Noah Horowitz, une trajectoire américaine

Le 08 décembre 2017, par Pierre Naquin

Depuis 2015, il dirige l’édition américaine du géant Art Basel. Juste avant le grand raout de l’art contemporain, qui a ouvert ses portes jeudi 7 décembre, Noah Horowitz s’était confié à la Gazette. Entretien sous le soleil de Floride.

Noah Horowitz

À 38 ans, le directeur «Amériques» d’Art Basel a déjà eu plusieurs vies. Originaire de New York, Noah Horowitz a fait ses classes à l’Institut Courtauld de Londres. Sa thèse  publiée en 2011 par les éditions de l’université de Princeton  devait faire grand bruit à une époque où l’art contemporain rimait avec fonds d’investissement. Mais The Art of the Deal ne se contente pas de parler de création comme actif financier. Il met des mots sur des mécanismes du marché que l’on commençait alors à percevoir et qui, aujourd’hui, se révèlent indiscutables : l’événementialisation et la socialisation de l’art contemporain, l’émergence de nouvelles méthodes de financement de la création, ou encore l’essor des nouveaux médiums. Quelques années plus tard, le même Noah mettra certaines de ses idées en pratique en prenant la direction artistique de la première édition de VIP Art Fair, avec le galeriste James Cohan et l’entrepreneur Jonas Almgren. Après avoir redressé la barre de l’Armory Show, de 2011 à 2015, il est appelé par le géant Art Basel pour superviser les activités dans les Amériques.
Miami a vu passer plusieurs ouragans cet été. Cela aura-t-il un impact sur la foire ?
Miami a subi certains dommages, mais moins que l’on aurait pu le craindre. Un gros travail de nettoyage a été nécessaire pour remettre la ville au propre, mais le Centre de congrès n’a pas été touché ; les hôtels ont quasiment tous rouvert moins d’un mois après le passage d’Irma. De ce point de vue, les ouragans ne devraient pas avoir d’impact sur cette nouvelle édition. Ce que je retiens surtout, c’est que l’offre culturelle de la ville s’étoffe cette année grandement, avec l’ouverture de plusieurs nouvelles institutions. L’Institute of Contemporary Art (ICA) vient ainsi de s’installer dans le Design District. Ellen Salpeter et Alex Gartenfeld, qui le dirigent, ont déjà accompli un travail incroyable sans lieu propre ; ils sont désormais en mesure d’offrir aux habitants une programmation de tout premier plan. Et puis, le Bass Museum vient de terminer ses travaux, et a été inauguré en même temps qu’Art Basel. Nous sommes très heureux du développement artistique sur Miami. Nous œuvrons en étroite collaboration avec l’agglomération.
Cela concerne aussi le Miami Beach Convention Center…
Tout à fait ! Celui-ci est dans une phase importante de rénovation. Les travaux ont commencé en 2016 et devraient se terminer l’an prochain. Cette année, la transformation intérieure du bâtiment nous a permis de repenser entièrement le design et l’agencement de l’événement. Cela fait presque dix ans  depuis que l’on est passés de deux à quatre halls  que nous n’avions pas apporté autant d’évolutions. 10 % d’espace utile sont ainsi libérés sans que nous n’augmentions le nombre de stands. Cette surface supplémentaire sera utilisée pour offrir plus d’espace aux galeries, au collector’s lounge, aux restaurants, et pour améliorer la lisibilité et le parcours des visiteurs. Cela veut aussi dire que nous déplaçons des exposants, ce qui n’est jamais simple… Les habitués devraient très nettement voir la différence.
Jusqu’où s’étend la zone d’influence d’Art Basel Miami Beach ?
Art Basel est une plateforme mondiale. Nous accueillons ainsi des amateurs et des galeries du monde entier. D’un autre côté, chaque événement est porté par une géographie spécifique. Nous faisons attention à ce qu’au moins la moitié des galeries exposant à Art Basel Miami Beach ait une présence dans les Amériques. C’est la même politique que celle que nous avons mise en place pour Art Basel Hong Kong et l’Asie. Même si le marché de l’art est de plus en plus globalisé et interconnecté, il nous paraît important que chacune de nos manifestations soit unique et pertinente. Si un visiteur fait l’effort de venir, il faut qu’il puisse voir des choses qu’il ne verrait nulle part ailleurs. Sinon, il restera chez lui.

