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Musée de Lodève, un renouveau

Publié le , par Pierre Naquin

L’institution héraultaise rouvre ses portes après quatre ans de travaux. Une réalisation d’une ambition folle pour une ville de 7 500 habitants.

Paul Dardé travaillant au Grand Faune, vers 1920.  Musée de Lodève, un renouveau
Paul Dardé travaillant au Grand Faune, vers 1920.
© Musée de Lodève


Nous avons beaucoup de chance car le résultat est très fidèle à ce qui avait été présenté lors du concours, il y a presque dix ans», déclare d’emblée Ivonne Papin-Drastik, conservatrice en chef du patrimoine et directrice du musée de Lodève. C’est l’heure des derniers ajustements pour toutes les équipes. Alors que les restaurateurs travaillent sur les pièces qui seront exposées, les socleurs ont investi l’entièreté du sous-sol pour y délocaliser leur atelier ; ils réalisent les accroches en métal des centaines de pièces qui seront exposées dès l’ouverture. De leurs côtés, les équipes scientifiques valident les derniers textes  aussi bien signalétique et cartels que catalogues et textes de salle  ainsi que les derniers bruitages des productions multimédias. L’effervescence règne : tout le monde est concentré sur sa tâche. «C’est une chance dans sa carrière que de pouvoir travailler sur un tel projet», déclare Ivonne Papin-Drastik. «Moi qui n’étais pas une experte de l’archéologie et encore moins des sciences de la terre, j’appréhendais un peu de superviser ce chantier. Mais ce fut passionnant. Les thématiques sont tellement universelles, tellement transverses, que toutes les interrogations et tous les parallèles contemporains sont permis : la place de l’homme, l’évolution des paysages, le poids de nos sociétés, l’importance de la nature… Cela a donné lieu à beaucoup de débats au sein de l’équipe et avec les prestataires. Ce fut une très belle aventure humaine.»
 

Ker-Xavier Roussel (1867-1944), L’Après-midi d’un faune, vers 1930, peinture à la colle sur toile, 2 x 3,20 m, Beauvais, musée départemental de l’Oise
Ker-Xavier Roussel (1867-1944), L’Après-midi d’un faune, vers 1930, peinture à la colle sur toile, 2 x 3,20 m, Beauvais, musée départemental de l’Oise. © RMN-Grand Palais / Adrien Didierjean


