Paris Déco Off : la décoration textile a la fibre écolo

Le 09 janvier 2020, par Stéphanie Pioda

Tout en restant fidèle à son souci d’exigence et de valorisation des savoir-faire haut de gamme, Paris Déco Off invite les créateurs et les éditeurs à réfléchir sur les démarches écoresponsables.

Pierre Frey, collection «Rêveries orientales», La Folie persane, 2020.
Photo Jon Day, stylisme Anne Pericchi-Draeger

Alors qu’une trentaine de grosses entreprises du monde de la mode a fait son mea culpa en reconnaissant sa part de responsabilité dans la pollution de la planète  le secteur se hisse au deuxième rang sur le podium des industries les plus polluantes, après le pétrole  et s’est engagée à réduire son empreinte carbone en signant, le 23 août dernier, le Fashion Pact, le monde de la décoration affiche et revendique de plus en plus des démarches écoresponsables. C’est sous cette prise de conscience qu’est placée la onzième édition de Paris Déco Off. Ainsi pourra-t-on lire les propositions des cent dix-sept maisons de la sélection sous un nouvel angle. Cette approche ne manquera pas d’aiguiser l’attention des décorateurs et autres architectes d’intérieur qui constituent la cible principale du rendez-vous, et de tous ceux qui ont un rôle prescripteur en termes de décoration. Certaines maisons sont engagées dans cette voie depuis un moment, telle CMO qui promeut les matières végétales comme la jacinthe d’eau, le raphia, l’abaca ou le palmier, ou Pierre Frey, avec le choix du lin ou le maintien de l’atelier de tissage dans le nord de la France, non loin de Cambrai. Élitis privilégie également le lin, comme l’explique la styliste textile Marie Ducept : «Nous avons une longue tradition autour de la laine et du lin, des matières écologiques par excellence, dont le bilan carbone reste faible, contrairement au coton qui vient de l’autre bout du monde. Élitis ne travaille qu’avec les liniers offrant un circuit complet de production, de la plantation au tissage. Pour ce qui est des papiers peints et autres revêtements muraux, nous travaillons avec des encres conformes aux normes internationales, comme Reach, qui sécurise la fabrication et l’utilisation des substances chimiques, et Leed (Leadership in Energy and Environmental Design).» La maison Alexandre Turpault a quant à elle mis deux années pour finaliser une technique de lin rincé sans produits chimiques. En complément de l’exigence de l’origine de la production de la matière première, le recyclage constitue l’autre versant de la médaille, comme pour les jetés de lits matelassés en cachemire de C&C Milano. Mais Jab Anstoetz va encore plus loin avec la conception d’un tissu d’ameublement «surcyclable», comme le souligne Christophe Bringuier, directeur général de Jab France : «Climatex est une nouvelle génération de tissus brevetés, certifiés cradle to cradle (“du berceau au berceau”), label d’économie circulaire octroyé aux produits entièrement recyclables. Il présente d’excellentes propriétés de régulation thermique et d’humidité, ainsi qu’une solidité et une longévité extrêmes. Développé il y a quelques années en Suisse, il est maintenant fabriqué en Allemagne et peut être reconditionné sans gaspillage ni perte. Le recyclage, c’est bien. Le surcyclage, c’est encore mieux !» En parallèle, le développement de «l’outdoor» a imposé aux maisons de créer des textiles résistant à la lumière, aux intempéries et à la chaleur, et cela jusqu’à la passementerie, comme l’explique Benoît Cordonnier, directeur marketing de Houlès : «Nous avons fait des tests en laboratoire pour garantir des conditions d’utilisation qui peuvent être extrêmes pour le yachting, les pays du Sud ou du Moyen-Orient. Ce marché est devenu important, on veut soigner son décor et la frontière entre intérieur et extérieur s’estompe.»
 

Jannelli & Volpi, rêvêtement mural de la collection «JV503 Botanical». Photo Jannelli & Volpi
Jannelli & Volpi, rêvêtement mural de la collection «JV503 Botanical».
Photo Jannelli & Volpi


