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Olivier Simmat, Orsay à l’international

Publié le , par Stéphanie Perris

La politique d’expositions à l’étranger de l’institution est l’une des plus dynamiques et lucratives du genre. Le promoteur Olivier Simmat s’en explique. Lorsque passion rime avec bonne gestion.

Olivier Simmat.© Photo Nicolas Krief Olivier Simmat, Orsay à l’international
Olivier Simmat.
© Photo Nicolas Krief

Conseiller auprès du président et directeur du mécénat et des relations internationales des musées d’Orsay et de l’Orangerie depuis avril 2008, Olivier Simmat nous reçoit dans son bureau parisien. Entre deux avions, il revient sur la programmation de ces manifestations dont le succès ne se dément pas, à raison de trois ou quatre expositions annuelles. Elles sont le vaisseau amiral de l’institution hors les murs. C’est grâce à leur profit que la prochaine restauration du célèbre tableau L’Atelier du peintre par Gustave Courbet est enfin possible.

Parlez-nous de la mise en place de cette politique d’expositions à l’étranger.
Les expositions internationales ont toujours existé, de façon plus discrète, moins médiatisée qu’aujourd’hui, mais la collection du musée a de tout temps circulé. Nous avons en revanche intensifié cette politique il y a sept ans lorsque Guy Cogeval est arrivé à la direction de l’institution avec l’objectif du nouvel Orsay, vingt-cinq ans après son ouverture. La prise en charge de ce projet devait se faire non pas sur subventions de l’État mais grâce à l’autofinancement et au mécénat. Il fallait relancer la machine. À présent, cette programmation est entrée dans les mœurs et dans le budget du musée. Par an, cela représente l’équivalent du mécénat d’entreprise. C’est structurant.

Vous voulez parler du volet financier…
En fonction du public attendu, le musée d’Orsay touche un bénéfice indirect sur la billetterie, négocié dans un forfait. C’est donc aux partenaires de parier sur les entrées pour rembourser leur mise de fonds ou bien d’être financés par leurs propres mécènes. Ce n’est pas négligeable et c’est d’ailleurs devenu notre première source de revenu. Elle est supérieure aux rentrées des expositions au sein du musée parisien. Ces grandes expositions internationales sont de grosses opérations financières. Aux États-Unis, par exemple, deux expositions présentées successivement au de Young de San Francisco ont attiré plus de 770 000 visiteurs. Avec un ticket moyen à 23 $ (entrée et produits dérivés), je vous laisse calculer le chiffre d’affaires de l’opération. Au Brésil, l’exposition «Paris au temps des impressionnistes» a été complétement prise en charge par la fondation d’une banque mécène ; l’entrée était gratuite pour les 870 000 visiteurs. On va de préférence vers ce type de partenariat : un accès libre pour le public, une couverture financière assurée, c’est le scénario idéal. Toutes les rénovations du nouvel Orsay ont été autofinancées par les grandes expositions internationales. Lors de la fermeture des galeries pendant les deux années de travaux, nous avons pu sortir pour «La Naissance de l’impressionnisme» et «Le postimpressionnisme», les chefs-d’œuvre absolus du musée qui ont tourné pendant une année. Nous avons la chance d’avoir l’une des collections les plus demandées au monde.

 

«Impressionnisme, Paris et la modernité», Centro Cultural Banco de Brasil de Rio de Janeiro, 22 octobre 2012 - 13 janvier 2013Droits réser
«Impressionnisme, Paris et la modernité», Centro Cultural Banco de Brasil de Rio de Janeiro, 22 octobre 2012 - 13 janvier 2013
Droits réservés


Comment choisissez-vous les sujets ?
La grande majorité des expositions comme celles que nous présentons au sein du musée relèvent des échanges scientifiques d’œuvres entre musées et ne sont pas monétisées. Une même exposition peut regrouper jusqu’à une centaine de prêteurs différents. Les grands directeurs de musées réunis au sein du groupe Bizot (le groupe international des organisateurs des grandes expositions, ndlr) se répartissent les principaux sujets d’expositions. En revanche, certains lieux qui ne possèdent pas de collections, et n’ont donc pas de moyen d’échanges, sont demandeurs. Nous réalisons alors des expositions clé en main, à partir de nos seules collections, sans prêts extérieurs et sur lesquelles travaillent un ou deux conservateurs. On livre alors le catalogue, les textes des salles, les outils pédagogiques… Ces manifestations permettent d’une part de présenter notre collection à l’étranger, d’autre part de rapporter des devises ; troisièmement, elles augmentent notre fréquentation parisienne par l’accroissement de notre notoriété auprès des touristes étrangers.

D’ailleurs côté chiffres…
Le deuxième groupe asiatique, après les Japonais, est à présent la Corée. Nous allons traduire nos guides et nos audioguides pour satisfaire ce public. En Corée par exemple, au début de notre collaboration, le taux de notoriété du musée d’Orsay était de 3 %. Vingt ans après, il atteint plus de 65 %. C’est la même chose avec le Brésil. Il y a dix ans, peu de visiteurs brésiliens fréquentaient le musée. Après une exposition à São Paulo et Rio, nous atteignons 3 %. L’association du terme «impressionnisme» et du musée d’Orsay opère bien à l’étranger.

