Outsider Art Fair, intrépide new-yorkaise

Le 25 janvier 2018, par Phillip Barcio et Pierre Naquin

Une fréquentation en hausse, un public de connaisseurs… L’édition 2018 de la désormais très attendue Outsider Art Fair se déroulait sous les meilleurs auspices, boostée qu’elle était par une vente du soir chez Christie’s. Compte rendu.

Jana Paleckova, Untitled (Cotton Ball Heads Flying High), huile sur photographie.


L’Outsider Art Fair (OAF) était de retour à New York la semaine dernière pour sa 26e édition. Au cœur du quartier de Chelsea, au Metropolitan Pavilion, elle rassemblait soixante-trois galeries en provenance de sept pays. L’événement débutait par une table ronde, animée par le commissaire, artiste et auteur Paul Laster. Celle-ci examinait les parallèles existant entre art brut et art traditionnel à travers l’installation, des œuvres jaillies de l’imaginaire d’artistes sans considération pour le marché.
Inspector collector 
Petite nouveauté cette année, l’hôtel Ace accueillait deux expositions hors les murs de la foire. La première, monographique, offrait un regard sur les portraits historiques d’Ike Morgan, un schizophrène très longtemps hospitalisé. L’autre mettait en avant la collection de ciseaux plus de mille paires d’Henry J. Spiller, également connu sous le nom d’«Inspector Collector». À propos de ce partenariat, Becca Hoffman, directrice artistique de l’Outsider Art Fair, indique : «Notre collaboration avec l’hôtel Ace est née de la passion de Ben Sisto [directeur marketing de l’hôtel, ndlr] pour l’outsider art. Dès notre première rencontre, nous nous sommes tout de suite entendus et Ben s’est mis à fourmiller d’idées.» L’OAF 2018 mêlait également art brut et vie quotidienne, sous la forme d’une exposition confiée au curateur Jamie Sterns, «Onward». Scénographié comme un cabinet de curiosités, ce projet présentait cent cinquante œuvres proposées dans le cadre d’un open call, invitant tout un chacun à s’emparer du premier anniversaire de la Marche des femmes en contribuant à construire une vision artistique de l’avenir de leurs droits. Célébrant le même anniversaire, la galerie new-yorkaise Fountain House, qui soutient des artistes atteints de maladie mentale, distribuait des pussy hats roses à tous ceux qui achetaient une œuvre sur son stand. Selon la plupart des exposants, la manifestation a attiré beaucoup de monde et, surtout, des visiteurs désireux d’acheter. «Ce fut une foire trépidante», note Fred Giampietro, de New Haven (Connecticut). Celui-ci cédait la quasi-totalité des œuvres qu’il présentait du peintre autodidacte abstrait Peter Wickenden, aux prises avec des troubles émotionnels et mentaux ; idem pour celles de Jana Paleckova, une jeune artiste tchèque qui transforme malicieusement, et de manière envoûtante, des photographies retrouvées (voir photo page de droite). James Barron, de la galerie éponyme, confiait pour sa part : « Cette édition était particulièrement forte. Le travail de Janet Sobel a suscité un réel intérêt ; nous avons placé dix-neuf de ses créations dans des ensembles importants, des musées comme de prestigieuses collections privées.»
Maurizio Cattelan acheteur
«C’est notre deuxième participation à la Outsider Art Fair, et nous avons eu ces deux années de très belles expériences. L’ambiance est chaleureuse ; les visiteurs s’attardent sur les stands et aiment discuter. Nous leur faisons partager la vie des artistes, leurs histoires. Même en tant qu’exposante, j’arpente la foire avec le goût de la découverte», constatait Debra Brehmer, de la Portrait Society Gallery, à Milwaukee. Et de renchérir : «Nous avons vendu neuf peintures à l’huile de Bernard Gilardi à Maurizio Cattelan. Ce dernier s’était déjà intéressé à lui l’année dernière, et est donc revenu acquérir d’autres pièces lors de cette édition. Gilardi [1920-2008] s’était installé à Milwaukee. Il a produit quatre cents peintures à l’huile dans le sous-sol de sa maison, sur une période de quarante-cinq ans. Sa femme n’aimant pas son travail, celles-ci n’ont jamais quitté les lieux. Nous avons également rencontré un vif succès cette année avec les dessins et les textiles de Rosemary Ollison, une artiste de 75 ans, vivant dans la même ville.» La vente du vendredi soir de Christie’s New York, intitulée «Beyond Imagination: Outsider and Vernacular Art», a sans doute stimulé l’enthousiasme des collectionneurs : quatre-vingt-dix lots proposés, dont seuls trois n’ont pas trouvé preneur, pour un total de 2 017 375 $… dont un tiers pour une seule aquarelle d’Henry Darger, 93 at Jennie Richee, are chased for long distance by Glandelinians with blood, adjugée 672 500 $, presque le double de son estimation haute et le deuxième résultat du podium de son auteur. Nous y sommes, l’outsider art est définitivement sorti du giron du folk art.

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