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Par tous les vents au musée du Havre

Publié le , par Valentin Grivet

Comment représenter le vent, cette force invisible dont on ne perçoit que les effets sur les êtres et les choses ? Réponses au musée du Havre, en cent soixante-dix œuvres qui balaient l’histoire de l’art, de l’Antiquité à nos jours. 

François-André Vincent (1746-1816), L’Enlèvement d’Orithye, vers 1770, huile sur... Par tous les vents au musée du Havre
François-André Vincent (1746-1816), L’Enlèvement d’Orithye, vers 1770, huile sur toile, 56 45,9 cm, Rennes, musée des beaux-arts.
© MBA, Rennes. Dist. RMN-Grand Palais/Jean-Manuel Salingue

Ce formidable sujet n’avait encore jamais fait l’objet d’une étude spécifique. Après « Nuits électriques », qui traitait en 2020 de la manière dont les artistes avaient représenté la lumière dans l’espace urbain, Annette Haudiquet a concocté une nouvelle exposition thématique de haute volée. En collaboration avec la photographe Jacqueline Salmon et le critique Jean-Christian Fleury, la directrice du MuMa a réuni cent-soixante-dix œuvres (peintures, dessins, estampes, photographies, etc.) issues de collections françaises. Signées Vernet, Callot, Coypel, Turner, Boudin, Hokusai, Vallotton ou Dufy, elles montrent comment les artistes ont cherché à traduire les mouvements et les effets du vent. Le titre de l’exposition renvoie à une citation de Pline l’Ancien qui, dans son Histoire naturelle, mentionne le peintre grec Apelle (IVe siècle av. J.-C.), le premier à s’être mesuré à « cela qui ne peut être peint » en tentant de figurer le tonnerre, la foudre et les éclairs. Dans l’Antiquité et les scènes mythologiques plus tardives, le vent est personnifié, incarné par Borée, Éole ou Zéphyr, dieux dont on célèbre les amours et dont on craint les colères. La première salle réunit des œuvres de Dürer, Primatice ou Delaperche, qui ont nourri leur imaginaire des grands textes, de la Bible aux épopées d’Homère et de Virgile. Au début du XVIe siècle, l’influence de Léonard de Vinci est immense. Dans de courts essais intitulés Comment peindre le vent ou Comment représenter la tempête, le maître prodigue des conseils aux artistes pour représenter la course des nuages, les branches pliées ou l’ondulation des cheveux. « Ces traités vont fixer pour plus de trois siècles les codes de la représentation du vent, explique Annette Haudiquet. Il faudra attendre le XIXe siècle, quand le paysage devient un genre à part entière, pour que les peintres s’intéressent à une observation plus directe de la nature. » Après les tempêtes et naufrages chers aux romantiques qui font du déchaînement des éléments le reflet des tourments de l’âme (les sublimes lavis de Victor Hugo), les visions s’apaisent. Les adeptes du plein air font l’expérience physique du vent (les femmes d’Henri Rivière séchant leur linge sur la lande bretonne, le frémissement des Peupliers de Claude Monet). « Le vent apparaît dans ses manifestations les plus prosaïques. Il s’agit de suggérer le ressenti des éléments météorologiques », poursuit Annette Haudiquet. Si le paysage domine, l’exposition ménage des sous-sections qui rythment le parcours. L’une, particulièrement savoureuse, est dédiée à la caricature : le vent se fait transgressif lorsqu’il soulève les jupons des dames, croquées par Jean-Baptiste Isabey ou Honoré Daumier. Plus loin sont évoqués le rêve de pouvoir voler (les hommes-oiseaux de Victor Hugo, les premiers essais de vols aérostatiques immortalisés par Nadar) et l’histoire des instruments scientifiques qui ont permis, progressivement, de comprendre puis de mesurer le vent (girouettes, cartographies, etc.). Très complet, le parcours fait état de tous les vents, à l’exception des tsunamis et autres ouragans qui aujourd’hui se multiplient. « Les images qui y font référence s’apparentent à du reportage, du documentaire. C’est un autre sujet, qu’il aurait été difficile d’articuler avec notre sélection », précise Jacqueline Salmon, dont plusieurs photographies jalonnent l’exposition, aux côtés d’autres œuvres contemporaines de Gloria Friedmann, Thibaut Cuisset ou Jeff Wall.

« Le Vent. “Cela qui ne peut être peint” »,
MuMa musée d’art moderne André-Malraux,
2, boulevard Clemenceau, Le 
Havre (76), tél. : 02 35 19 62 62,
Jusqu’au 2 octobre 2022.

www.muma-lehavre.fr 
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