Nuit d’ivresse avec Carlo Grubacs

Le 16 octobre 2019, par Philippe Dufour

Découvert dans une collection particulière normande, ce tableau à l’ambiance nocturne évoque un moment clé de l’histoire italienne : la fin de la domination autrichienne à Venise. Une représentation dont la rareté devrait faire grimper les enchères.

Carlo Grubacs (1802-1870), Fête à Venise au clair de lune après la défaite de Sadowa, huile sur toile, 80 120 cm.
Estimation : 40 000/50 000 

Scène de liesse sur le Grand Canal : toute une flotille de gondoles, décorées de lampions et surchargées de passagers, fête un événement de première importance… Il s’agit sans nul doute de la défaite de l’Empire austro-hongrois à Sadowa, le 3 juillet 1866, déclenchant une incroyable explosion de joie, fixée ici par le peintre Carlo Grubacs. Certes, l’œuvre n’est pas datée, mais on sait qu’au lendemain de cette victoire remportée par l’alliance prusso-italienne, l’ancienne cité des Doges, autrichienne depuis 1815, recouvre la liberté et rejoint la jeune Italie. La présence d’une multitude de drapeaux aux couleurs vert-blanc-rouge atteste du départ des anciens maîtres de la Vénétie. Quant au cadre de ces festivités au clair de lune, il a, lui aussi, de quoi faire rêver : parmi les façades à arcatures, se détache la Ca’ d’Oro, l’un des plus beaux palais de Venise ; à sa gauche, on distingue le palazzo Giusti, et plus loin le palazzo Fontana. Grubacs, plus habitué à dépeindre les atmosphères mouillées des canaux et de la lagune, signe là l’une de ses rares compositions témoignant d’une actualité. Ce corpus assez restreint se compose essentiellement de vues d’événements typiquement vénitiens, comme la fête du Rédempteur des troisièmes samedi et dimanche de juillet. Au vu de la chronologie des faits, notre tableau pourrait s’avérer comme l’une des dernières œuvres majeures de l’artiste, disparu quatre ans après Sadowa.
À l’école des védutistes du XVIIIe
Né dans une famille originaire du Monténégro et installée à Venise, Carlo Grubacs a étudié le dessin et la couleur à l’Académie des beaux-arts de la cité lacustre. Son professeur n’est autre que Teodoro Matteini (1754-1831), talentueux peintre de portraits au style néoclassique. Pourtant, notre artiste ne suivra pas son exemple et choisira à la veduta, un genre dont il devient vite l’un des meilleurs représentants de son temps ; et dans son sillage, ses deux fils Giovanni (1829-1919) et Marco (1839-1910), exploiteront cette veine fructueuse. Grubacs père s’inscrit dans la grande tradition vénitienne du XVIIIe siècle, brillamment illustrée par les maîtres Guardi et Canaletto. Comme eux, il décline à l’infini paysages d’eau et monuments hérités de la Sérénissime ; des compositions appréciées dans toute l’Europe : en témoignent les neuf Vues de Venise (accompagnées de deux inhabituelles Vues d’Athènes) exposées à la maison grand-ducale d’Oldenbourg en Allemagne. Outre l’aspect documentaire des vedute, leurs collectionneurs appréciaient aussi la précision des scènes animées de personnages, et aux détails parfaitement rendus. Une réelle virtuosité, quand on sait que la plupart de ses œuvres sont des petits formats… Ce qui ajoute encore à la valeur de La Fête à Venise au clair de lune après la défaite de Sadowa, affichant au contraire de belles dimensions (80 120 cm), dues, en toute logique, à l’importance du sujet !

samedi 26 octobre 2019 - 14:00
Alençon - 33, rue Demées - 61000
Orne Enchères
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