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Paris à l'époque romantique au Petit Palais

Publié le , par Sylvie Blin

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, «Paris romantique» n’est pas une exposition sur le romantisme mais sur la capitale à l’époque romantique, sous la Restauration et la monarchie de Juillet. Une trentaine d’années durant lesquelles la ville entendit occuper le premier plan en matière de création et rayonner sur...

Paris à l'époque romantique au Petit Palais
Théodore Chassériau (1819-1856), Sapho, 1849, huile sur bois, musée d’Orsay, dépôt du musée du Louvre.
© RMN-Grand Palais/Adrien Didierjean

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, «Paris romantique» n’est pas une exposition sur le romantisme mais sur la capitale à l’époque romantique, sous la Restauration et la monarchie de Juillet. Une trentaine d’années durant lesquelles la ville entendit occuper le premier plan en matière de création et rayonner sur l’Europe entière : Paris capitale artistique et culturelle, the place to be des années 1815-1848. Ou comment montrer une société à un moment donné, dans une perspective mi-historique, mi-artistique. Le parti pris scénographique suit les différentes étapes d’une journée au fil des quartiers emblématiques d’alors, du palais des Tuileries aux Grands Boulevards, en passant par le Palais-Royal, l’île de la Cité ou la Nouvelle Athènes. On commence avec la famille royale, on finit avec la foule du «boulevard du crime». Toutes les disciplines sont ici convoquées - les arts décoratifs, la mode, les beaux-arts, la littérature, le théâtre et la musique -, entre period-rooms et restitutions plus ou moins illusionnistes. Vases néo-Renaissance, fauteuils néo-Louis XV, cabinet néo-Boulle, prie-Dieu néogothique : le néo sous toutes ses formes envahit mobilier et objets d’art, ou tout du moins ceux que l’on peut voir dans les palais royaux, les demeures aristocratiques ou les hôtels particuliers des banquiers. Le pouvoir et les classes les plus aisées se font nostalgiques et regardent vers le passé. Comme l’écrivait Musset, l’époque ne vit «que de débris, comme si la fin du monde était proche». Un passé réinventé, avec souvent un savoir-faire exceptionnel, parfois avec inventivité : l’historicisme règne en maître, quitte à tordre le cou à des styles parfois mal digérés. Chefs-d’œuvre de technique, les pendules «Notre-Dame» et les porcelaines moyenâgeuses atteignent des sommets du kitch. Le tout est brillamment mis en scène, utilisant les vitrines pour évoquer celles des galeries du Palais-Royal, alors lieu de toutes les «nouveautés», ou convoquant la musique pour restituer l’ambiance des salles de bal et d’opéra. Les bornes interactives reproduisant le plan de Paris d’avant Haussmann, loin d’être anecdotiques, sont ici particulièrement réussies et instructives: l’opéra de la rue Le Pelletier et les barricades surgissent sous nos yeux, avec illustrations, descriptions et explications. On s’émerveille devant certaines des nombreuses pièces exposées, comme ce costume masculin d’une blancheur impeccable, les maquettes du Palais-Royal, extraordinaires de précision, du musée Carnavalet, ou le cabinet de Sommerard, à l’origine du musée de Cluny, peint par Louis-Vincent Fouquet. Mais on soupire et s’ennuie aussi beaucoup devant des œuvres secondaires, voire mineures : Delacroix n’est présent qu’avec deux toiles, Géricault une seule, au milieu des Bouhot, Debia, Bellangé, Gassies, Johannot… On se pose la question de l’opportunité de présenter une galerie de portraits somme toute assez académiques de Verdi, Donizetti, Rossini et consorts pour évoquer la créativité musicale. Et l’on s’étonne ou s’étrangle devant certains textes introductifs, affirmant par exemple que les étudiants et les grisettes - ces «jeunes filles qui se laissent facilement courtiser» ! - «menaient une vie toute de gaieté et d’insouciance» ! Ce n’est donc pas tout à fait Paris qui est ici montré, mais l’une de ses facettes : la plus aimable, brillante, conventionnelle, sans aspérité.

«Paris romantique, 1815-1848», Petit Palais - musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris,
avenue Winston-Churchill, Paris 
VIIIe, tél. : 01 53 43 40 00.
Jusqu’au 15 septembre 2019.
www.petitpalais.paris.fr
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