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Musée d'art moderne de Paris : Hartung, le geste créateur

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Libre d’esprit, de pensée et d’action, Hans Hartung est à l’affiche du musée d’Art moderne de Paris, le nouveau MAM, tout juste dévoilé après une année de rénovation.

Musée d'art moderne de Paris : Hartung, le geste créateur
Hans Hartung, T1989-K36, 1989 (détail), acrylique au pistolet sur toile, 162 100 cm.
© Musée d’Art moderne de Paris / Roger-Viollet © ADAGP, Paris, 2019 © Photo : Julien Vidal/Parisienne de Photographie

Hans Hartung (1904-1989) est ici presque chez lui : depuis la dernière rétrospective d’envergure organisée en France, en 1980, par l’institution parisienne, l’artiste a fait l’objet de plusieurs présentations en ces murs. Mais c’est un panorama complet de son art qui est brossé cette fois par la commissaire Odile Burluraux. Thomas Schlesser, le directeur de la fondation Hartung-Bergman, ne cache pas sa satisfaction de voir enfin montré son œuvre photographique, longtemps resté dans l’ombre, et proposé des correspondances, des carnets, des esquisses, des documents d’archives qui tous apportent leur pierre à cet édifice du XXe siècle. Son geste touchant à l’infini explose littéralement sur les cimaises immaculées : des toiles souvent monumentales, sorties des réserves de la fondation ou choisies dans de grandes institutions internationales et des collections privées, pour une présentation couvrant toute la carrière de l’un des maîtres de l’abstraction lyrique. Près de trois cents œuvres déroulent un parcours d’abord chronologique, avec les peintures des premières années, où l’on découvre un jeune Hartung encore figuratif, qui explore sa propre image avant de prendre rapidement la direction de l’abstraction. Ce chemin passe par différentes recherches, de Rembrandt à l’expressionnisme allemand, et côtoie Goya et le cubisme, avant de s’affranchir des maîtres dès 1935, pour une exploration de sa propre voie. Et voilà enfin le Hartung le plus recherché : ses tableaux sont identifiés par leur année d’exécution, plus aucun titre ne vient alourdir leur lecture, et salle après salle, décennie après décennie, l’accrochage épuré déroule l’œuvre du peintre. Les toiles des années 1940 sont marquées par l’emploi de signes noirs, tracés en résonance avec les heures sombres de l’époque. Viennent ensuite les années 1950 et les dernières peintures à l’huile. Mais déjà la gestuelle plus nerveuse et plus rapide annonce la période suivante, celle d’une action directe sur la toile. Hartung expérimente la pulvérisation avec des instruments qu’il ne quittera plus. Tel un prolongement de son corps meurtri (il a perdu une jambe pendant la guerre), ils lui permettent de pallier son infirmité. Signes graphiques, halos cosmiques, incisions, griffures, grattages, c’est un déploiement de techniques qui se succèdent ou s’entremêlent, dans une gamme chromatique froide, marquée par les bleus durs, les jaunes violents et les verts intenses. Hans Hartung est en parfaite maîtrise, en constant renouvellement. Il ose tout, remplace les outils traditionnels du peintre par un balai de branches de genêt, une tyrolienne, un aérosol ou encore cette fameuse sulfateuse à vigne. Les travaux des dernières années, de 1970 à sa mort, sont spectaculaires : ils donnent le sentiment que plus l’artiste souffre physiquement, plus il veut se surpasser, produisant inlassablement des formats de plus en plus monumentaux, avant d’arriver à l’explosion finale de 1989. Dans le dernier espace qui résonne comme un testament, le sentiment d’être dans une bulle intemporelle est prégnant. Sur le fond blanc de la toile, la couleur gicle, libérée et vivante. Les œuvres émeuvent et fixent un instant d’éternité.

« Hans Hartung, la fabrique du geste », musée d’Art moderne de Paris,
11, avenue du Président-Wilson, Paris XVIe, tél. : 01 53 67 40 00.
Jusqu’au 1er mars 2020. 
www.mam.paris.fr
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