 

Art Basel Miami Beach 2016.
Art Basel Miami Beach 2016.

Quid des collectionneurs ?
La majorité des visiteurs d’Art Basel Miami Beach viennent des Amériques : New York, Los Angeles, Chicago, Dallas, mais également du Canada, de Colombie, du Mexique, du Brésil ou d’Argentine. Des collectionneurs très importants font aussi le trajet depuis l’Europe, l’Asie ou l’Australie. L’effort est particulièrement important pour ces derniers, car il faut compter près d’une vingtaine d’heures de vol ! Nous déployons beaucoup d’énergie pour constamment attirer de nouveaux publics, qu’ils soient privés ou institutionnels. L’année dernière, nous avons accueilli plus d’une centaine de groupes de musées, avec directeurs, conservateurs, mécènes, etc. Je pense que c’est ce que nos exposants apprécient, et ce qui les fait revenir année après année.
De nombreux événements off sont venus s’agréger autour d’Art Basel Miami Beach…
Je pense que c’est lié à ce que représente cette semaine dans l’esprit des collectionneurs. Elle est aujourd’hui la plus importante pour l’art contemporain aux États-Unis. Selon les années, on oscille entre une quinzaine et plus d’une vingtaine de shows commerciaux en parallèle d’Art Basel. Je pense que l’on peut dire que c’est une bonne chose, cela participe du dynamisme de cette période. Il est vrai, aussi, que les amateurs et les collectionneurs locaux ont développé une passion pour l’art contemporain qui bénéficie à tout l’écosystème. Ils ont vraiment joué le jeu, en invitant leurs amis à venir en ville pendant la foire, mais aussi en exposant leurs œuvres à un large public, à l’instar de La Rubell Family Collection, la collection De la Cruz ou le Warehouse de Martin Margulies. Il y a un réel investissement des collectionneurs locaux dans la diffusion de l’art.
Art Basel multiple actuellement les initiatives.
Nous développons les projets qui nous semblent pertinents pour répondre aux besoins de nos exposants et faire évoluer la sphère de l’art contemporain dans le bon sens. Lorsque nous publions Art Market Principles and Best Practices, nous cherchons à développer la confiance du public pour le marché de l’art. Si les cinq cents galeries  parmi les plus importantes, qui plus est  participant aux différentes éditions d’Art Basel s’engagent sur des règles de bon sens, précises et compréhensibles par tous, je pense que nous œuvrons effectivement à davantage de confiance. Lorsque, en partenariat avec Kickstarter, nous levons plus de 2 M$, c’est pour permettre, très concrètement, la production d’une soixante d’œuvres qui n’auraient pas pu l’être autrement. Lorsque nous travaillons avec Clare McAndrew et UBS à The Global Art Market, c’est pour faire avancer la compréhension de notre marché et répondre aux interrogations de l’ensemble des acteurs sur les évolutions de celui-ci. Enfin, lorsque nous mettons l’accent sur les réseaux sociaux, c’est un public cumulé de plus de deux millions de personnes que nous menons vers la création contemporaine et vers nos exposants.
Quel chemin parcouru depuis The Art of the Deal !
Aujourd’hui, j’ai vraiment l’impression de vivre et de travailler au cœur de ce que je décrivais dans mon livre. De l’économie de l’expérience à l’évolution des structures qui l’accompagnent, du développement de nouveaux médiums (film, performance, etc.) à la nature événementielle du monde de l’art, qui se matérialise dans les foires, mais aussi les ventes aux enchères, les festivals et les biennales, c’est très excitant de pouvoir travailler sur des mécanismes que j’analysais il y a presque dix ans. À présent, j’ai la chance de pouvoir agir. Et quelle plus belle structure pour cela qu’Art Basel ?

 

Dan Herschlein, Ignore Him, 2017 (détail). Courtesy Dan Herschlein et Galerie JTT.
Dan Herschlein, Ignore Him, 2017 (détail).
Courtesy Dan Herschlein et Galerie JTT.


 


NOAH HOROWITZ
5 DATES

1979
Naissance dans la banlieue de New York
2008
Doctorat de l’Institut Courtauld, à Londres ; sa thèse sera publiée en 2011 par les éditions de l’université de Princeton, sous le titre The Art of the Deal
2010
Lancement de VIP Art Fair
2011
Dirige l’Armory Show
2015
Directeur d’Art Basel pour les Amériques

 
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