardue et on n’affiche plus un statut social par une soie tissée unique»… Le changement de modes et les normes pour l’hôtellerie font également qu’on ne voit plus dans les salles des décorateurs comme Jacques Grange ou Jacques Garcia, qui étaient très présents dans les années 2000. Il arrive à certaines maisons, comme Tassinari & Chatel, d’acheter des pièces aux enchères pour compléter leur fond historique, mais «actuellement, le marché est malheureusement surtout alimenté par les archives de fabricants mettant la clé sous la porte. Récemment, par exemple, une entreprise encore active dans l’agglomération de Roubaix a été délocalisée en Belgique, n’emportant pas les trois kilomètres de linéaires d’échantillons de tissages Jacquard». Il demeure toutefois un créneau actif, celui des bureaux de style ou créateurs qui vont être intéressés par un motif sur un gilet du XVIIIe siècle ou une fleur sur un papier peint pour s’en inspirer et le décliner dans la mode. Le fil d’Ariane de la création…
 
Collection Theodora de Declercq, des passementeries d’or d’inspiration byzantine réalisées en collaboration avec Brigitte Guillet, tisseuse et créatri
Collection Theodora de Declercq, des passementeries d’or d’inspiration byzantine réalisées en collaboration avec Brigitte Guillet, tisseuse et créatrice textile.
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À SAVOIR

Paris Déco Off
Du jeudi 19 au lundi 23 janvier 2017
Showrooms ouverts de 9 h 30 à 19 h 30 ; le samedi 21 jusqu’à 23 h.
www.paris-deco-off.com


«Toile de Jouy intemporelle»,
de 9 h 30 à 17 h 30. Musée Eugène-Delacroix, 6, place Furstemberg, Paris, VIe.

«Le Concours des jeunes designers».
Drouot-Richelieu, salle 9, de 11 h à 18 h (sauf le dimanche), nocturne le jeudi jusqu’à 21 h.
Remise des prix le samedi 21, à 12 h.
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