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Orphée et les symbolistes

Publié le , par Vanessa Schmitz-Grucker

La figure d’Orphée, chère aux peintres symbolistes, revient à plusieurs reprises dans l’œuvre de Gustave Moreau, immergée dans des paysages fantastiques et tourmentés.

Gustave Moreau (1826-1898), La Douleur d’Orphée, vers 1887, aquarelle et gouache... Orphée et les symbolistes
Gustave Moreau (1826-1898), La Douleur d’Orphée, vers 1887, aquarelle et gouache sur vélin, env. 39 29,5 cm, signé en bas à gauche.
Estimation : 500 000/600 000 

Tout au long de sa carrière, Gustave Moreau s’est fait le chantre de la Grèce antique, boudant la Grèce moderne et orientalisée de ses contemporains. Celui qui expose pour la première fois au Salon en 1852 se place du côté de l’érudition, celle des artistes formés aux humanités classiques. Sa quête d’une définition universelle du poète le pousse à explorer la dimension émotionnelle du mythe d’Orphée, narration dont il s’est saisi à l’occasion du Salon de 1866, à Paris ; il y expose l’un de ses tableaux les plus célèbres sur ce thème, Orphée, aujourd’hui au musée d’Orsay. Notre dessin a été réalisé environ vingt ans après cette œuvre majeure. On trouve un paysage identique dans l’aquarelle Le Soir du Clemens Sels Museum à Neuss, ce qui laisse supposer que la nôtre a été réalisée la même année que cette dernière, en 1887. Orphée est représenté nimbé d’une auréole, tel un martyr chrétien, le corps d’Eurydice à ses pieds, dans un environnement tourmenté. Un cygne mort, symbole de la fidélité et de la nostalgie d’une vie harmonieuse à deux, gît à côté de sa bien-aimée, tandis qu’un autre cygne prend son envol : emporte-t-il son âme ? Les nuances terre, imprégnées de tons bleu, vert et rouge, reflètent les tourments d’Orphée, créant une atmosphère à la fois agitée, anxieuse et empreinte d’un calme mystique. La douleur du poète résonne dans ce paysage. Si cet univers ambigu et fantastique était déjà annoncé dans l’Orphée du Salon de 1866, il atteint toute sa maturité dans cette composition complexe aux clairs-obscurs dorés. Le retour à ce thème est probablement inspiré par la mort, en 1884, de sa propre mère, dont il était très proche. L’œuvre incarnerait donc l’expérience de Moreau face à la perte et à la solitude. Rappelons que pour le peintre et les symbolistes de la fin du XIXe siècle, Orphée était bien plus qu’un personnage mythique. Il incarnait à la fois le poète, le martyr, le prêtre et le magicien, soit un idéal de créativité.

jeudi 23 juin 2022 - 15:00 (CEST) - Live
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