Musée du Prado : Fra Angelico et les débuts de la Renaissance à Florence

Le 17 juillet 2019, par Philippe Dufour
Fra Angelico (vers 1395-1455), L’Annonciation et l’expulsion d’Adam et Ève du jardin d’Éden, vers 1425-1426, détrempe et or sur panneau, 190,3 x 191,5 cm, Madrid, Musée national du Prado.
Photo © Museo Nacional del Prado.

Pour fêter ses deux cents ans, le musée du Prado a réservé une divine surprise à ses visiteurs : une exposition autour du bienheureux Fra Angelico. Avec, cependant, une problématique très précise : quelle place le moine artiste florentin occupe-t-il dans l’avènement de l’art de la Renaissance à Florence ? Pour répondre à la question, on l’a donc entouré des œuvres de ses contemporains, Filippo Lippi, Ucello ou Masaccio, tous fascinés par les formes retrouvées de l’Antiquité. Comme eux, Fra Angelico reçoit l’influence de Brunelleschi, Donatello et Ghiberti, qui travaillent alors sur l’édification de la cathédrale et du baptistère dans la cité toscane. Cependant, le Beato Angelico, chroniqueur céleste et ancien élève du très giottesque Lorenzo Monaco, ne pouvait qu’intégrer à petites touches ce vocabulaire novateur. La confrontation de ses compositions avec celles des artistes de son temps est assez éloquente. Face à sa Vierge à la Grenade (1424-1425)  récemment acquise par le Prado , s’anime la sculpture du même nom (1420-1425) par Donatello ; d’un côté, la vision idéale d’une Vierge à l’Enfant sur fond d’or, de l’autre la représentation frémissante d’une jeune femme et de son nourrisson turbulent. Quant à Masaccio, considéré comme l’inventeur de la peinture moderne, sa fascination pour le réalisme est ici perceptible, jusque dans son Saint Paul de 1426… C’est un grand panneau d’autel, auquel une restauration vient de rendre ses extraordinaires couleurs  et justifiant à lui seul la visite , qui dévoile enfin l’apport de Fra Angelico à l’art de son temps. Il s’agit de la grande Annonciation de Fiesole, peinte en 1425-1428 et conservée au musée du Prado. Ce chef-d’œuvre absolu intègre les premiers éléments de langage renaissants : un fond non doré, un dessin tout en perspectives et, en lieu et place des arcatures gothiques, celles, gracieuses et antiquisantes, préconisées par Brunelleschi.

Musée national du Prado,
23, calle Ruiz de Alarcon, Madrid, tél. 
: +34 91 330 2800.
Jusqu’au 15 septembre 2019.
www.museodelprado.es
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