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Paris+ : les débuts explosifs de la foire d’art contemporain

Publié le , par Jeanne Mathas

Janvier 2022. Le monde de l’art parisien est bouleversé. La FIAC, foire historique d’art moderne et contemporain, est remplacée par Art Basel, chapeauté par le groupe MCh. Après Bâle, Miami, Hong Kong, cette première édition de Paris+ était attendue avec impatience.

Première édition de la foire Paris+, organisée par Art Basel au Grand Palais Éphémère.... Paris+ : les débuts explosifs de la foire d’art contemporain
Première édition de la foire Paris+, organisée par Art Basel au Grand Palais Éphémère.
COURTESY OF PARIS+ PAR ART BASEL

Avec Paris+, la Ville lumière réussira-t-elle à détrôner New York et Londres ? Nombre de galeries ont choisi la capitale française pour ouvrir des antennes, dopant ainsi la scène et le marché français. La nouvelle foire confirme cette dynamique. 156 galeries venues des cinq continents se sont donc réunies sous le chapiteau du Grand Palais Éphémère, dont 61 implantées en France. Leurs sélections résonnent avec une programmation culturelle parisienne riche. La peinture a la cote et le kitsch le vent en poupe. Les exposants ont pour la plupart fait le pari de l’ultracontemporain pour cette édition inaugurale. Et le succès était au rendez-vous : l’événement a rassemblé 40 000 visiteurs sous les arches du Grand Palais Éphémère du 19 au 23 octobre. Dès la première journée, réservée aux VIP, les galeries ont fait le plein. Les premiers chiffres officiels d’Art Basel font état de plusieurs ventes dépassant le million de dollars. Chez Sprüth Magers et Hauser & Wirth – qui s’installera bientôt dans le 8e arrondissement parisien –, les toiles de George Condo ont décollé : 1,55 M$ pour le géant allemand (The Dream, 2022) et 2,65 M$ pour les marchands helvètes. Ces derniers signent huit autres ventes dont les prix s’échelonnent entre 1 M$ (pour Sanctuary de Rashid Johnson) et 800 000 $ investis par une institution européenne dans Free Fall d’Avery Singer. Autre record pour cette journée d’ouverture : une toile de Joan Mitchell (Border, 1989) vendue pour 4,5 M$ chez David Zwirner, un beau clin d’œil à l’actualité de la Fondation Louis Vuitton et son exposition «Claude Monet — Joan Mitchell». Une peinture minimaliste de Robert Ryman s’est envolée pour 3 M$, toujours chez Zwirner, qui annonce un chiffre d’affaires de 11 M$ pour le seul 19 octobre. En un jour, les 156 exposants ont vendu près de 200 œuvres pour un total avoisinant les 50 M€. Et cette énergie ne se démentait pas puisque la plupart des galeries avaient tout écoulé et repartaient avec un carnet d’adresses bien rempli, à l’instar de Christian Berst Art brut, dont le solo show dédié à Éric Benetto a fait des émules. «Nous avons vendu toutes les œuvres, soit une douzaine dont les prix oscillaient entre 6 000 et 25 000 €. Nous repartons avec une liste d’attente de plus de vingt collectionneurs pour les prochains grands formats de cet artiste», confie le galeriste. Même dynamique sur le stand de Magnin-A. Acheteurs français, étrangers et institutions s’y arrachaient les toiles d’Hilary Balu, vendues entre 60 000 et 70 000 €.

Une nouvelle typologie de collectionneurs
Circulant dans les allées, Maja Hoffman (collectionneuse à l’initiative de LUMA Arles), Xavier Niel (fondateur du groupe de télécommunications Iliad), ou encore Patrizia Sandretto Re Rebaudengo (à la tête de la fondation privée turinoise du même nom) ont pu croiser les représentants d’une centaine d’institutions culturelles à l’instar de la Dia Art Foundation de New York, du Centre Pompidou ou encore du Los Angeles County Museum of Art (LACMA). Le réseau d’Art Basel a, semble-t-il, fonctionné. «On ressent une énergie nouvelle. Il y a beaucoup de nouveaux collectionneurs, que je définirais comme “collectionneurs Basel”, explique la galeriste Selma Feriani. Nous avons également eu beaucoup d’institutions et presque tout a été vendu. Paris+ est vraiment différente de la FIAC : plus rapide et plus dynamique.» Nombre de galeristes s’accordent à dire que l'organisation du mastodonte suisse change la donne. Dans les couloirs, chacun s’enthousiasme de ces nouveaux collectionneurs étrangers, à l’image de la galerie GB Agency : «Les Américains modifient le rythme. Si les Français prennent leur temps, réfléchissent, les acheteurs d’outre-Atlantique achètent tout de suite.» Avec la fin de nombreuses restrictions de circulation, les allées de Paris+ prennent des airs de tour de Babel.

Prudence relative
Si, pour la grande majorité des galeristes, le changement infléchi par l’arrivée d’Art Basel à Paris – et la fin du règne de la FIAC – est très positif, certains préfèrent attendre les prochaines éditions. «C’est assez drôle puisqu’on se retrouve au même endroit, on a les mêmes voisins, remarque Anna Cloarec, sales associate pour la galerie new-yorkaise Paula Cooper. Pour le moment, c’est assez équivalent. L’effervescence se joue plutôt à côté, avec les expositions, la programmation culturelle. Il y a bien sûr plus d’Américains et d’Asiatiques, mais difficile de savoir si cela est dû à Art Basel ou bien à la réouverture des frontières.» Toujours du côté de New York, le galeriste Peter Freeman ressent bien la frénésie suscitée par cette passation de pouvoir, mais reste nuancé dans son jugement : «Il s’agit de la première année. Il faut faire preuve d’adaptation et de patience pour voir ce que la foire donnera sur la durée.» Alors que le secteur se relève après plus de deux ans de troubles, un tel réveil met en émoi, et Paris+ réussit à imposer son identité propre. Beatriz López, directrice artistique de l’Instituto de Visiòn, à Bogota (Colombie), et habituée d’Art Basel Miami, le souligne : «Paris+ est idéale pour prendre le pouls du marché européen. C’est un tout nouveau rythme que nous constatons ici et nous sommes plutôt satisfaits de cette énergie.» Paris+ semble avoir trouvé sa place, reste à attendre la deuxième édition pour la confirmer.

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