Accueillir tous les publics
À la suite de l’appel à projet, en 2010, la communauté de communes avait décidé de solliciter l’agence d’architectes et de muséographes Projectiles. Celle-ci avait mandat à la fois sur les travaux  majeurs  de rénovation des bâtiments existants, mais aussi sur la conception de toute la muséographie. Actifs depuis plus de quinze ans, les équipes de Projectiles s’étaient déjà illustrées sur le grand musée du Parfum à Paris ou sur le pavillon français de la Biennale de Venise d’architecture de 2014. Le nouveau musée de Lodève se veut exemplaire dans l’accueil de tous les publics. «Même si les comités scientifiques étaient parfois réticents, nous avons imposé que le premier niveau de lecture soit accessible à un élève de CM2», précise ainsi la conservatrice. «Cela ne veut pas dire que nous n’allons pas au fond des sujets ou que l’on ne dise pas tout. On donne simplement le choix. Il faut que la visite reste un plaisir.» Les enfants et les familles y sont chouchoutés avec de nombreux éléments ludiques, pédagogiques ou interactifs. Plus de 24 films ont ainsi été réalisés par les équipes d’animateurs des Fées spéciales. Leur style est facilement reconnaissable et plaît à tous. Ils ont notamment œuvré sur les productions de Michel Ocelot (Kirikou, Azur et Asmar, etc.). Même si près de 1 500 objets sont présentés sur les 1 150 m2 dédiés aux trois accrochages permanents, l’importance prise par tous ces éléments multimédias finit même par surprendre. «Nous avons beaucoup échangé en interne et avec les architectes muséographes de Projectiles sur cet équilibre à trouver entre ludique et scientifique. Nous jouons beaucoup sur le rythme de la visite afin de rendre le parcours le plus agréable possible.» Le résultat ? Des salles assez denses  scientifiquement  suivies d’espaces plus récréatifs ou spectaculaires. «Ces respirations sont importantes pour ne pas étouffer le public.» Mais également des espaces de repos  tels que la cour caladée , avec transats, au soleil du Midi. Les deux expositions permanentes consacrées à la paléontologie et à l’archéologie  poétiquement intitulées «Traces du vivant» et «Empreintes de l’Homme»  démarrent chacune par une salle du Temps qui vient rappeler les échelles chronologiques et mettre le visiteur dans le contexte de ce qui va lui être présenté. De même, elles se terminent toutes deux par des maquettes interactives du territoire, invitant à explorer la région. C’est d’ailleurs l’un des enjeux forts de ce nouveau musée. «Les élus comptent beaucoup sur cet équipement pour qu’il devienne structurant, avec des retombées touristiques mesurables. Ils ne s’attendent pas à voir le nombre de visiteurs doubler, mais peut-être à faire en sorte qu’ils restent plus longtemps sur place, qu’ils en profitent pour découvrir la région et ses richesses», explique Ivonne Papin-Drastik. «Le budget est plus que conséquent pour une ville de 7 500 habitants et une communauté de 28 communes de 14 000 résidents. La pression ? Elle ne fait que commencer !» Le musée de Lodève s’est fait connaître nationalement par la qualité de ses expositions temporaires  réussissant à quadrupler le nombre d’âmes dans la ville durant l’été. Avant les travaux, ce sont 60 000 personnes qui, les meilleures années, venaient visiter le musée avec des expositions telles que «Les fauves et la critique» en 1999, «De Titien à Canaletto» en 2000, «Bonnard, guetteur sensible du quotidien» en 2009, ou «De Gauguin aux Nabis, le droit de tout oser», l’année suivante. Pour la réouverture, «Faune, fais-moi peur !», dans le cadre de Picasso-Méditerranée en partenariat avec le musée Picasso, devrait permettre, à défaut de record, d’atteindre les meilleurs taux de fréquentation. Les nouveaux espaces de présentation temporaire  s’ils ne gagnent pas énormément en surface  sont plus modulables, avec la possibilité de séparer deux boucles d’exposition. Deux propositions seront présentées par an : l’expo «blockbuster» de l’été et un accrochage plus contemporain ou plus pointu en hiver. Les deux premières années, ces dernières seront consacrées à des plasticiens que le musée a accueillis en résidence, même s’il n’est pas dit que d’autres formats plus scientifiques ne soient pas testés par la suite. Comment allier besoin de résultats et exigence scientifique ? «C’est l’éternel défi des directeurs de musée. D’un côté on nous demande  et on a envie  de produire des expositions susceptibles de faire venir du monde ; d’un autre, nous souhaitons aussi faire découvrir de nouveaux sujets au public. Il incombe aux institutions de réussir sur ces deux tableaux», commente la directrice. «Je ne suis pas sûre qu’il y ait de solution miracle, mais jouer sur la monstration, sur le rythme, sur le choix des thématiques, sur la force de ses propres collections, ce sont autant d’éléments qui peuvent faire la différence.» À l’heure où les ouvriers rentrent chez eux, le Grand Faune (1920) de Paul Dardé trône seul au milieu de l’accueil central, la salle du passage. Il ne lui reste plus que quelques jours à patienter avant le grand jour. Son sourire malin nous rappelle que lui a déjà gagné : il est sorti des entrepôts qui l’ont vu se terrer pendant des décennies pour se retrouver au milieu d’enfants, d’adolescents et d’adultes. Au moment de rouvrir ses portes, le musée de Lodève représente tout simplement l’art d’un musée familial d’aujourd’hui. En attendant le prochain…

 

Paul Dardé, L’Éternelle Douleur, 1913, dépôt du musée d’Orsay .
Paul Dardé, L’Éternelle Douleur, 1913, dépôt du musée d’Orsay . © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay)/ Hervé Lewandowski
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