Nice fait son cinéma

Le 02 juillet 2019, par Harry Kampianne

Les studios de la Victorine ont 100 ans. L’occasion pour la quatrième Biennale des arts de Nice de célébrer ce lieu mythique du septième art, dans une série d’expositions orchestrées par Jean-Jacques Aillagon.

Paul Louis, Studios de la Victorine, 1954.
© Coll. Norbert Huffschmitt

Sept grandes expositions jalonnent cette quatrième édition de la Biennale des arts de Nice, placée sous le signe du septième art. Certaines se sont ouvertes en mai et juin, les plus tardives étant prévues pour septembre. Orchestrées par Jean-Jacques Aillagon, commissaire général de la manifestation, elles ont toutes de près ou de loin un lien avec les studios de la Victorine à Nice, aujourd’hui centenaire et dont les plateaux ont vu défiler d’innombrables chefs-d’œuvre : Les Enfants du paradis de Marcel Carné, Mon oncle de Jacques Tati, Le Testament d’Orphée de Jean Cocteau, La Nuit américaine de François Truffaut… qui ne sont qu’un échantillon parmi les plus emblématiques. L’hommage paraissait de circonstance : Nice, ville du cinéma depuis cent vingt-trois ans – les premiers tournages remontent à 1896 avec Auguste et Louis Lumière –, a catalysé sous ses projecteurs les caméras du monde entier. Première étape avec «Nice, Cinémapolis» au musée Masséna, une exposition didactique décrivant le destin touristique et cinématographique de la ville. Pour les mordus d’anecdotes et d’archives dont regorge le septième art, il y a de quoi picorer. Le visiteur voyage entre les premières réalisations des frères Lumière sur la promenade des Anglais, les débuts de jeunes cinéastes appréciant la luminosité et la douceur de vivre de la région, les affiches originales de films et les photos vintage de stars sur les plateaux de la Victorine, l’histoire de la création de la cinémathèque locale, en 1976, par Odile Chapel… Autant de relais semés sur ce parcours glorifiant la ville, comme un décor éternel où les seuls mots seraient «moteur… et action 
Cogitore, le Mamac et les autres…
À l’heure des duos parfois improbables, l’exposition «Clément Cogitore», au musée national Marc-Chagall, reste une énigme. Que vient faire ce jeune artiste plasticien-vidéaste-cinéaste dans l’univers de Chagall, truffé de contes au registre allégorique et souvent de l’ordre du sacré ? On peut certes trouver quelques rapprochements – avec beaucoup de bonne volonté –, mais qui restent au stade de l’épiphénomène. Clément Cogitore est au service de l’image contemporaine et de la puissance narrative et dramaturgique qu’elle est censée dégager au travers de notre quotidien. Chagall est un conteur au service du divin. Les passerelles empruntées entre ces deux artistes sont loin d’être évidentes. Heureuse et bonne idée en revanche est celle du musée d’art moderne et d’art contemporain (Mamac) de synthétiser, dans l’exposition «Le diable au corps», le lien ténu au début des années 1960 entre l’art cinétique – baptisé «op art» – et l’œuvre cinématographique. Les salles elles-mêmes sont «cinétisées», au gré d’une scénographie relayant les audaces psychédéliques et graphiques de l’époque entre Paris, Londres et Rome. Près d’une trentaine d’extraits de films et de cent cinquante œuvres et documents viennent étayer l’impact de l’op art sur la mode, le cinéma, le théâtre, la peinture, la sculpture, la musique, la littérature. L’un des volets du parcours nous dévoile, avec une belle légèreté, l’influence opérée également sur les revendications révolutionnaires de mai 1968 : désacralisation de l’artiste, émancipation des corps, rejet des musées, fascination pour de nouvelles expériences visuelles, le tout plongé dans un défoulement jouissif et excentrique. Une belle façon de donner suite à la rétrospective «Vasarely» au Centre Pompidou à Paris.

à voir
«Nice, Cinémapolis», musée Masséna, 65, rue de France, tél. : 04 93 91 19 1.
Jusqu’au 30 septembre 2019.

«Clément Cogitore», musée national Marc-Chagall, avenue Docteur-Ménard, tél. : 04 93 53 87 20.
Jusqu’au 22 octobre 2019.
www.musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/chagall/

«Le diable au corps. Quand l’op art électrise le cinéma», Mamac, place Yves-Klein, tél. : 04 97 13 42 01.
Jusqu’au 29 septembre 2019.
www.mamac-nice.org

«La Victorine dans l’œil des Mirkine (photographes père et fils)», place Masséna.
Jusqu’au 25 septembre 2019.

Aux studios de la Victorine (journées portes ouvertes).
Du 27 au 29 septembre 2019.
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