Mystérieux oushebti

Le 14 février 2019, par Caroline Legrand

Provenant de la plus grande tombe égyptienne jamais découverte, cette statuette à la partie basse tronquée suscite bien des interrogations et des convoitises. Retour au temps des pharaons, à Rennes.

Égypte, Basse Époque, VIIe siècle av. J.-C. Oushebti en serpentine brune, inscription recto verso, h. 19 cm.
Estimation : 8 000/15 000 


Bien des mystères entourent cet oushebti millénaire à l’insondable beauté, qui se présente à nous tronqué de sa partie basse. Achetée à la fin du XIXe siècle, cette statuette de serpentine provient d’une des nécropoles égyptiennes les plus célèbres. En effet, elle ornait la tombe n° 33 mise au jour à El-Assasif, une petite vallée située à l’ouest de Thèbes où les hauts fonctionnaires et les nobles, du Moyen Empire à l’orée de la Basse Époque, firent construire leurs sépultures.
L’incarnation de la connaissance
Connu depuis l’Antiquité, cet hypogée, avec ses vingt-deux salles souterraines réparties sur pas moins de trois niveaux pour un total de 1 062 m2 de surface, demeure à ce jour le plus vaste de toute l’Égypte, surpassant les tombes de la Vallée des Rois, dédiées aux plus célèbres souverains égyptiens ! Si ses tunnels labyrinthiques ont attisé la curiosité des visiteurs durant des siècles, ce sont ensuite la multitude d’objets et les hiéroglyphes recouvrant ses murs en une véritable compilation des textes sacrés anciens qui suscitèrent l’intérêt des scientifiques. Découverte en 1737 par Richard Pococke, la sépulture, envahie de chauves-souris, sera étudiée au XIXe siècle avec beaucoup de difficultés par les égyptologues, en tête desquels, à partir de 1881, Johannes Dümichen, fondateur de l’Institut d’égyptologie de l’université de Strasbourg. C’est d’ailleurs cette institution qui dirige encore aujourd’hui ses fouilles pharaoniques. Et son propriétaire ? Il se nomme Padiamenopé. Haut-fonctionnaire et chef des prêtres-lecteurs notamment sous le règne de Psammétique Ier entre 664 et 610 av. J.-C., sous la XXVIe dynastie, très proche des rois, Padiamenopé était en quelque sorte un savant, un secrétaire archiviste doublé d’un prêtre spécialisé dans les rituels royaux. Sans doute incarnait-il la connaissance, tant spirituelle qu’historique. D’après des inscriptions découvertes à l’entrée, certains archéologues pensent ainsi que sa tombe était ouverte à tous après sa mort, servant de bibliothèque pour les Égyptiens «chercheurs de formules» voulant apprendre les textes sacrés, mais aussi de lieu de pèlerinage, comme en témoigne notamment dans l’une des salles une réplique du tombeau d’Osiris. Peut-être pouvons-nous voir là un début d’explication à la découverte sur place d’oushebtis cassés ? Car notre exemplaire n’est pas une exception : cette fracture de la partie basse se retrouve dans d’autres, conservés dans des collections privées et au cabinet des Médailles à Paris. Cet acte pourrait relever de la vengeance  Padiamenopé détenant sans aucun doute de nombreux secrets d’État, ou bien avoir un lien avec une pratique religieuse. Notons d’ailleurs que la partie basse de cette pièce est conservée en d’autres mains privées… Réalisé dans de la serpentine, et non en faïence comme la plupart des oushebtis du Nouvel Empire, cet exemplaire affiche immédiatement la place privilégiée de son propriétaire. Dans une position debout, tenant des outils de travail, les houes, le petit serviteur momifié, accompagné à l’époque d’autant de compagnons que de jours dans l’année, est prêt à accomplir ses corvées dans les champs d’Ialou, afin de subvenir aux besoins du défunt dans l’au-delà. Un dévouement bientôt récompensé.

lundi 25 février 2019 - 14:00
Rennes - 32, place des Lices - 35000
Rennes Enchères
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