 

Joseph Blanc, Persée, 1869 huile sur toile, 302 x 174 cm (détail). Paris, musée d’Orsay, RF présentée à la Fondation Mapfre. © Musée d’Ors
Joseph Blanc, Persée, 1869 huile sur toile, 302 x 174 cm (détail). Paris, musée d’Orsay, RF présentée à la Fondation Mapfre.
© Musée d’Orsay, dist.RMN - Grand Palais / Patrick Schmidt


Les publics étrangers ont-ils des préférences de sujet ?
Grâce aux audioguides justement, on connaît le hit-parade des tableaux regardés par les visiteurs étrangers. Les Japonais s’intéressent par exemple au réalisme, d’abord à Millet et son Angélus… Les Américains regardent en priorité les impressionnistes. Nous avons des statistiques assez précises et elles se retrouvent dans le choix des expositions demandées à l’international. À Taiwan, 700 000 visiteurs ont vu l’expo «Réaliste». Lorsqu’on amène une exposition dans un pays, nous tâchons d’apporter la nouveauté, comme la peinture impressionniste en Espagne ou en Italie, où elle est peu présente.

Comment choisissez-vous vos partenaires ?
Nous répondons d’abord à la demande car nous sommes souvent sollicités. Notre priorité va aux musées d’État. Nous éliminons les centres commerciaux, les espaces d’expositions ou les casinos comme il nous a été demandé à Macao. Au Japon, nous avons été sollicités par des grandes chaînes de magasins qui auraient bien fait leur communication de l’année sur la venue du musée d’Orsay. Nous ne réalisons pas ce type de projet. Ensuite, la direction choisit d’ouvrir de nouveaux horizons, de prospecter de nouveaux continents, comme l’Amérique latine. Nous avons été les premiers à aller au Brésil. «Impressionnisme : Paris et la modernité, chefs-d’œuvre du musée d’Orsay», présentée à São Paulo puis à Rio, a accueilli 870 000 visiteurs. C’était la première fois que nous proposions une véritable exposition en Amérique du Sud. Nous avons la satisfaction de voir des institutions comme Beaubourg et le Louvre marcher dans nos pas. Actuellement, nous nous intéressons au Chili. La notoriété française y est forte. Exemple de cette belle francophilie, le musée des Beaux-Arts de Santiago, construit en 1910, est une copie du Petit Palais de Paris. Il est évident que ces manifestations sont possibles dans des pays où l’économie est florissante. Car pour les organisateurs, cela reste un investissement important, en termes de transport, d’assurance…

 

«Au-delà de l’impressionnisme : naissance de l’art moderne», National Museum of Korea de Séoul, 5 mai - 31 août 2014.Droits réservés
«Au-delà de l’impressionnisme : naissance de l’art moderne», National Museum of Korea de Séoul, 5 mai - 31 août 2014.
Droits réservés


Du coup, comment gérez-vous cette programmation et l’accrochage parisien ?
Lorsque l’on envoie Le Fifre de Manet au Brésil, il n’est plus au musée ! Mais nos collections ont doublé depuis l’ouverture du musée. Nos salles sont donc bien alimentées, 80 à 90 % des grands chefs-d’œuvre sont toujours visibles. Rappelons que plus de la moitié de notre collection ne peut sortir du musée, comme la donation Gachet avec ses douze Van Gogh toujours exposés. Une manifestation à l’étranger réunit un ou deux chefs-d’œuvre absolus, puis une hiérarchie plus au moins avouée se met en place ; c’est un peu comme au cinéma. Le producteur achète tel ou tel acteur en fonction des places qu’il espère vendre. Parfois, une seule vedette suffit. Les expositions durent en moyenne trois mois, c’est la norme internationale. Elle mobilise une soixantaine d’œuvres. Les prêts représentent quant à eux 1 200 à 1 400 œuvres par an… Cela demande une rotation, mais la gestion de ce turn-over est liée à la vie même du musée.

Des projets qui vous tiennent à cœur ?
Début février, nous avons ouvert une exposition à la fondation Mapfre à Madrid avec laquelle nous travaillons chaque année. Elle est dédiée à l’académisme. C’est notre première manifestation sur ce sujet. Comme celle consacrée au naturalisme, présentée il y a deux ans à Shanghai, elle nous a permis de faire un point sur cette partie de la collection nationale, historiquement dispersée dans de nombreux musées de régions par le système ancien des dépôts de l’État. Ces expositions pilotes permettent de travailler sur la collection, de revoir les œuvres (ou même de les redécouvrir comme ce «Persée» de Joseph Blanc), de les faire revenir au musée, de les restaurer, de retrouver les cadres originaux, de regrouper la documentation et d’écrire les notices d’œuvres… C’est quelque chose de structurant pour le musée. Cette année, nous avons également programmé le «Douanier Rousseau» à Venise, «Claude Monet» à Turin, et «Le Portrait impressionniste» à Rome. Pour 2016 et les années France-Corée, nous avons légèrement décalé un projet d’exposition afin de correspondre à l’actualité, ce qui devrait permettre de lever des fonds ; il sera dédié à la peinture autour du réalisme et de l’académisme, de Millet à Bouguereau.

À voir
«Le chant du cygne. Peintures académiques du musée d’Orsay»,
Fundación Mapfre, Madrid,
Jusqu’au 3 mai.
www.musee-orsay.fr


À SAvoir
En 2014, les expositions organisées par le musée d’Orsay à l’étranger ont accueilli 1,6 million de visiteurs.
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