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Papier peint

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Il ne se fond plus dans le mur, mais il le fait ! Petit tour d’horizon en images panoramiques d’un sujet qui s’apparente aussi bien à un support qu’à un décor.

18 590 € frais compris. «Campagnes romaines», papier peint panoramique, manufacture... Papier peint
18 590 € frais compris.
«Campagnes romaines», papier peint panoramique, manufacture française, vers 1810-1820,vingt-cinq lés, chacun : 240 x 50 cm.
Paris, Drouot, 9 février 2012. Coutau-Bégarie SVV. M. Maraval-Hutin.

La rétrospective «Faire le mur, quatre siècles de papiers peints», première du genre, organisée au musée des Arts décoratifs à Paris jusqu’au 12 juin, invite à s’intéresser à leur histoire et à jeter un regard sur leur marché. Ni objet d’art, ni meuble, ni tapisserie, plus facilement considéré comme un élément de décor, le papier peint est une sorte de parent pauvre dans l’histoire de l’art. Et pourtant ! La variété des motifs, les procédés de fabrication complexes, les rendus chromatiques, les créateurs inspirés et les effets de trompe l’œil qu’il offre font de lui bien plus qu’une surface couvrante. Il est un témoignage, un acteur reflétant les goûts et les mœurs de son époque, et l’intérêt renouvelé des nouveaux acteurs du monde de l’art en atteste. Remontons au XVIIIe siècle. Une manufacture s’installe dans les dépendances de la Folie Titon, rue de Montreuil. Elle est dirigée par l’ambitieux Jean-Baptiste Réveillon, négociant à partir de 1753 et producteur dès 1756. Sa maison obtient en 1783 le privilège de «manufacture royale». Son style est en accord avec le goût de l’époque pour les arabesques, les fleurs et les fruits, ainsi qu’avec les motifs des toiles de Jouy. Entrepreneur à la pointe de la modernité, il ouvre une boutique rue du Carrousel, dans laquelle il propose à sa clientèle des registres d’échantillons. Ces registres sont rares, leur coût de fabrication étant élevé, et bien peu d’entre eux nous sont parvenus. En revanche, il est possible de trouver des feuillets, dont les prix sont d’ailleurs assez raisonnables, en général quelques centaines d’euros. Le 4 février 2011, la maison de ventes Thierry de Maigret procédait à la dispersion du fonds de l’éditeur de tissus Le Manach.
 

11 780 € frais compris. «Les zones terrestres», papier peint panoramique (détail), manufacture Zuber, 27 lés sur 31, début XXe siècle, un
11 780 € frais compris.
«Les zones terrestres», papier peint panoramique (détail), manufacture Zuber, 27 lés sur 31, début XXe siècle, un lé : 350 x 57 cm.
Lyon, 4 février 2016. De Baecque & Associés SVV. M. Maraval-Hutin.


Au milieu des lampas et autres brocarts, quelques échantillons Réveillon s’étaient glissés, dont l’un «au Chinois polychrome», sans doute coordonné à une toile imprimée à Jouy (682 €). Les deux tentures, à décor antiquisant, vendues chez De Baecque à Lyon en octobre 2012 ont quant à elles nécessité l’emploi de vingt planches et ont récolté 11 400 €. Le processus de fabrication, long et délicat, requiert plusieurs manipulations.
Les feuilles de papier raboutées par collage, en général par nombre de vingt-quatre, recevaient d’abord une teinte de fond. Ensuite, un cahier des charges définissait le choix et le nombre des couleurs, à l’époque toutes d’origine naturelle, qui étaient apposées grâce à différentes techniques d’impression : la taille-douce, la planche de bois, le cylindre, le cadre, le pochoir et parfois, la peinture à la main. Un liant, le plus souvent de la colle de peau de lapin, était nécessaire pour s’assurer de leur bonne tenue. En 1810, on compte cent vingt fabricants et marchands à Paris, concentrés principalement dans le faubourg Saint-Antoine, et d’autres encore à Lyon, à Rixheim et à Marseille.

 

4 375 € frais compris.«Voyages d’Anthénor», papier peint panoramique, manufacture Dufour, vers 1820-1825, cinq lés, en tout : 260 x 190 cm
4 375 € frais compris.
«Voyages d’Anthénor», papier peint panoramique, manufacture Dufour, vers 1820-1825, cinq lés, en tout : 260 x 190 cm.
Paris, Drouot, 17 mai 2013. Brissonneau SVV, Daguerre SVV. M. Maraval-Hutin.
11 400 € frais compris.Deux tentures de papier peint en arabesques (l’une reproduite), manufacture Réveillon, vers 1790, chaque panneau ce
11 400 € frais compris.
Deux tentures de papier peint en arabesques (l’une reproduite), manufacture Réveillon, vers 1790, chaque panneau central 170 x 65 cm et chaque pilastre 169,5 x 19,5 cm.
Lyon, 22 octobre 2012. De Baecque & Associés SVV. M. Maraval-Hutin.
3 375 € frais compris. Raoul Dufy (1877-1953), Projet de papier peint, aquarelle sur trait de crayon, 50 x 33 cm.Paris, Drouot, 13 juin 20
3 375 € frais compris.
Raoul Dufy (1877-1953), Projet de papier peint, aquarelle sur trait de crayon, 50 x 33 cm.
Paris, Drouot, 13 juin 2014. Binoche et Giquello SVV.


