Paris cherche-t-il son Salon des beaux-arts ?

Le 23 janvier 2019, par Stéphanie Pioda

Pour sa deuxième édition, Fine Arts Paris quitte le prestigieux mais trop étroit palais Brongniart pour le Carrousel du Louvre. la seule perspective pour répondre à son ambition : grandir !

Francesco Cozza (1605-1682), L’Ânesse de Balaam, huile sur toile, 122 x 145 cm (détail). Galerie Jacques Leegenhoek, Paris.
© Galerie Jacques Leegenhoek, Paris

Le titre même du salon  Fine Arts Paris  revendique un positionnement précis : les beaux-arts, mis en lumière à Paris, ville où a vu le jour l’Académie royale de peinture et de sculpture sous Louis XIV, et où ont par la suite cohabité un art officiel et avant-gardiste, jusqu’au début du XXe siècle mais l’art contemporain n’a pas sa place ici. Un créneau à prendre, peut-être difficile si l’on pense à la tentative du Syndicat des antiquaires de créer un salon Paris Beaux-arts en 2015, qui est resté un coup d’épée dans l’eau. Le choix du titre en anglais ? Au départ, une contrainte, comme l’explique Louis de Bayser, son président : «Nous ne pouvions pas déposer le nom en français ; il y a déjà un salon éponyme [créé en 1861 par une association d’artistes indépendants et se tenant également au Carrousel du Louvre, ndlr] ainsi que l’École des beaux-arts !» Mais ce sera peut-être aussi le détail qui séduira les marchands étrangers, lesquels se font rares dans cette édition qui s’annonce très parisienne : trente galeries, sur un total de quarante-trois. «C’est un risque à long terme, même s’il est important de défendre les marchands parisiens», reconnaît Louis de Bayser, tout en rappelant que cette configuration était «celle du Salon du dessin à ses débuts, devenu international au fur et à mesure pour atteindre un bon équilibre entre exposants français et étrangers.» Rappelons que Fine Arts Paris a été créé en 2017, justement par les organisateurs du Salon du dessin, d’où le choix de sa première édition au palais Brongniart, pour rester en terrain connu. Mais si ce lieu s’est révélé parfait pour présenter des œuvres sur papier, les exposants s’y trouvaient à l’étroit pour rendre la diversité des beaux-arts. Aussi le salon déménage-t-il au Carrousel du Louvre pour se déployer, et peut-être un jour fédérer une centaine de marchands, comme le faisait la Biennale des antiquaires à l’époque où elle en avait investi les espaces durant six éditions, avant de réintégrer le Grand Palais, en 2006.
ÉMULATION AMBIANTE
Le lieu partage, mais la raison l’emporte, comme en témoigne Jacques Leegenhoek : «Je ne suis pas un fanatique du Carrousel du Louvre, mais la Bourse étant trop petite pour le nombre d’exposants et le Grand Palais non disponible, il n’y a pas vraiment d’autre choix.» L’essentiel demeure de créer un événement, même si cela participe d’une démultiplication des foires (la Tefaf New York aura fermé ses portes une semaine plus tôt seulement) et de la difficulté de proposer des œuvres inédites. «Les clients, pour toutes sortes de raisons, fréquentent de moins en moins les galeries, déplore Jacques Leegenhoek. L’émulation ambiante favorise la décision d’achat, ce qui n’est pas le cas dans ses lieux.» Fine Arts Paris a donc une carte à jouer de par son positionnement. Un atout par rapport à la Brafa par exemple, qui est, selon le marchand, « devenue également très XXe. J’y ai longtemps participé, mais la peinture ancienne, à part l’école flamande, n’est plus représentée et ne fait plus recette. Je pense en outre qu’une grande capitale comme Paris, qui a beaucoup perdu récemment face à la concurrence anglo-saxone, mérite et doit avoir un grand salon annuel majoritairement classique. Pourquoi pas Fine Arts Paris ?»


 

Jacques Dumont (1701-1781), Atalante et Méléagre, 1751, huile sur toile, 126 x 145 cm. Galerie F. Baulme Fine Arts, Paris.
Jacques Dumont (1701-1781), Atalante et Méléagre, 1751, huile sur toile, 126 x 145 cm. Galerie F. Baulme Fine Arts, Paris. © GALERIE F. BAULME FINE ARTS, PARIS