Un rendez-vous international
«Paris Déco Off est devenu un événement majeur, marquant le début de l’année, et une marque mondialement connue qui a donc un impact international», juge Benoît Cordonnier qui soutient la manifestation depuis le commencement. Rampe de lancement pour présenter les collections printemps/été, le rendez-vous est également très prisé par son format ; les clients sont accueillis directement dans les showrooms, ce qui permet d’accéder aux archives de maisons, qui sont pour certaines historiques, comme Alexandre Turpault, qui fête ses 170 ans, ou Tassinari et Chatel qui a franchi les trois cents ans ! Un atout qui fait dire aux organisateurs Carole Locatelli et Hughes Charuit que Paris Déco Off n’est pas un salon, mais un événement festif original qui relie la Rive droite (avec pour épicentre la rue du Mail) et la Rive gauche (autour des rues de Seine, de l’Échaudé, Furstemberg, entre autres). L’inquiétude plane cependant pour cette édition en raison des grèves, installant un climat plus tendu que celui des manifestations des «gilets jaunes» l’an passé. Celles-ci n’avaient pas eu d’impact sur la fréquentation, qui avait même augmenté, passant de 38 000 à 42 000 visiteurs. «Les navettes avaient transporté 13 000 personnes, mais les autres visiteurs avaient pu circuler en transports en commun ou en taxi. Si les grèves se poursuivent, notre fréquentation risque de chuter» avouent les organisateurs, qui restent néanmoins confiants et fiers d’avoir donné de l’ampleur à l’événement, en créant une nouvelle section Paris Déco Home (voir interview page de droite) et en multipliant les animations, avec la bulle transparente mise en scène par le designer urbaniste Olivier Saguez (un décor hybride mêlant objets issus de Paris Déco Off et Paris Déco Home), un clin d’œil aux stations de sports d’hiver, en détournant les œufs pour accéder aux pistes de ski (sur la place de Furstemberg et sur la terrasse de l’hôtel Montalembert), ou le concours des étudiants des écoles d’art et de design. «La chambre Indoor/Outdoor de demain» donnera l’occasion de se frotter à leur vision écoresponsable de la chambre de demain… Pour une décoration du futur.

 

Rinck, console «Félicité», 2020, plateau en noyer français, disque miroir ornemental (transparent et réfléchissant), garniture des tiroirs
Rinck, console «Félicité», 2020, plateau en noyer français, disque miroir ornemental (transparent et réfléchissant), garniture des tiroirs en bois avec estampille dorure à chaud, piètement en bois gougé vernis et nickel noir, 175 48 85 cm.
© Augustin de Valence/RINCK avec l’aimable collaboration de SELEXIUM



 

3 questions à
Carole Locatelli et Hughes Charuit

D’où vient ce nouveau projet de Paris Déco Home ?
C. L. L’idée de ce nouvel événement nous est venue en juillet dernier. Nous l’avons véritablement lancé en septembre et réuni trente maisons en peu de temps. Beaucoup souhaitaient nous rejoindre mais n’entraient pas dans la nomenclature de Paris Déco Off, à savoir le tissu, le papier peint, le revêtement mural, la passementerie. D’où Paris Déco Home, ouvert aux maisons internationales exprimant la décoration haut de gamme dans sa globalité, les métiers du mobilier, des luminaires, tapis, linge de maison, arts de la table et des accessoires de la décoration.

On peut voir une synergie entre les deux événements…
C. L. Oui, nous couvrons tous les aspects de la décoration et nous nous sommes rendu compte que 45 % des prospects dans le monde sont communs aux deux événements. Avec Paris Déco Home, nous complétons le maillage déjà tissé entre la Rive droite et la Rive gauche en intégrant la rue Royale (Bernardaud, Gien, Raynaud, Ercuis, Christofle, Lalique, Vis-à-vis, etc), la rue du Bac et le boulevard Saint-Germain (Silvera, Sarah Lavoine, Ligne Roset, Rinck, etc.). Et nous sommes très heureux que Kenzo Takada lance sa première collection Home pendant Paris Déco Home !

Entre des marques comme Gien, Saint-Louis et Starck ou Sarah Lavoine, vous faites un grand écart entre tradition et innovation.
H. C.
Certaines maisons sont très classiques comme Bernardaud, Gien ou Saint-Louis, mais elles ne restent pas figées dans le temps et se tournent vers la création contemporaine. Il y a quatre ans, par exemple, Saint-Louis assurait 60 % de son chiffre d’affaires avec les arts de la table, mais aujourd’hui, parce que la maison a créé des collections avec Noé Duchaufour-Lawrance, Godefroy de Virieu et Stefania Di Petrillo, le rapport est inversé : 60 % du chiffre d’affaires vient du luminaire. L’apport des designers contemporains a permis de créer des nouveaux types de verre et par ricochet, de repenser les arts de la table. Avec Paris Déco Home, la capitale devient l’épicentre de la décoration et de l’art de vivre.
à voir
Paris Déco Off / Paris Déco Home.
Du jeudi 16 au lundi 20 janvier 9 h 30-19 h 30.
Nocturne Paris Déco Off (jusqu’à 22 h 30) samedi 18 janvier.
www.paris-deco-off.com / www.paris-deco-home.com


 
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