Neuf dragons et une perle sacrée

Le 01 décembre 2016, par Anne Foster

Symbole de l’empereur, le dragon lui octroie sa puissance : maître de la terre et des cieux, son union avec l’univers le rend maître du monde connu et inconnu. Le sceau impérial en comporte toujours au moins un.

Chine, dynastie Qing, époque Qianlong (1736-1795). Cachet en stéatite beige et rouge, au revers,
l’inscription en zhuanshu
Qian Long Yu Bi Zhi Bao, h. 9, l. 10,5, p. 10,5 - bande : h. 4,2 cm.
Estimation : 800 000/1 M€

D’origine mandchoue, héritier de l’empire du Milieu conquis par son grand-père Kangxi, Qianlong poursuit néanmoins l’enrichissement des collections d’œuvres des dynasties notamment Song et Ming. Il se considère comme le gardien des traditions multiséculaires de l’empire. Conquérant, fin politique, il est également un peintre et un calligraphe, tel un lettré des temps confucéens. Pour toutes ces fonctions, il dispose d’un grand nombre de sceaux. Il en choisit pour les actes officiels, la plupart de grandes dimensions et de forme carrée. Son empreinte incarne sa volonté et même plus, sa présence invisible. Grâce à eux, on connaît les titres successifs de son règne. D’autres plus petits, et à décor plus fantaisiste, sont réservés à ses moments de détente dans ses palais de la Cité interdite ; il aime contempler les peintures qui peuvent lui inspirer un poème ou une émotion particulière. Des œuvres sont ainsi marquées de plusieurs de ses sceaux. Plus de 1 800 cachets lui auraient appartenu, dont un millier sont conservés au musée de la Cité interdite et 700 environ ont disparu. Fort variés de formes, ils sont composés de matériaux divers : néphrite, bois, or, argent, bronze, pierres précieuses… La stéatite dans laquelle celui-ci est travaillé provient de la province de Fujian ; on la désigne par le nom de la ville près de laquelle elle est extraite : Shou shan. Le décor de ce cachet, neuf dragons parmi les nuages, est fortement symbolique : «9» représente le plus grand des nombres impairs à un chiffre, qui désigne le pouvoir masculin le plus puissant dans la nature. Les quatre côtés sont sculptés en relief de kuilong, dragons stylisés et archaïques. Ce décor reflète le goût de Qianlong, qui aime que les objets de son époque se réfèrent aux chefs-d’œuvre du passé. Une peinture conservée au Musée national de Taipei montre l’empereur, revêtu du costume ample des lettrés, admirant une peinture de l’époque Song représentant probablement le peintre et calligraphe Wang Zishi (307-365). L’inscription en écriture zhuanshu de ce cachet  Qianlong yu bi zhi bao  marque son utilisation exclusive : empreindre sur les peintures et calligraphies réalisées par l’empereur Qianlong. L’artiste fit jouer les différences de couleurs de la stéatite pour figurer les dragons émergeant de nuages pourpres prêts à poursuivre la perle sacrée, indiquée dans une veine plus claire et presque translucide. Un condensé du monde au creux de la main. Le jeune médecin de la Marine qui, dans les dernières décennies du XIXe siècle, rapporta ce sceau, se doutait-il de tenir entre ses mains un tel attribut de puissance ?

Mercredi 14 décembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
Pierre Bergé & Associés OVV.
Cabinet Portier & Associés.
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