Pad, le pari du digital

Le 12 novembre 2020, par Maïa Roffé

La foire d’art et de design se voit contrainte de devenir numérique en raison de la crise sanitaire. Frappé de plein fouet par le premier confinement, reporté en mai puis aux dates de la FIAC du 19 au 25 octobre, elle avait finalement dû annuler son édition parisienne.

Pierre Renart (né en 1990), bureau Wave, collection « Ruban », 2020, noyer d’Amérique, 75 x 190 80 cm - longueur du plateau 150 cm, largeur du ruban 60 cm.
© maison parisienne

Exit le prix du PAD présidé par l’architecte d’intérieur Jacques Grange, le restaurant repensé par la décoratrice Sandra Benhamou et le studio PAD animé par le duo de décorateurs d’Oitoemponto, Jacques Bec et Artur Miranda. Bienvenue sur la plateforme numérique padesignartonline, qui réunit les exposants des PAD Paris et Londres. « Nous fusionnons les deux salons sur une seule plateforme digitale. Nous ne sommes pas une Online Viewing Room (exposition « curatée » en ligne, ndlr) comme Art Basel OVR ou FIAC Stories, ni un site marchand, mais une plateforme de valorisation pérenne, qui met en relation un exposant du PAD avec un collectionneur. Chaque marchand peut y exposer jusqu’à vingt-cinq photographies d'œuvres, d'objets ou de mobilier à l’occasion de son lancement le 18 novembre, puis ajouter cinq pièces chaque mois », explique le fondateur du salon Patrick Perrin. Contrairement à la Tefaf online, qui conserve son rigoureux processus de vetting à distance avec une seule pièce phare montrée par galerie, le marchand doit ici assumer la responsabilité de celles qu’il présente et leur état, gérer le processus de négociation et de vente, jusqu’à la logistique de paiement et de transport. L’interface est conçue par le moteur de recherche spécialisé dans la mode Tagwalk, croisant plusieurs menus déroulants : catégorie de pièces, édition du PAD (Paris ou London), galerie ; il propose aussi une recherche par mot-clé. Pour chaque œuvre, plusieurs photographies sont proposées avec une fiche descriptive et le contact du marchand, avec ou sans mention du prix. « Le service est gratuit pour l’ensemble de nos exposants, et il ne deviendra payant qu’à partir de la seconde année pour ceux qui le souhaitent, sous la forme d’un abonnement. À ce moment-là, il y aura un comité de sélection », précise Patrick Perrin.

« En l’absence de foires, il nous semble primordial de soutenir les initiatives de ce type, dynamisant le marché»

Dynamiser le marché
« On ne peux plus continuer comme avant : il faut tout inventer, avoir un autre regard pour entretenir la passion chez les collectionneurs », lance la galeriste Clara Scremini. Pionnière du PAD depuis sa première édition, elle présente de belles verreries épurées des créateurs tchèques Eva Vlcková et Martin Hlubucek. « Il est fondamental dans cette période de multiplier les initiatives visant à donner accès, à partager et à susciter le rêve », renchérit le galeriste Julien Flak, spécialisé dans l’art tribal d’Afrique, d’Océanie et des Amériques. En parallèle d’une Online Viewing Room sur le site Web de sa galerie, de vidéos, de quizz et de formats ludiques sur son réseau Instagram, il met en ligne sur la plateforme padesignartonline une sélection de sculptures et de masques dans une fourchette de prix très large. « Nous avons privilégié des œuvres audacieuses aux formes pures et architecturées, permettant une alliance harmonieuse avec le design au cœur de l’ADN du PAD », explique-t-il. Plus que jamais, le design contemporain demeure au centre de la plateforme digitale du PAD, à commencer par des créations de Chahan Minassian – pour lesquelles le designer et architecte d’intérieur a ouvert une enseigne dédiée, contiguë à celle située 11, rue de Lille à Paris – et un choix de pièces spécifiques de chaque artiste et designer représenté par la galerie Negropontes : mobilier dessiné par Hervé Langlais, sculptures en verre de Perrin & Perrin, installations lumineuses d’Éric de Dormaël, panneau sculpté d’Étienne Moyat, céramiques de Benjamin Poulanges... Chez Maison parisienne, des créations de sept artistes français qui devaient être présentées physiquement au PAD Paris sont en ligne, parmi lesquelles une pièce de mobilier spectaculaire en noyer d’Amérique de Pierre Renart (Bureau Wave) et un panneau mural monumental de Julien Vermeulen, Black Stone, réalisé avec 1 400 plumes d’oie noires ! « La plateforme digitale ne remplace évidemment pas le salon et les rencontres physiques avec les visiteurs, mais nos artistes de la matière ont travaillé d’arrache-pied pour créer des œuvres exceptionnelles spécialement pour le PAD Paris », énonce la directrice Florence Guillier Bernard. « En l’absence de foires, il nous semble primordial de soutenir les initiatives de ce type, dynamisant le marché et permettant à tout ses acteurs de présenter de belles sélections à leurs collectionneurs toujours en demande », déclare à son tour Jacques Lacoste. Familier des pièces iconiques des arts décoratifs du XXe siècle, après le lit Soleil en ébène de Macassar de Jacques-Émile Ruhlmann présenté lors du PAD 2019, il expose en ligne un rare lit à baldaquin de Jacques Adnet, dont la structure est entièrement gainée de cuir.
De son côté, Aline Chastel, de la galerie Chastel-Maréchal, présente une sélection de mobilier brésilien, quelques œuvres de François-Xavier et Claude Lalanne, ainsi que des pièces de Joy de 
Rohan Chabot illustrant bien le style de la galerie : mélange des époques et des styles, objets rares et précieux. « En ce moment, nous observons une multiplication des foires en ligne. Ces plateformes digitales offrent une plus grande visibilité sur Internet et permettent d’accroître notre présence sur la toile. Par ailleurs, elles sont l'occasion de créer une actualité et de garder le contact avec nos clients », analyse la galeriste. Garder le lien est fondamental… En attendant les éditions du Pad Paris du 7 au 11 avril et du PAD London, du 4 au 10 octobre 2021.

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