Oscar Niemeyer inédit

Le 15 avril 2021, par Andrew Ayers
 

À sa mort à presque 105 ans en 2012, il fut unanimement salué comme un monument de la modernité. Si, dans les nécrologies, on évoqua la parenthèse française de l’architecte brésilien, contraint à l’exil par le coup d’État militaire de 1964, le souvenir s’est principalement limité aux édifices les plus célèbres que sont le siège du parti communiste à Paris et la maison de la culture du Havre. Or, réalisés ou non, ses projets hexagonaux furent bien plus nombreux : une histoire méconnue que cette publication replace dans le contexte politique de l’époque. La dernière parution de l’excellente série des « Carnets d’architectes » est le fruit de recherches menées par deux historiens, le Français Benoît Pouvreau et la Brésilienne Vanessa Grossman, qui ont épluché les archives et conduit moult entretiens avec les acteurs de l’époque. Communiste militant, Oscar Niemeyer trouva nombre de ses commandes auprès des édiles du PCF, qui furent sommés de le faire travailler après qu’il eut renoncé à ses honoraires pour le siège du parti. C’est ainsi que voient le jour le « Volcan » au Havre et la Bourse du travail de Bobigny. Mais qui se souvient encore des vastes quartiers neufs projetés pour Dieppe et Villejuif ? Le livre nous rappelle aussi que, nonobstant le renom de l’architecte, ses réalisations françaises ne furent pas à l’abri de dangers : ainsi, au début des années 1990, la villa Mondadori à Saint-Jean-Cap-Ferrat est partiellement dénaturée, tandis que le siège du journal L’Humanité à Saint-Denis demeure vide depuis dix ans, faute d’un accord entre les pouvoirs publics sur une nouvelle affectation. « L’homme de Brasilia », comme le surnomma la presse française, prit la flamme corbuséenne et la fit sienne : le projet de siège pour la régie Renault, qui capota dans le sillage des grèves de 1968, fait danser les dogmes du maître franco-suisse aux rythmes ondulants du Brésil, tout comme celui pour la ZUP du plateau Napoléon à Grasse, victime de lenteurs administratives et de tergiversations politiques. C’est dans ces « ce qui aurait pu être » qu’on comprend mieux tous les enjeux et contradictions des Trente Glorieuses finissantes.

Benoît Pouvreau et Vanessa Grossman, Oscar Niemeyer en France : un exil créatif,
éd. du Patrimoine, 208 pages, 25 €.
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