Trompe-l’œil, le maître de l’imagination
En donnant l’illusion du volume, les grands papiers panoramiques suscitent l’enthousiasme. Les manufactures Dufour, Desfossé et Zuber s’en sont fait les spécialistes, ouvrant aux papiers peints les champs de l’horizon. L’œil se promène parmi des compositions enchanteresses qui l’emmènent des forêts d’Amazonie aux contrées glacées des pôles. Le genre rivalise d’imagination, en accord avec un siècle avide de dépaysement et d’exotisme. Jules Desfossé crée sa manufacture en 1851, qui prendra, en 1863, le nom de Desfossé & Karth. Il imprime «L’Éden» en 1861 et «Le Brésil» en 1863, chacun selon des dessins de Louis-Joseph Fuchs. Le cadre du second est la luxuriante forêt brésilienne, au sein de laquelle des myriades de papillons et d’oiseaux multicolores volettent en toute liberté. Fragiles, souvent détruits lors des changements de décor, les panoramiques complets sont rares aujourd’hui, et donc très chers lorsqu’ils apparaissent. «Les rives du Bosphore», de la célèbre manufacture Dufour, ont été adjugées 50 000 € à Drouot le 15 juin 2007, chez Pierre Bergé & Associés.

 

4 000 € frais compris. «Vues du Brésil», papier peint panoramique, manufacture Zuber & Cie à Rixheim, six lés, en tout : 233 x 290 cm. Par
4 000 € frais compris.
«Vues du Brésil», papier peint panoramique, manufacture Zuber & Cie à Rixheim, six lés, en tout : 233 x 290 cm. Paris,
Drouot, 9 décembre 2015. Beaussant-Lefèvre SVV. MM. Bacot et de Lencquesaing.
682 € frais compris.Papier peint «au Chinois polychrome», très vraisemblablement de la maison Réveillon.Paris, Drouot, 4 février 2011. Thi
682 € frais compris.
Papier peint «au Chinois polychrome», très vraisemblablement de la maison Réveillon.
Paris, Drouot, 4 février 2011. Thierry de Maigret SVV. Mme Experton-Dard.
5 000 € frais compris. «Réjouissances populaires aux Champs-Élyséesà l’occasion de la Fête du roi», papier peint panoramique, manufacture 
5 000 € frais compris.
«Réjouissances populaires aux Champs-Élysées à l’occasion de la Fête du roi», papier peint panoramique, manufacture Velay, vers 1825, sept lés montés en paravent, chacun : 53 x 195 cm.
Paris, Drouot, 17 mai 2013. Brissonneau SVV, Daguerre SVV. M. Maraval-Hutin.



Avec «L’histoire de Psyché», Dufour aborde un sujet plus littéraire et travaille en grisaille. Le siècle avance et amène avec lui la mode des décors de plus petite taille ou destinés à un seul mur. Aujourd’hui encore, quelques lés suffisent à réchauffer un intérieur d’un doux velouté exotique. C’est pourquoi le marché se porte bien, emporté par des décorateurs aux aguets pour leur clientèle. Cinq lés des «Voyages d’Anthéor» de Dufour se sont vendus 4 375 € à Drouot le 17 mai 2013 (Brissonneau SVV - Daguerre SVV), six autres des «Vues du Brésil» de Zuber, produites pour la première fois en 1830, y ont recueilli 4 000 € le 9 décembre 2015 (Beaussant-Lefèvre SVV), et tout récemment à Lyon, 11 780 € ont été apposés sur «Les zones terrestres», qui présentaient le mérite d’être assez complètes – vingt-sept lés sur trente et un –, le 4 février 2016 (De Baecque SVV). Avec ce modèle, la maison Zuber de Rixheim voulait offrir un tour du monde idéal dans une nature grandiose. Pari réussi. Chaque époque a donné son style au papier peint. Après le triomphe du trompe-l’œil, il semblait difficile de faire mieux et plus beau. Pourtant, les créateurs ont su renouveler le genre et explorer de nouvelles voies, à l’heure de l’art déco et de l’ouverture à des formes géométriques. Les grands ensembliers de l’entre-deux-guerres ne le négligent pas, à l’exemple d’un André Groult qui, dans les premières années de sa carrière, s’attelle à l’édition de papiers et de toiles imprimés, dont certains qu’il dessine lui-même. Marie Laurencin, Jean Lurçat et Raoul Dufy, parmi tant d’autres, s’y essaient également avec succès. Andy Warhol décline son Mao pour exécuter un projet de modèle, qui deviendra une toile de fond pour une exposition de ses peintures (14 800 € à Paris, Cornette de Saint Cyr, 27 mars 2013). Aujourd’hui, les possibilités offertes par les nouvelles technologies réinventent la spécialité. Tandis qu’Ananbô, un éditeur de décoration murale, mêle élégamment la tradition du paysage peint issue du XVIIIe siècle avec la numérisation, Takashi Murakami et Damien Hirst en font un produit dérivé de leur production, les papillons du second voletant vers les fleurs du premier. Le papier peint n’a décidément pas fini d’évoluer, et ne semble pas disposé à demeurer en rouleaux !
 

À SAVOIR
Le musée des Arts décoratifs, qui détient
l’une des plus importantes collections
de papiers peints au monde, a conclu un accord
de partenariat commercial avec l’éditeur
Papiers de Paris, spécialiste des panoramiques
et panneaux décoratifs haut de gamme,
pour la réédition de certains de ses trésors.
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