UNE BARONNE ET DES ANIMAUX
Si la dynamique est créée, le projet est en construction : sur les trente-quatre participantes de la première édition, douze ne sont pas revenues, mais vingt et une se sont lancées dans l’aventure, dont les galeries Berès, Coatalem, Steinitz, Perrin, Univers du bronze, Les Enluminures ou encore Callisto Fine Arts. Pour Carlo Milano, le directeur de cette dernière, «participer à ce salon est important pour l’évolution de ma galerie. C’est pourquoi j’ai choisi de présenter en particulier un buste exceptionnel de Stendhal par Pompeo Marchesi (1783-1858) ou le modèle pour la Vénus de Bertrand du musée des beaux-arts de Dijon. Marchand installé à Londres depuis vingt ans, j’ai commencé ma carrière comme historien d’art spécialiste de la sculpture italienne, un domaine pour lequel je poursuis les recherches et les publications.» Les prix seront compris entre 10 000 et 500 000 €, une fourchette représentative du salon, avec des «envolées à plusieurs millions», promet le président. Parmi les pièces exceptionnelles, pointons le Buste de madame la baronne de Sipière par Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), chez Trebosc & Van Lelyveld (Paris). Comme nous l’apprennent les galeristes, «exécuté en 1872, ce modèle est le dernier de la série de l’artiste consacrée aux portraits des femmes de l’aristocratie du second Empire ; malgré la maladie qui gagne Carpeaux, cette sculpture ne montre aucun signe d’affaiblissement dans son exécution. Elle fut mise aux enchères et vendue 20 000 francs à la galerie Georges Petit en 1923, un record à l’époque pour un plâtre de l’artiste.» La galerie Univers du bronze (Paris) dévoile Le Succube ou Un démon féminin séducteur (vers 1887) dédicacé «à mon ami Maurice Fleury» par Rodin, «l’un des plus beaux tirages en plâtre répertoriés», selon Alain Richarme. Côté art animalier, la galerie Malaquais (Paris) joue sur la sensibilité avec une exquise Tête d’orang-outan (1930) de François Pompon, tandis que Xavier Eeckhout (Paris) crée la surprise avec un bronze de plus d’un mètre de long représentant deux jeunes chiens, un exemplaire unique réalisé par Enrico-Manfredo Di Palma-Falco (1886-1988). L’œuvre provient directement de l’atelier de l’artiste et n’a jamais été présentée sur le marché.

 

François Pompon (1855-1933), Tête d’orang-outan, 1930, plâtre, 34,5 x 23 x 21 cm. Galerie Malaquais, Paris
François Pompon (1855-1933), Tête d’orang-outan, 1930, plâtre, 34,5 x 23 x 21 cm. Galerie Malaquais, Paris © Galerie Malaquais, Paris


DES DÉCOUVERTES 
Steinitz (Paris) plonge dans l’histoire du mythique mobilier d’argent de Louis XIV, qui comptait une série de douze flambeaux, représentant chacun l’un des travaux d’Hercule, dessinée vers 1669 par Charles Le Brun. La paire en bronze présentée ici est la seule répertoriée à ce jour en rapport direct avec le fameux ensemble de Versailles. La galerie Artur Ramon (Barcelone), qui existe depuis quatre générations, ouvre sur l’art espagnol, en particulier avec des œuvres des frères Josep et Pere Santilari, dont elle détient l’exclusivité. Sur le stand, les prix seront compris entre 6 000 et 250 000 €. À noter également, Cascade chez Lorenz van der Meij (Amsterdam), une petite huile sur panneau du Norvégien Peder Balke (1804-1887), influencé par le travail de Turner  Louis-Philippe lui avait acheté quelques œuvres que l’on retrouve au Louvre , ou le dessin saisissant, au trait d’un noir profond, de Marcus Behmer (1879-1958) chez Édouard Ambroselli (Paris), un rare projet d’affiche sans doute réalisé par l’artiste au début de l’année 1902, pour la treizième exposition de la Sécession viennoise. Le marchand franco-italien Maurizio Canesso (Paris) présentera quant à lui trois toiles monumentales de Niccolò Codazzi (1642-1693), probablement peintes pour le palais Spinola à Gênes, ville où l’artiste arriva après son séjour en France.
PARCOURS DES MUSÉES
Autant de pièces de qualité muséale : ce que les organisateurs souhaitent rappeler aux collectionneurs en créant la Semaine de la sculpture, un parcours hors les murs à travers des visites privées de musées parisiens (le Louvre, le Petit Palais, les musées Zadkine, Bourdelle, Rodin, Maillol...) et l’ouverture de lieux inaccessibles au public, comme les réserves des musées ou la bibliothèque du théâtre du musée Condé, à Chantilly. «Nous essayons de mettre en avant la richesse des collections publiques et privées dans les beaux-arts, qui fait partie intégrante de l’identité de Paris», revendique Louis de Bayser. Paris, capitale des beaux-arts !

 

LE SALON
en chiffres

2e édition

43 galeries

21 nouvelles venues

31 galeries françaises

18 musées et institutions participant à la Semaine de la sculpture
1 exposition, « Sculpteurs - peintres / peintres - sculpteurs. L’exemple de Henry de Triqueti », réalisée en partenariat avec le musée des beaux-arts d’Orléans et le musée Girodet de Montargis.
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