Musée de Fécamp : l’invention d’Étretat. Eugène Le Poittevin, un peintre et ses amis à l’aube de l’impressionnisme

Le 15 septembre 2020, par Christophe Dorny
Eugène Le Poittevin (1806-1870), Pêcheurs de rocaille au pied de l’aiguille d’Étretat, 1860, huile sur toile, collection Les Pêcheries, musée de Fécamp.
© Cliché François Dugué

Au XIXe siècle, sur la côte d’Albâtre du pays de Caux, Étretat et ses falaises sont l’un des spots les plus courus des touristes. D’importantes personnalités du monde des arts et des lettres s’y sont croisées : Courbet, Monet, Boudin, Maupassant, Flaubert et beaucoup d’autres ont célébré la station balnéaire. Non loin de là, le musée des Pêcheries de Fécamp, ville qui n’a pas connu une notoriété similaire, remonte à la source de cet engouement en mettant en lumière le peintre Eugène Le Poittevin (1806-1870), « l’inventeur d’Étretat ». Rapporté par l’écrivain Alexandre Dumas père en 1868, le propos porte l’exposition. En 71 numéros, peintures, dessins, gravures et photographies, elle présente l’histoire étretataise de ce « petit maître » parisien, qui débute en 1843. Séjournant à l’hôtel du village, dont il peint l’enseigne (une vue de la falaise d’Amont conservée par le musée), il y accueille ses amis artistes qui, à leur tour, médiatisent le site. Formé au romantisme –falaises, tempêtes, couchers de soleil, tout y concourt –, le peintre glisse peu à peu vers un réalisme familier. Il capte, toujours en extérieur, la vie rude de ce petit peuple avec ses barques et filets de pêche. Il témoigne aussi de la transformation du village avec l’arrivée des premiers baigneurs (Bains de mer à Étretat, vers 1866). Ses esquisses exécutées sur le motif le libèrent de la tentation de l’anecdote. Si sa touche de couleur posée n’évolue pas, si la lumière de ses marines est encore bien sourde, Le Poittevin se révèle dans ses formats panoramiques, dans le choix de ses motifs et ses perspectives originales (Pêcheurs de rocaille au pied de l’aiguille d’Étretat, 1860). Grand amateur de peinture hollandaise, son Étude de la plage d’Étretat, unissant la proue d’un caïque à un cabestan avec, en arrière-plan, le haut de la fameuse arche de la falaise d’Étretat, traduirait presque les sentiments d’une vanité.

Les Pêcheries, musée de Fécamp,
3, quai Capitaine Jean-Recher, Fécamp (76), tél 
: 02 35 28 31 99.
Jusqu’au 15 novembre 2020.
www.musee-normandie.fr/-musee-de-fecamp
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